CHAPITRE XII
le vous rappeler que les représentants du peuple sont audessus du général en chef et au-dessus de tout; qu'ils ont droit de vie et de mort, sauf à en rendre compte plus tard dans le sein de la Convention! » Brunet consentit à sortir de ses retranchements, il fit de nouvelles dispositions, et battit complètement les ennemis.
Mais Brunet était soupçonné d'intelligence avec Toulon et les sections qui s'étaient rassemblées et qui se disaient armées en faveur du système girondin. Des avis que je reçus de Toulon m'annonçaient qu'on méditait une trahison dans cette ville; qu'une correspondance secrète existait avec Marseille, lès sectionnair^s et Brunet : qu'elle s'étendait à Lyon, qui avait fermé ses portes et arboré le pavillon de la rébellion. Mes collègues, menacés et outragés, m'invitèrent à aller les rejoindre cà Toulon. .Je partis avec Fréron, le général Lapoype et les deux secrétaires de la commission pour le recrutement des 300 000 hommes, Victor Grand et César Roubaud. Nous avions une escorte de douze dragons. Des bruits sinistres étaient répandus sur ma route. iVrrivé à Pignans, je reconnus que ces bruits avaient acquis de la réalité. J'appris qu'on avait arrêté à Toulon mes deux collègues Bayle et Beauvais, méconnu la Convention nationale, mis ma tète à prix, et envoyé des commissaires pour entamer An p'.
, . . 1 . , 1 , . Juillet 1793.
des négociations avec les amiraux des escadres anglaise et espagnole croisant devant Toulon. Un comité de sections s'était constitué gouvernement ; le tocsin sonnait dans presque toutes les communes; l'insurrection était générale. Mon projet, en me rendant à Toulon, était de soutenir mes collègues, et de prendre, de concert avec eux, des mesures pour déjouer la trahison. Il n'était plus temps. Je résolus donc sur-le-champ de regagner l'armée d'Italie; et au lieu de suivre la route de Toulon, je repris celle de Nice. Pendant que je conférais avec Fréron et Lapoype, la municipalité de Pignans, environnée d'une foule d'habitants de
cette commune, accourus à notre rencontre, nous observait en silence. J'étais à cheval, ainsi que Fréron et Lapoype. Les secrétaires de la commission voyageaient dans une calèche avec leurs registres et nos bagages. Quand cette municipalité mal intentionnée vit qu'instruits de ce qui se passait à Toulon, nous revenions sur nos pas, alors le maire, en écharpe, à la tête d'une force armée, voulut m'arrêter. On saisit la bride de mon cheval : je mis le sabre à la main, et j'ordonnai à mes dragons d'en faire autant. D'un coup, je fis lâcher prise à mes agresseurs et me précipitai avec mes compagnons et notre escorte sur les municipaux, qui se replièrent vers un ruisseau voisin et nous ouvrirent enfin le passage. Des coups de feu dirigés contre nous ne purent nous atteindre, mais on s'empara de la calèche où se trouvaient nos deux secrétaires, qui, restés entre les mains des insurgés, furent exposés aux derniers dangers. Pour nous, par des chemins de traverse, nous parvînmes jusqu'à Vidauban. Nous entendîmes sonner le tocsin; on était sous les armes; le danger était pressant, et, la grande route m'étant interdite, je traversai la rivière d'Argens, au même lieu où les triumvirs romains avaient partagé le monde. Deux seuls dragons nous avaient suivis; je les interrogeai, et, les voyant encore incertains : « Si vous avez des regrets, leur dis-jc, vous pouvez allez joindre les rebelles ». Elevant aussitôt leurs sabres avec vivacité, ils s'écrient : « Tout à vous, représentant ». Je connaissais heureusement ces contrées, que j'avais autrefois explorées en chassant. Arrivés à la Roque-Frainel (la Garde-Freinet?), le maire accourut audevant de moi et me dit : « Vous allez sans doute à Saint- Tropez; hâtez-vous. Des courriers traversent les communes, portant Tordre de s'emparer de votre personne. » Nous arrivâmes vers la nuit à Saint-Tropez. Il y avait là deux hommes, excellents républicains , qui m'étaient dévoués . C'étaient M. Daillier, maire, et M. Martin, officier de marine. Ces deux