CHAPITRE II
sion militaire; il contribua à l'y faire acquitter. Les faveurs dont par la suite il comblera le général Menou, dont il a déclaré l'incapacité, seront encore une autre preuve de sa connivence à cette époque. Fidèle à l'engagement que j'ai pris de rendre compte de tout ce qui peut m'être personnel, je continue, ainsi que je l'ai annoncé, à établir ma comptabilité matérielle et morale en présence de mes concitoyens. 22 nivôso
... . . an IV.
Témoins de ma vie politique, ils paraissent ne l'avoir pas laissée sans quelque estime, comme on l'a vu dans les félici' talions que j'ai reçues de tous côtés à l'époque du siège de Toulon. Ce témoignage s'est trouvé encore plus étendu dans les dernières élections, puisque j'ai été nommé député par plus de vingt départements; je leur ai adressé mes remercîments à peu près en ces termes :
« Citoyens,
« J'ai reçu avec sensibilité les témoignages de confiance que vous avez bien voulu me donner : ma vie entière est à la République; mon vœu le plus ardent pour sa prospérité; et toutes mes affections à ses fermes amis.
« Unissons-nous, citoyens, pour faire cesser l'anarchie et le brigandage; que le règne des lois, de la justice et de l'humanité triomphe enfin; que nos sanguinaires persécuteurs, de quelque manteau qu'ils se couvrent, soient partout repoussés. Le Directoire exécutif répondra à la confiance des patriotes, et ne transigera jamais avec nos ennemis. »
J'aurais accepté la députation du Nord, s'il n'y avait pas eu incompatibilité des fonctions exécutrices avec celles législatives. Je ne crois pas qu'il soit possible de produire une meilleure pièce que celle des témoignages collectifs de vingt départements exprimés avec tant de confiance. Celle de la Convention nationale tout entière ne m'a pas été moins constatée par les suffrages qui m'ont, à des époques si déci-
sives, investi du commandement supérieur des premiers postes de la République; car Paris au 9 Thermidor, au 13 Vendémiaire, n'était pas seulement la capitale de la France, c'était la France elle-même ; c'était la République tout entière : elle périssait si noiis succombions à Paris. Voilà ce que je puis dire sommairement pour mon compte moral.
Quant à mon compte matériel, je n'aime pas moins à le produire de même, en revenant sur mes pas pour mes précédentes missions. On a vu toutes celles que j'ai remplies depuis 1792. Elles renferment un intervalle de près de quarante mois. Dans un mouvement perpétuel et sans séjour arrêté, j'ai fait plusieurs mille lieues. Eh bien, tous les frais de route et déboursés nécessaires pour les besoins de la vie et de la représentation ne se montent pas à plus de quelques mille francs, valeur argent d'aujourd'hui; ce qui se rapporte à nos dépenses particulières n'excède pas l'indemnité que nous recevions à Paris comme députés; et l'on sait qu'à l'époque de la dépréciation croissante des assignats, cette indemnité donnait à peine du pain et ne pouvait suffire à des vêtements.
Dans un temps où l'on faisait tant de choses pour la patrie, €t si peu pour soi-même, c'était presque du luxe que les représentants du peuple envoyés avec plein pouvoir aux armées, comme dans les départements, eussent une voiture pour se rendre à leur destination. C'était un simple prêt que leur faisait l'administration générale, et qu'à leur retour ils rendaient avec une exactitude religieuse. Le moindre oubli dans ce genre, comme dans tout ce qui touchait à un intérêt quelconque, eût été regardé comme un crime.
Je passe maintenant au détail de ce que les membres du Directoire crurent devoir faire sous ce rapport, pour n'être pas au-dessous de leur position, comme premiers magistrats de la nation, et en même temps ne pas contrarier les mœurs républicaines.