CHAPITRE X
Je suis électeur du Var, administratenr, /laut Juré près la /mute cour d'Orléans. — Un directeur général des fermes. — Le juge de paix Larivière. — Accusés massacrés. — Conséquences de la faute de ^ r Assemblée constituante . — Coalition de l'étranger. — Lafayette général en chef. — W Juin. — La garde royale licenciée. — 10 Août.
— Mon retour à Paris avant cette époque. — Westermann. — Danton.
— Réflexion sur le 10 Août et le i4 Juillet. — Convention nationale.
— Le roi au Temple. — Je suis commissaire près l'armée d'Italie. — Le général dAnselme . — Passage du Var. — Prise de Nice. — Trame des émigrés. — Correspondances curieuses. — Ma cousine.
— 20 Septembre. — L'ère républicaine . — Poursuite des Sardes.
— Victoires. — Je suis nommé président de toutes les administrations de Nice. — Elu à la Convention nationale . — Harmonie avec d'Anselme. — Aide de camp féminin.
Électeur du département du Var en raison de la considération attachée à ma famille, et peut-être un peu de celle que j'avais personnellement acquise, je fus nommé administrateur de ce département, puis haut juré près la haute cour nationale d'Orléans. Magistrat nouveau, j'allai remplir en cette ville mes importantes fonctions. Nous n'étions pas juin 1702. encore à l'époque où il fût interdit d'acquitter des prévenus. Parmi ceuxque je contribuai puissamment à sauver, je citerai un directeur général des fermes Je Dijon. Notre tribunal suprême pouvait n'avoir pas beaucoup de dignité, mais on ne l'accusera pas de méchanceté : il aurait été plutôt le jouet des
accusés traduits devant lui, tant était grande la latitude donnée à la défense. Je vois et j'entends encore un certain juge de paix, nommé Larivière, qui avait été envoyé à la haute cour pour avoir arbitrairement arrêté deux députés célèbres, Merlin de Thionville et Chabot. Larivière, dans cet acte de violence, avait été l'instrument des passions de la Cour contre deux députés démocrates; et il était coupable au moins d'avoir excédé ses pouvoirs. Nous laissâmes l'accusé dire tout ce qu'il voulut pour sa défense; elle fut noble et éloquente, et il fut acquitté. Pourquoi cet acquitté et ses pareils, qui ne l'étaient point encore, ne sont-ils pas restés à Orléans! On connaît leur fin si horriblement tragique, 'lorsque, renvoyés quelque temps après à Paris, ils furent égorgés, près de Yersailles, par des massacreurs détachés de ces bandes atroces qui venaient de consommer les affreuses exécutions des premières journées de Septembre.
J'ai déjà marqué la faute grave que venait de commettre l'Assemblée constituante en se retirant tout entière. Elle avait remis entre les mains du Roi le dépôt de la Constitution de 1791. Elle en avait confié la défense au peuple français, aux gardes nationales et aux armées ; mais elle n'aurait pas dû délaisser pour ainsi dire la « mise en train » de son ouvrage et la perdre de vue : au lieu de demeurer, en partie au moins, au poste qu'elle avait su tenir si glorieusement pendant deux ans, entre l'aristocratie et la démocratie, elle avait tout abandonné à ses successeurs. Ceux-ci, envoyés des départements déjà agités des émotions retentissantes dans tout le royaume, accouraient avec l'ambition de faire leur fortune politique, et ne pouvaient espérer d'y parvenir qu'en allant au delà de ceux qui les avaient devancés.
Ce renouvellement intégral et subit présentait donc des chances de bouleversement que ne pouvaient manquer do saisir les détracteurs du nouvel établissement politique.
En même temps que les fondateurs de la Constitution se