CHAPITRE XIII
U'arrive à Nice. — Je convoque les autorités. — Destitution. — Brunet trahît. — Mes reproches. — Sa réponse. — Mission donnée à Lapoypc. — Frayeur de Brunet. — Nouvelles preuves de trahison.
— Je le destitue. — Dumerbion le remplace . — Confiance de l'armée.
— Prières de Brunet. — Ma condescendance . — // me dénonce. — Pris dans son piège. — // est traduit au Tribunal révolutionnaire.
— Cause de sa perte.
Nous arrivâmes à Nice dans la nuit. Les chaînes qui fermaient l'entrée du port n'avaient point été tendues. Tout dormait, même la sentinelle du corps de garde à côté duquel nous débarquâmes. Je me rendis dans le logement que j'avais déjà occupé, et y convoquai aussitôt les autorités. Elles me témoignèrent leur satisfaction de me revoir. Brunet avait répandu la nouvelle que j'avais été saisi et conduit à Toulon. Je remplaçai sur-le-champ, avec l'assentiment général, le commandant de la place par le colonel de gendarmerie Durand, dont je connaissais l'opinion comme la bravoure. Le lendemain, j'assemblai de nouveau les autorités : j'y appelai le général Brunet. Il arriva suivi d'un nombreux état-major. Lui seul fut admis à la séance : il se plaignit de la destitution du commandant de Nice. Je lui répondis que sa négligence à fermer l'entrée du port, le délaissement du service des postes, m'autorisaient à cette mesure; que dans des circonstances moins graves j'aurais pu le consulter; je
lui dis ensuite qu'il fallait nous entendre pour dissoudre l'insurrection sectionnaire qui était organisée dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Var, surtout à Marseille et à Toulon; que deux de mes collègues étaient arrêtés dans cette dernière ville par ordre d'un soi-disant comité de gouvernement; que la rébellion devait, dans son principe, être réprimée par lui; que je le requérais de détacher trois mille hommes de son armée pour rétablir l'ordre dans ces deux départements, et de prendre position à la Valette, près Toulon, qui venait d'admettre dans son port les escadres ennemies. J'avais expédié un courrier à mes collègues près l'armée des Alpes pour leur annoncer la révolte des Marseillais et des Toulonnais et, en leur communiquant mes premières dispositions, les prier instamment de détacher aussi de leur armée trois ou quatre mille hommes : ces troupes, dans leur marche, devaient pacifier le département de la Drôme, dissoudre l'armée marseillaise qui s'était emparée d'Avignon, et prendre les gorges d'Ollioules pour fermer la correspondance des insurgés.
Le général Brunet, à qui je ne croyais devoir rien laisser ignorer de nos mesures, non plus que de nos intentions, commença à m'en faire voir de bien différentes des nôtres. Il dit que l'armée des Alpes ni lui n'enverraient des troupes contre les bons citoyens des départements du Midi; que l'effervescence qui s'y était manifestée, avait pour cause les actes de la Convention nationale et des comités; que tout cela s'apaiserait de soi-même; que tôt ou tard les deux députés arrêtés seraient libres; que les escadres anglaise et espagnole n'avaient été admises à Toulon que pour protéger les amis de l'ordre; enfin Brunet se refusait à adopter mes propositions, et il ajouta que d'ailleurs j'étais seul représentant, qu'il ne reconnaissait point l'adjonction de Fréron.
Brunet, blâmé par toute l'assemblée, se retira. Sa mauvaise grâce ne fît qu'augmenter les soupçons qui planaient sur lui :