‹ Mémoires;Chapitre 102 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les enfants d'Orléans à Marseille. — On les dénonce. — Le Directoire les envoie aux Etats-Unis. — Un mot sur les princes d'Orléans. — Suis-je bourboniste ou orléaniste? — Mes attentions pour Sidney Sniitli calomniées. — Madier de Morteille. — Etat du Midi.

— Divisions du Directoire. — M. Daubermesnil. — Intrigues de Carnot en faveur de Doulcet. — Parallèle de Doulcet et de Lacroix. — Carnot veut remplacer Bonaparte. — On s'y oppose.

— Rapports de Cochon. — Discussion du traité avec le Pape. —

— Interruption de Coclion. — Un placard royaliste. — Fixation de l'armée au pied de paix. — Radiation des émigrés. — Ruse des Anglais pour pénétrer en France. — Suppression de quelques états-majors. — Discussions de Rewbell et de Letourneur. — Le conventionnel Pochole. — Singulier reproclie que lui fait Carnot. — Nouveaux assassinats dans le Midi. — Intentions du Directoire.

— Communication avec le comité des finances. — Gibert des Molières. — Sa discussion violente avec Letourneur. — Renseisnements donnés par Hoche sur les projets des royalistes. — Comité royal à Paris. — Probité de Carnot. — Son caractère. — Fête du i*"" Vendémiaire. — Le contre-amiral Saint-Jullien et le capitaine Inferney. — Semonce au ministre de la marine. — Fidélité républicaine de Truguet. — Traité avec l'Espagne. — Proclamation de Bonaparte aux Tyroliens. — Ses nouvelles victoires. — Sa notification menaçante à la Cour de Naples. — Retraite malheureuse de Joiirdan, — On le remplace. — Beurnonville préféré à Kléber.

Il y a quelque temps que le Directoire a été occupé d'un 1°' Fructidor rapport de police sur les prétendues machinations des enfants d'Orléans à Marseille, et sur leur tentative d'évasion. C'est.

un fait à l'honneur des princes de cette branche, toujours populaire, que depuis et avant Louis XII la haine des partis aristocratiques ne les a jamais perdus de vue. Toutefois des prétextes inimaginables ont été saisis avec acharnement pour compromettre la famille d'Orléans. Il est temps de mettre un terme à ces méchancetés de l'aristocratie implacable. Le Directoire prend sur lui d'en finir sur cette question sans cesse reproduite par la calomnie royaliste, et pour couper court à toute cette nouvelle accusation, nous arrêtons que les jeunes princes d'Orléans détenus à Marseille seront envoyés aux Etats-Unis d'Amérique. Nobles et vertueux enfants, purs comme votre âge, vous êtes dignes de tout l'intérêt que vous porte la nation; c'est la reconnaissance de celui que vous et les vôtres avez toujours portée au peuple français. Si jeunes encore, vous semblez avoir épuisé tous les malheurs de la terre; la mer vous sera peut-être moins cruelle : confiez aux flots votre destinée jusqu'alors si tourmentée; nous sommes certains que vos derniers regards sont encore pour la France; ses vœux vous suivront partout; avec vous elle reverra des jours meilleurs, ceux oii les chagrins de votre longue odyssée feront place au doux récit des souvenirs. Quelque temps auparavant j'avais été sollicité par Mme de Bourbon et par le prince de Conti d'adoucir leur sort en les laissant approcher de Paris. Cela m'avait paru très simple à l'égard d'individus de sexe, d'âge et surtout de caractères tout à fait inoffensifs pendant le cours de la Révolution, à laquelle ils avaient été plutôt favorables que contraires. Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que j'avais obtenu ce qui était sollicité avec toutes les formes du respect et de la résignation. Cela me valut d'être appelé bourhoniste. iVujourd'hui s'intéresser au malheur des princes de la maison d'Orléans, c'est être orléaniste. Il n'y a rien d'innocent pour les hommes qui ne veulent pas s'éclairer et prendre leur décision dans leur conscience.

Page 1