‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 63 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

trée du port par la maladresse d'un remplaçant du capitaine Dallés, tué sous le cap Saint- Vincent. M. de Pléville, commandant du port et de la marine, plein d'activité, quoiqu'il eût une jambe de bois, parvint, par des manœuvres qui lui étaient familières, à remorquer notre vaisseau sur le quai.

M. de Bellecombe partit pour Paris, et je me rendis en Provence pour me rétablir, sous le toit paternel, de cette maladie nerveuse dont j'ai parlé, et qui, m'ayant affecté dès ma première jeunesse, m'a tourmenté pendant le cours de ma vie. Ce genre d'affection peut tenir à ma constitution originelle. D'après M. de Buffon, dans notre espèce, les conditions physiques passent le plus souvent d'un sexe à l'autre. Ma mère est morte à l'âge de quatre-vingt-six ans d'une semblable maladie. Je doute que celle qui me fatigue me laisse arriver à cet âge. Elle m'a commandé pendant toute ma vie le régime des bains, et elle a déterminé mon départ de l'Inde, dont j'aimais singulièrement le climat, et où je crois avoir laissé quelques regrets.

Un écrivassier qui n'a certainement pas eu la mission d'écrire mon histoire, a fait paraître, sous le titre à'Amours du vicomte de Barras, trois volumes où il veut me donner, dès mes premières années dans l'Inde, les aventures les plus romanesques. Je ne me suis ni surfait, ni diminué dans le récit de ce qui s'est passé de moi ou autour de moi dans ces contrées; et je déclare que la prétendue histoire et tant d'autres du même genre sont autant d'absurdités et d'inventions. L'éditeur de ces fables, mandé par moi pour m'expliquer les raisons de sa conduite, m'en a donné une qui n'est pas trop nouvelle chez ses pareils. Le soi-disant baron de B... m'a répondu qu' u il avait femme et enfants », et m'a répété à la lettre ce mot si connu : « Il faut que je vive » ; à quoi, sans trop de dureté, j'aurais pu répliquer : « Je n'en vois pas la nécessité ».

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