ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
Du 30 nivôse an IV de la République une et indivisible.
Rapport sur les spectacles d'aujourdliui.
« Opéra. — Les airs patriotiques ont été très accueillis.
« Opéra-Comique. — Tout a été très tranquille et les airs fort applaudis.
« Feydeau. — Avant la première pièce, les airs patriotiques ont été exécutés par l'orchestre. Entre les deux pièces, l'hymne des Marseillais a été chanté. Pendant l'avant-dernier couplet, un coup de sifflet s'est fait entendre. Les agents de la police sont à la recherche du chouan. Du reste le spectacle a été tranquille.
« La République,
,^ , Tout a été tranquille.
a Vaudeville, \
«■ Le Général en chef, « Bonaparte. »
Mais aujourd'hui, pendant que, commandant la 1 T division, il venait nous rendre compte des vigoureux procédés par
lesquels il mettait les aristocrates au pas, et qu'il faisait sa police avec tant de luxe démagogique, nous recevions au Directoire des rapports qui l'accusaient d'avoir dans son étatmajor des émigrés, des officiers rebelles, qui avaient servi contre nous dans les sections au 13 Vendémiaire. Si c'eût été de sa part l'expression d'un sentiment de clémence et d'humanité pour des malheureux, il n'y avait rien de plus honorable à avouer; mais ce n'était nullement un pareil mobile qui l'animait. C'était, de la part de Bonaparte, une intrig-ue ajoutée à tant d'autres, un calcul pour avoir en même temps le pied et la main dans deux partis.
Informés de cette conduite, nous en demandâmes explication à Bonaparte, qui nous répondit, comme un vieux fripon de police, qu'il fallait bien qu'il s'y prît de cette manière pour savoir quelque chose dans le camp ennemi; qu'au surplus, quand il les recevait chez lui, « c'étaient comme autant de souricières » (terme de police). Sur ce qui nous avait été rapporté, qu'il recevait aussi des étrangers, des Anglais, des Allemands fort suspects, il nous fit encore la même réponse, que c'était « pour les tromper tous et servir le Directoire )).... Il est difficile de ne pas apercevoir ici l'homme qui joue déjà deux rôles à la fois comme il l'a fréquemment recommencé depuis. On avait eu un premier échantillon de la double conduite de Bonaparte le 13 Vendémiaire, lorsque, ayant commencé à négocier avec la section Le Pelletier, il sentit la faiblesse de ce parti; et ne trouvant pas d'ailleurs les conditions qui lui étaient faites, égales aux chances du parti républicain, il passa décidément avec nous. Menou venant à être mis en jugement, on peut reconnaître d'autant plus ce qu'il y avait eu de fraude alors dans leurs relations précédentes, et que les pourparlers de Bonaparte avec la section Le Pelletier sont de nature à le compromettre. On le surprit agissant pour Menou dans le plus grand mystère : il fit manœuvrer pour soutenir l'accusé auprès de la commis-