‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 90 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Révolution n'avaient pas donné la victoire au peuple, si, le 14 Juillet, par exemple, c'était l'autorité royale qui eut triomphé, la bataille du 10 Août aurait-elle été seulement tentée! Si, le 10 Août, encore, la chance eût été contraire, quelle série d'événements différents de tout ce qui a succédé! Qui peut les calculer, même dans la pensée?.... Le trône avait volé en éclats, le Roi et sa famille furent renfermés au Temple.

Dans la journée du 10 Août, l'Assemblée législative décréta la convocation d'une Convention nationale. J'y fus nommé par le département du Var : mais, le tribunal de la haute cour n'existant plus, par suite du renversement général de Tordre qui l'avait établi, j'avais été, avant de savoir que je serais nommé député, nommé, par la commission de défense générale, commissaire près l'armée du Midi, dès lors appelée armée d'Italie, pour activer le passage du Var. Je m'étais hâté de me rendre à ce poste important.

L'armée d'Italie était commandée par le général d'x\nselme, connu par d'anciens services el^ par son patriotisme. Nos troupes françaises franchirent le Var sans opposition, le 28 septembre 1792. Les bataillons sardes et les émigrés abandonnèrent Nice ; Montalban fut évacué ainsi que Villefranche. Les Sardes se dirigèrent sur Sospello. Anselme prit possession de Nice; il s'y commit quelques désordres inséparables d'une guerre qui déjà n'était plus une guerre ordinaire, mais presque une guerre civile, puisque les émigrés français, ses premiers excitateurs, en étaient en même temps les auxiliaires et les guides.

Nous savions depuis longtemps que Nice était l'un des qua-.Hiers généraux de la contre-révolution. La position rapprochée de ce pays entre l'Italie et la France méridionale rendait d'autant plus faciles les communications nécessaires aux émigrés pour entretenir l'agitation. La prise de Nice, qui les força de fuir en toute hâte, laissa en notre pouvoir

beaucoup de preuves des agences que nous avions jusqu'alors jugées seulement par un instinct qui n'avait pas besoin d'être de la divination. On m'apporta entre autres des reconnaissances militaires ordonnées par les princes sur les provinces du Languedoc, de Provence et du Dauphiné. Ces reconnaissances, faites avec un talent réel, quels qu'en fussent les auteurs, présentaient les détails topograpliiques les plus étendus, les plus minutieusement précis sur les pays que les instructions des princes avaient commandé d'examiner pour l'exécution du plan d'envahissement. La partie militaire n'était pas celle qui paraissait avoir le plus occupé les émigrés. Le sujet de leurs correspondances était généralement le regret des plaisirs et des privilèges qu'ils quittaient en sortant de France, et l'impatient désir de les recouvrer, ou de les trouver ailleurs. Parmi les correspondances dont je parle, et que nous avions l'ordre d'envoyer à Paris, j'en dus remarquer une d'un genre particulier, et vraiment supérieure par le talent, comme par le sentiment qui l'avait dictée : c'était celle d'une femme d'autant d'esprit que d'âme, avec un homme fort distingué qui avait mérité toute sa tendresse pendant sa vie, et à qui elle n'avait cessé d'écrire depuis qu'il avait cessé d'exister. Une notice qui a paru dans l'une de nos premières feuilles publiques, en 1821, a révélé le nom de cette femme remarquable, qui était ma cousine, et qui a fini ses jours dans ma maison de Ghaillot où elle était venue se reposer des malheurs qu'elle avait éprouvés, sous le toit de la douce amitié.

Cependant la Convention nationale, réunie le 20 septembre, avait en ce jour ouvert sa première séance, proclamé la République le 21, et dès le lendemain on en avait reconnu l'ère, et daté de l'an I" de la République. Ainsi les années de la Monarchie encore hier étaient aujourd'hui celles de la République.

Notre armée républicaine, maîtresse de Nice, poursuivit

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