CHAPITRE XXIIÎ
l'hypothèse où la persévérance aurait rompu les négociations. Carnot et Letourneur persistent dans leur opinion. Le dernier nous accuse de ne pas aimer Clarke. Rewbell et moi, nous avouons ne pas aimer la duplicité de cet homme. La Revellière dit qu'en raison même de la confiance qu'on lui porte, le devoir d'un négociateur, s'il a de la probité, est de se conformer aux ordres qu'il a reçus. Rewbell propose d'envoyer directement à Ronaparte les instructions que Clarke ne lui aura sans doute communiquées que verbalement, et de lui demander son opinion sur les clauses du traité. Carnot et Letourneur veulent voir dans ce procédé une insulte pour Clarke. La Revellière, sans croire que nous devions à M. Clarke les ménagements demandés par Carnot, pense par amendement que nous pouvons autoriser Ronaparte à demander à Clarke copie de ses instructions; il est indispensable qu'il en ait pris connaissance, pour nous donner son avis raisonné. Après une forte opposition, l'amendement est adopté. Les deux membres opposants demandent à Rewbell de mettre aux voix si l'on « veut la paix ou non ». Rewbell se lève en colère, en disant que cette proposition ne l'effraye pas plus que ceux qui l'ont faite. « Que veux-tu dire par là? s'écrie Letourneur. — Je veux dire, réplique Rewbell, que les intérêts de la patrie sont confiés à des hommes au moins fort craintifs. Je veux la paix, mais je la veux honorable ; mais je veux la liberté de ce peuple milanais que nous avons compromis. » Je prends la parole, indigné du sang-froid avec lequel on délibère sur le massacre des habitants de l'Italie : on a provoqué leur armement, on l'a porté à quinze mille hommes, et l'on se refuse même d'insister sur leur indépendance, lorsqu'on devrait l'exiger impérativement!... Clarke aurait dû depuis longtemps faire connaître sa correspondance et tout ce qui se rapporte à sa mission. Letourneur et Carnot veulent toujours ménager la délicatesse de Clarke, qui peut se piquer de ce qu'on l'invite à se concerter avec Ronaparte. Carnot fait des signes à Letourneur. Rewbell s'en aperçoit : « Cette conférence nous éclaire, s'écrie-t-il; il faut que la correspondance nous soit envoyée sur-le-champ; il faut que nous connaissions l'opinion de Bonaparte sur les instructions et même sur Clarke ». Ces deux demandes sont arrêtées.
Le ministre de la police, qui a toujours d'excellentes raisons pour lo Vcntôs occuper le Directoire de ses faits administratifs, lit une nouvelle ^" ^' déclaration de Duverne de Presle, ci-devant le faux Dunan. Il avoue que les députés traitaient avec Louis XVIII; il nomme Mersant et Lemerer avec lesquels il a conféré, et qui étaient chargés de stipuler pour leurs collègues. Il déclare que ces députés étaient de la Société de Clichy ; que Durbak, agent de l'étranger, traitait à Paris
Iec Saladin; que Vincent était agent du Roi, et que La Vauguyon
fils avait eu des entretiens avec l'évêque d'Autun ; que la correspondance était établie par Cadet; que le contrôleur de salines à Salins la leur facilitait sur ces frontières; que la correspondance dans l'intérieur avait lieu par des exprès; que le commandant militaire de Besançon était à eux; et que tous ceux qui étaient cités dans la correspondance de Le Maître étaient de cette dernière conspiration. Ces faits nouveaux, qui viennent à l'appui de tout ce qui a été dit depuis longtemps par les patriotes, ont été devinés par leur instinct et leur ont valu toutes les contradictions et les démentis dont les séances des Conseils comme celles du Directoire ont été l'arène. Comme ils viennent à leur tour constater d'une manière si positive tout ce qui avait été nié jusqu'ici, je ne crois pouvoir mieux établir la vérité que par la production entière des pièces qu'une suite de hasards si miraculeux a fait tomber dans nos mains.
17 Ventôse SECONDE DECLARATION DE DUNAN, A ANNEXER AU REGISTRE SECRET,
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