‹ Mémoires;Chapitre 100 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

plus de vigueur la partie des membres survivants du Comité de Salut public qu'il appelait « la queue de Robespierre », queue fort difficile à écorcher. Carnot avait eu alors la politique bien en tendue de ne point se séparer des collègues dont il était séparé de fait dans l'acte d'accusation, et Fréron s'était trouvé l'adversaire presque personnel de Carnot : celui-ci en avait conservé un ressentiment qui n'était point éteint dans la personne du Directeur, et Carnot n'hésite point à se prononcer contre la députation de Fréron ; il déclare à l'avance qu'une pareille nomination sera repoussée. La discussion amenée par cette circonstance s'établit sur les prochaines élections et sur les moyens qu'on devrait employer pour faire tomber le choix sur de bons citoyens. Je crois que pour atteindre ce résultat il est essentiel d'apaiser les haines et les vengeances, d'éclairer et de soutenir l'esprit républicain. On me répond qu'il faut marcher dans le sens du grand nombre et surtout se mettre en garde contre les terroristes. Les commissaires près des départements sont chargés de donner une direction aux électeurs. C'est ici un bien triste précédent que d'admettre comme principe le droit d'intervention des gouvernements dans les élections.

Notre collègue La Revellière n'est pas sans doute l'un des mem^ bres du Directoire les moins simples d'habitude comme de carac tère; mais depuis qu'il est au pouvoir, il pense, par suite de je ne sais quel système, qu'il faut parler à l'imagination des peuples par les signes extérieurs. Dans son idée, le Directoire ne devrait se laisser voir qu'en grand costume; il fait de cette idée le sujet d'une proposition spéciale particulièrement pour la célébration de la fête nationale commémorative du 10 Août. Je ne crois pas, comme Revellière, que la considération d'une autorité républicaine soit dans l'appareil et la richesse de son costume, je crois au contraire le jour venu oîi la simplicité des fonctionnaires doit être la première de leurs distinctions. Le Directoire adoptant la proposition cérémoniale de Revellière, je demande que, pour ne pas multiplier les apprêts, et pour donner aux représentants des rois un trait de moralité des fêtes que nous célébrons, nous consacrions le même jour à la réceptioil des ambassadeurs et du corps diplomatique.

Par suite de toutes les pénuries qui ont affligé la France pen- 23Therraidant la dépréciation du papier-monnaie, les fonctionnaires sans ^'^'^ ^^ ^^' moyens d'existence ont été secourus comme un grand nombre de citoyens par les magasins de la République. Il en est resté comme une espèce d'usage, qui ne peut subsister dans un ordre régulier. Le ministre de la guerre, voulant se montrer gracieux pour divers députés influents, propose de donner des rations de fourrage aux députés qui sont militaires. « Serait-ce pour Dubois-Crancé? dit J^etourneur. — Pour Poultier? dit Carnot. — Pour Lacombe Saint

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27 Thcrmi Uor an IV.

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Michel? » dit Revellière. Le Directoire rejette unanimement cette demande ; il n'était pas nécessaire de faire intervenir des personnalités. Un sentiment de pudeur républicaine veillait alors sur 1(? trésor public et en défendait les avenues. Tous les abus qui se sont succédé depuis dans l'administration militaire nous ont été importés de l'armée d'Italie par celui qui plus tard en importera tant d'autres, lorsqu'il ne lui suffira plus de corrompre l'armée, et qu'il aura besoin de corrompre encore une nation tout entière.

Les patriotes que le Directoire n'a pu employer le pressent de sollicitations; pour attirer notre intérêt sur ceux dont l'activité est le plus féconde, ils nous présentent toutes sortes de projets dont l'intérêt public, comme chacun dit, est toujours la pensée et le but. Real écrit itérativement au Directoire, et demande une audience pour des affaires importantes relatives à la Belgique : il est renvoyé au ministre des finances.

Les chouans, vaincus mais non anéantis au 13 Vendémiaire, reprennent confiance, grâce aux divisions dont ils croient voir le germe entre les grandes autorités. Le député Vitet, médecin célèbre et vieillard respectable, informe qu'il vient d'être insulté et poursuivi dans la rue par des compagnons de Jéhu. Le ministre de la police est chargé de prendre des renseignements sur cette audacieuse tentative.

Le mouvement le plus ordinaire des troupes dans le rayon de Paris inquiète Carnot : il renouvelle sa proposition d'éloigner de Paris les troupes, et d'affecter le service public aux gardes nationales; elle est de nouveau ajournée.

La Trésorerie entrave continuellement les mesures du Directoire. C'est le fait des suggestions des membres du corps législatif, dont plusieurs ont dit sans équivoque : « Il faut couper les vivres au gouvernement ». Le Directoire désirerait sincèrement prévenir un éclat. Le ministre des finances est chargé d'en conférer avec la commission législative.

La personne de Drouet et son rôle dans la procédure de la con spiration Babeuf sont toujours un sujet de préoccupation et de discussion au Directoire. On entre dans des détails d'exécution qui ne devraient point prendre place dans des séances qui appartiennent à la conception et à la direction des affaires les plus élevées : ainsi, après avoir longuement traité des moyens de translation de Drouet, il a été décidé qu'il lui serait fourni une voiture pour le conduire à la haute cour de Vendôme; qu'il partirait le 10 pour cette destination. Dans le moment oîi l'on prenait cette décision au Directoire, le ministre de la police arrive pour nous annoncer que Drouet s'est évadé de la prison de l'Abbaye. Letourneur est désolé de voir échapper sa proie. Il pense qu'il faut faire une

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