‹ Mémoires;Chapitre 172 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

« C'est mon jour demain ». Il dit cela d'une voix attendrie et comme si ses collègues devaient ne plus voir en lui que celui qui annonce : « Encore quelques instants et vous ne me verrez plus! » Comme les choses personnelles ont toujours la priorité, le ministre a dû débuter par cette attention délicate envers Carnot, de lui annoncer qu'il serait assassiné. Il passe maintenant à la chose publique et nous informe que, d'après révélation faite au bureau central, dans la personne de Limodin, par un des commissaires royaux, le nommé Dunan — dont j'ai déjà indiqué que le vrai nom est Duverne de Presle, il est aujourd'hui le premier à en faire l'aveu — se dit connu de plusieurs députés, particulièrement de Dumas. Il assure que cent quatre-vingt-quatre représentants avaient envoyé à Louis XVIII leurs serments et leurs soumissions signées. Il promet, si on lui accorde la vie, en ne le condamnant qu'à la déportation, de découvrir les conspirateurs royaux. Limodin, par réflexion, annonce que le royalisme n'est pas dangereux, et Carnot dit qu'il a raison. Rewbell soupçonne parmi les députés chouans Barbé- Marbois et Dumas. Carnot les défend : ce seraient, d'après lui, plutôt Louvet, Poultiey et les Montagnards que les Clichiens. Letourneur pense qu'il faudrait arrêter tous les partis ou du moins tous les chefs. Le ministre de la police établira sa surveillance sur les royalistes inculpés par le révélateur royal.

Le ministre des finances est chargé de présenter un message tendant à décréter la vente des maisons d'émigrés en inscriptions et 7 Ventôse

, an V.

ordonnances.

« Bassal s'est chargé, dit le ministre de la police, de faire arrêter La Vauguyon fils; il prétend que le président de la funeste commission du 3 Prairial se promenait hier aux Tuileries en talons rouges. ■»

L'infatigable ministre de la police persiste à vouloir qu'il y ait des mouvements à Paris du 8 au 10 ventôse. A ces mouvements doivent se rallier les royalistes. Un patriote a été assassiné à Avignon. Letourneur dit : « Le dîner à la Polonaise m'inquiète; je serai sur pied, je me tiendrai éveillé ». Depuis que Letourneur a fait, ces jours derniers, une promenade du matin où on l'a salué dans les rues, il est sûr de l'affection de son peuple ; il ne parle que de remonter à cheval; il s'écrie même : « Je patrouillerai s'il le faut ».

Toutes ces craintes me paraissent extrêmement exagérées. On veut encore égarer les patriotes pour avoir une échauffourée comme celle de Grenelle. Je demande que le ministre de la police envoie des agents sûrs aux faubourgs pour prémunir les ouvriers et les patriotes. Si, après avoir éclairé le peuple de Paris, les meneurs bougent et s'arment, nous les combattrons. Carnot et Letourneur ne sont pas rassurés; ils veulent écrire que la sûreté publique T. II. 21

exige que le Directoire reste à son poste. Tout ce que je puis obtenir, c'est de retrancher les mots : « sûreté publique ». 3et9Ventôse Le ministre de la police soumet la déclaration de Duverne de Presle, précédemment connu sous le nom de Dunan. Avant môme qu'on lui ait donné l'assurance de la vie, comme il l'avait demandé, le conspirateur facile a commencé par faire une dénonciation générale contre tous les complices de différents étages, dans toutes les parties de la France. Il a fourni les noms, les résidences, les ressources, les attenances de chacun. Il résulte de tous ces renseignements que le royalisme, disséminé et distribué partout, est en flagrante conspiration. Les détails que fournit Dunan contre ses mandataires, quïl trahit si odieusement, et ses complices, qu'il livre avec le sang-froid le plus ignoble, sont trop précieux dans leur intégrité pour s'en tenir à de simples extraits.

11 Ventôse PIECE RELATIVE A LA CONSPIRATION ROYALISTE,

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