CHAPITRE XXIIl
Relations extérieures. — Assurances de Willot sur les élections d'Avignon. — La compagnie Van Robert. — Friponnerie des fournisseurs. — Paix avec Rome. — Le protectorat dans le Levant refusé à l'Espagne. — Intrigues contre Bonaparte. — État de l'instruction publique. — La ReveUière réformateur du culte. — Philosophie de Carnot en matière religieuse. — Nouvel ordre d'arrêtés. — La Vauguyon et Nantua. — Faute de Clarke dans la négociation dont il est chargé. — Violente discussion au sujet de l'indépendance de V Italie. — On s'en rapporte à Bonaparte sur la conduite de Clarke. — Nouvelles révélations de Duverne de Presle ou le faux Dunan.
Le ministre des relations extérieures rend compte de la première u, 12, 13 conférence qu'il a eue avec l'envoyé du Portugal; elle ne présente Ventosc aucun résultat; il propose sur le traité projeté avec le Pape quelques modifications dont le but serait de reconnaître au Saint Père toute la puissance spirituelle qu'il peut désirer, mais de la tenir franchement séparée de tous droits sur l'action temporelle, c'està-dire de lui laisser pleine jouissance du royaume du ciel, à condition qu'il voulût bien ne pas se mêler du gouvernement de la terre. Carnot prétend que les restrictions proposées par le ministre sont inutiles, et que le traité doit être conclu sans aucune espèce d'amendement : ce serait s'exposer à le voir refuser. Nous convenons que si la guerre avec le Pape est peu effrayante sous le rapport militaire, elle peut être très sérieuse sous le rapport des intrigues qui se rattachent à la Cour de Rome, et qu'elle a différenciées {sic) depuis si longtemps dans la Vendée comme dans toutes les autres parties de la France, de l'Europe, de l'Afrique, de l'Amérique, et de l'Asie, jusqu'en Chine. Ainsi, par ménagement
pour les machinations romaines, hâtons-nous de terminer notre paix avec Rome.
Pour continuer à se maintenir dans son commandement, Willot voudrait maintenant faire sa cour au parti républicain ; dans une lettre datée d'Avignon il nous assure que les royalistes ne seront pas élus aux assemblées électorales. Willot est accoutumé à vouloir faire prendre le change sur ce qui doit être comme sur ce qui est.
La compagnie Van Robert a fourni à l'armée du Rhin des habits de la plus mauvaise qualité; des échantillons sont apportés au Directoire pour qu'il apprécie la probité des fournisseurs. Ce n'est ni drap ni cuir, mais de la serge aussi faible que grossière. Le marché de pareils fournisseurs doit être à l'instant cassé; euxmêmes doivent être arrêtés et traduits devant un tribunal. Les ministres de la guerre et des finances feront un rapport.
Bonaparte annonce que le traité de paix avec Rome est définitivement conclu. Le Pape renonce à la Romagne, Bologne et Ferrare; il laisse la possession d'Ancône à la République jusqu'à la paix générale : il s'oblige à fournir trente millions, partie en numéraire et partie en diamants. II ratifie la cession des objets portés dans les précédents armistices. Ces ménagements envers un gouvernement fanatique assurent-ils la tranquillité de la République? Cessera-t-elle d'être agitée par la Cour de Rome, si le traité est ratifié? Le véritable point d'appui des autorités cispadaneset transpadanes, c'est d'établir à Rome un nouveau gouvernement qui ne soit pas en haine et en hostilité déclarée avec la Révolution. Rewbell et La Revellière parlent dans le même sens que moi : mais, quoique nous soyons en majorité, on ne décide rien.
L'Espagne demande la cession du droit de protectorat dans le Levant. Le Directoire s'y refuse.
Il est aujourd'hui démontré que la levée du siège de Mantoue et l'attaque projetée par les deux armées autrichiennes étaient favorisées par une intrigue qui avait pour but de renverser Bonaparte et de le remplacer par Kellermann, l'une des médiocrités de la guerre, que surpasse encore sa nullité politique. Des correspondances même d'Italie, ainsi que des déclarations d'Augereau, donnaient à croire qu'un membre du Directoire, que le chef du Directoire, que des députés, que le chef d'état-major lui-même de Bonaparte n'étaient pas étrangers à cette intrigue.
Lorsque les adversaires d'une régéaération fondamentale telle que la nôtre aperçoivent quelque partie faible dans la réorganisation sociale, il est simple qu'ils veuillent la saisir, et qu'ils cherchent à prolonger le malheur de cette faiblesse.