‹ Mémoires;Chapitre 245 sur 302 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Le commissaire Ricard. — Le général Frêgeville. — M. Cabarrus. — Une intrigue féminine. — Affaires de Saint-Domingue. — Toussaint-Louverture . — On propose de donner un commandement au général Mcnou. — Villaret- Joyeuse . — Mme de Staël et Henri La Rivière. — Le club de Salin. — Gibert des Molières. — Réunion du soir. — Projet de mettre en accusation deux Directeurs et de m' arrêter . — Proposition de Willot sur la gendarmerie. — Rapport de Bonaparte. — Réponse du Directoire. — // cherche à rassurer les esprits. — Politique de Carnot. — L'ile d'Elbe. — Mouvement nocturne. — M. de Lévis. — Alarmes de Truguet. — Dépéclies des plénipotentiaires à Lille. — Négociations avec l'Angleterre. — Pérignon encore à Madrid. — Le Directoire refuse M. Cabarrus. — Affaires du Portugal. — Conférence avec Rewbell et La Revellière . — François de Neufclidteau. — Lenoir-Laroche et Hoche. — Nouveau ministère en projet. — Club des Clichiens.

— Précieux renseignements donnés par le prince de Carency. — Proposition de Carnot sur le renvoi de quatre ministres. — Leur arrivée inopportune. — Suite de la discussion. — Changement de ministère. — La majorité et la minorité. — Démissions obligeantes.

— Fourberie de Talleyrand. — Ingénuité de Mme de Staël et de Benjamin Constant. — Talleyrand ministre. — Grande faute du Directoire. — Hommage à l'amiral Truguet. — Comment Talley^ rand reçoit sa nomination. — « Une immense fortune et une fortune immense. » — Effusion de reconnaissance . — // veut embrasser mes gens. — Le Directoire se débarrasse des détails. — Dissolution bureaucratique. — Tristesse de Carnot. — Charles Lacroix négocie avec le Portugal. — Agitation dans les Conseils. — Fatale position du Directoire.

Le commissaire de Saint-Maximin (cette ville, revenue à son 16 Messidor

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ancien nom, dont Lucien Bonaparte l'avait débaptisée pour lui donner celui de Marathon), l'estimable Ricard, nous adresse un

tableau affligeant de tous les massacres qui se commettent dans le Midi. La ruine de ce pays est due à Willot, homme impur, immoral autant qu'incivique et le dernier de tous à qui peut être confié un commandement militaire aussi délicat. Le général de brigade Frégeville annonce de Montpellier les mêmes excès. Le commissaire près l'administration centrale de l'Hérault dénonce aussi des assassinats commis sur des acquéreurs de domaines nationaux. Carnot désapprouve Frégeville et le commissaire; je les soutiens; La Revel-" lière et Rew^bell sont de mon avis, et cependant aucune mesure n'est adoptée.

M. Cabarrus nous est annoncé comme ministre plénipotentiaire d'Espagne à Paris. La correspondance de Madrid nous apprend que cette nomination est due à une intrigue. On a fait agir Pérignon, notre ambassadeur, en l'assurant que le Directoire verrait avec plaisir le père de Mme Tallien représentant de l'Espagne à Paris. Cette nomination n'a pas reçu à Madrid l'assentiment des Espagnols ; elle ne peut obtenir l'accueil du Directoire exécutif de France.

Des lettres de Saint-Domingue apprennent que la partie du nord est presque évacuée entièrement par les ennemis; que Toussaint- Louverture marche sur Port-au-Prince.

19 Messidor Le ministre de la guerre propose de nommer inspecteur de la IT'^ division de l'intérieur le général Menou. Cette proposition faitelle le procès au 13 Vendémiaire? Où veut-on aller? Attendronsnous dans cette salle qu'elle soit cernée par nos ennemis? Si le Directoire persiste à ne prendre aucune mesure pour sauver la République, je suis décidé à rentrer dans la classe des simples citoyens; je prendrai avec eux les armes pour défendre la liberté. La proposition est regardée comme non avenue; elle n'a été soutenue que par Carnot, mais un seul moment.

Carnot demande pour Villaret-Joyeuse le grade de chef de bataillon d'artillerie. J'ai servi avec cet officier : je le connais pour un militaire instruit; mais il est envoyé ici par l'Ile de France, et d'après la conduite de cette colonie, en ce moment insoumise, il serait inconvenant d'accorder des grâces à son délégué. Lorsqu'elle aura reconnu le gouvernement républicain, je voterai le grade de chef de bataillon en faveur de Villaret-Joyeuse. Adopté.

Mme de Staël arrive chez moi, le soir, plus vive et plus caressante; elle méfait des protestations d'attachement pour le Directoire et particulièrement pour moi. Nous sommes, m'assure-t-elle, la seule autorité républicaine qui lui inspire de la confiance. Henri La Rivière lui avait dit que le club

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