‹ Mémoires;Chapitre 99 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l'intérieur. Sur la lecture de différentes pièces, on veut destituer toutes les autorités. Rewbell ne veut favoriser aucun des partis qui agitent ces contrées; il veut qu'on les frappe tous. Il voit le royalisme à Aix et l'anarchie à Marseille; il prétend que le Directoire ne doit pas se prononcer sur l'illégalité des opérations des assemblées primaires. Je réponds à Rewbell que la destitution du bureau central de Marseille et l'envoi d'un message et des pièces sont les seules mesures à prendre. Le Directoire adopte mon opinion.

Le général Hoche qui, en s'occupant si heureusement de la picification de la Vendée, ne perd pas de vue la grande pacifîca tion de la France, nous écrit que les royalistes débarqués d'An, gleterre, unis à ceux qui se sont déjà rendus à Paris, sont pleins d'espérances. Cochon paraît être leur dévoué serviteur, et Hoche ne croit pas à la franchise de ce ministre dans le service de la République.

Letourneur propose un message pour dénoncer le journal de Poultier, rAmi des lois. « Il faut au moins, dit Rewbell, y ajouter les rédacteurs des journaux dévoués à la chouannerie et à l'étranger. » Bonaparte s'étant lui-même plaint, dans plusieurs dépêches, des diatribes des journaux, le Directoire pense qu'à cet égard il ne peut éviter de se prononcer, et qu'on fera des insertions honora blés pour sa conduite, qui lui prouveront la satisfaction du gou vernement.

La députation des Bouches-du-Rhône con tinue à assiéger le Directoire de ses récriminations. Elle va jusqu'à prétendre que les terroristes se font égorger eux-mêmes à Aix, pour avoir le droit de se plaindre; que le général Mouret vaut moins que Barbantane qu'il remplace; et que les autorités doivent être destituées. Rewbell maintient qu'il faut conserver trois administrateurs du département et réorganiser la municipalité d'Aix; la destitution complète est toujours l'avis de trois autres membres : elle est décidée.

Le député Lamarquc, des Cinq-Cents, s'est proposé de défendre Drouet; c'est une dette qu'il croit devoir acquitter non seulement envers ses collègues à la représentation nationale, mais à son compagnon d'infortune : tous deux reviennent des prisons d'Autriche. Le Conseil ne veut pas permettre à Lamarque de remplir ce noble rôle.

Carnot est toujours plus irrité des attaques que Poultier et Louvois font dans leurs journaux; il les regarde comme des conspirateurs. Il prétend que nous ne sommes environnés que de terroristes. Il demande le renvoi de plusieurs messagers d'État qui, dit-il, pendant la Convention nationale, ont professé des prin-

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cipes anarchiques; il faut aussi, continue-t-il, une épuration dans nos huissiers. Je demande à Carnot s'il ne faudra pas aussi nous chasser à notre tour. « Il me semble que nous aussi, lui dis-je, sans vous excepter, nous avons été quelque peu révolutionnaires. » En même temps qu'il exhale tant de colère contre les journaux de Poultier et de Louvel, Carnot parle avec éloge et assentiment du

i7Tiiermi- journal le Censeur, rédigé par Gallet. Il ne lui suffit pas d'accorder son estime à ce journaliste, il voudrait qu'on lui donnât des encouragements pécuniaires. Je réponds à Carnot que les journalistes ne doivent prétendre à d'autres encouragements qu'à ceux de l'opinion publique : s'ils le méritent, elle les récompensera de reste par la multiplication des abonnés, et leur fortune et leur honneur y trouveront leur compte. La liberté de la presse est la seule protection que les gouvernements doivent aux écrivains.

Rewbell, effrayé des progrès du royalisme, gourmande le ministre de la police, et a lui-même rédigé un morceau d'un grand intérêt sur les partis qui veulent renverser la République. Cet écrit con trarie beaucoup l'opinion de Carnot : il s'oppose à ce qu'il soit imprimé et surtout affiché. J'obtiens avec peine l'insertion dans les journaux.

19 Thermi- Lg traité de paix avec Rome est mis à la discussion. La pensée

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qui devrait diriger la paix comme la guerre, relativement à lltalie, ce serait d'y organiser la liberté sur des bases larges et solides, de sorte que le système représentatif dont nous sommes vraiment les fondateurs, en ce moment, puisse tenir tête au système héréditaire, qui est encore en majorité dans l'Europe, et qui écrase presque toutes les autres parties du monde. Posons d'abord des principes bien fixes : toutes nos discussions seront amenées à s'y plier, et nous n'aurons qu'une manière de voir : nous serons forts parce que nous serons unis et compacts.

Le premier devoir des gouvernements à l'égard des armées dont ils disposent d'une manière si absolue, c'est bien au moins de s'occuper de leur subsistance. Un rapport nous est présenté sur la fabrication du pain pour les troupes. J'ai remarqué que la partie de son qui domine dans ce pain ne le rend ni assez nourrissant ni sain. Je demande que le son soit retiré, ou du moins sa quantité très diminuée dans le pain de munition. Les ministres de la guerre et de l'intérieur appuient mon observation. Carnot la combat; il range mes collègues de son avis : la santé des défenseurs de la patrie doit-elle être sacrifiée à l'économie de quelques mille quintaux de farine?

Fréron vient d'être nommé député de Saint-Domingue au corps législatif; on se rappelle le rôle énergique et même violent que Fréron a joué dans les débats post-thermidoriens lorsqu'il attaqua avec

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