‹ Mémoires;Chapitre 253 sur 302 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Hoche au Directoire. — Ses plaintes contre Carnet. — Sa visite chez moi. — Pourquoi il n'accepte pas le ministère. — Faiblesse de nos plénipotentiaires à Lille. — Passage de troupes dans la ligne constitutionnelle. — Vives discussions à ce sujet. — Agitation de Lenoir- Laroche, — Enlèvement de papiers par Cochon. — L'Anglais Poter. — Soupçons de trahison. — Vives attaques aux Conseils contre le Directoire . — Lettre de Bonaparte sur les dispositions de l'armée d'Italie. — Opinion de Carnot sur la marche du Directoire. — Irri^ tation croissante de l'armée d'Italie. — Les pièces secrètes. — Dénonciation de Willot contre Hoche et moi. — Petite malice sans résultat. — MM. de la Harpe, de Vauxcelles et Fontanes. — Diffamations académiques. — Crimes de Barras. — Mouvement dans la Nièvre. — Scherer ministre de la guerre. — Fera-t~on l'expédition d'Irlande ? — Une lettre à Bonaparte. — Conversation de Carnot et de Bacon. — Naïveté de Quatremère de Quincy et de Lenormand. — Craintes de Bonaparte au sujet de la paix. — Réponse du Cabinet anglais à notre ultimatum. — Le député d'Auchy et le ministre des finances. — Départ de Hoche. — Menaces d'assassinat contre moi et deux autres Directeurs. — Mesures provoquées par les Cinq-Cents sur l'organisation de la force armée. — Un agent anglais. — L'ambassadeur Ali Effendi.^ — Comité royal de députés. — Déclaration énergique proposée par Bonaparte à l'égard de l'Autriclie. — Etat des négociations avec l' Angleterre . — On veut perdre Hoche. — Sortie véhémente de La Rcvellicrc et Rewbell. — Déclamation de Dumas. — ^ Nouvelles calomnies académiques.

Le général Hoche se présente au Directoire; il annonce que les o rhonnidor troupes qui, dans ce moment, font l'objet des plaintes au corps législatif, sont destinées pour Brest et aux ordres du ministre de

la marine. Hoche est invité à mettre par écrit ce qu'il vient de déclarer : on évite ainsi toute explication. Après la séance, j'ai trouvé chez moi le général Hoche, il a dit publiquement que les généraux et l'armée sont également mécontents; que Carnot et son bureau topographique les abreuvent d'amertume; qu'ils favorisent les aristocrates, et font également preuve d'incivisme et de bêtise. Hoche aurait accepté le ministère qu'on lui propose, s'il avait eu les trente ans accomplis exigés par la loi.

Malgré les instructions du Directoire, nos plénipotentiaires à Lille paraissent toujours très faiblement disposés à soutenir nos alliés : il leur sera écrit d'abandonner plutôt les indemnités dues à la République, que de sacrifier un seul des alliés.

Le l'^'' thermidor, Carnot a reçu plusieurs députations de représentants relativement au passage des troupes dans la ligne constitutionnelle. Il a blâmé la direction que prenaient ces troupes pour se rendre à Brest. Il dit que Hoche a compromis l'armée de Sambreet-Meuse, en la privant d'une grande partie de sa cavalerie. Carnot demande que les troupes et leur général reçoivent l'ordre de rentrer de suite à l'armée. On arrête que les troupes resteront où le courrier porteur des ordres les atteindra. Quoique les troupes dont il s'agit, fussent réellement destinées pour Brest, il était convenu avec Rewbell et La Revellière que leur marche serait dirigée vers Paris. Mes deux collègues m'avaient autorisé à traiter cette affaire avec Hoche, et l'approche des troupes était le résultat de nos conférences. Le corps législatif adresse à ce sujet un message au Directoire ; celui-ci repond à ce message qu'un commissaire des guerres par erreur a donné une route qui pouvait passer de très peu de lieues la limite constitutionnelle. Hoche se rend au Directoire, et l'assure que onze mille hommes de cavalerie existent encore ù l'armée de Sambre-et-Meuse. Henri La Rivière et Dumolard attaquent violemment le Directoire et Lenoir-Laroche. Celui-ci nous déclare qu'un désordre affreux existe dans ses bureaux; que plusieurs intrigants le tourmentent pour l'obliger à donner sa démission. Le nouveau ministre, plus accoutumé à la douce vie des lettres qu'aux tribulations de la politique, paraît très agité de sa nouvelle position. Je charge plusieurs honorables députés d'aller encourager M. Lenoir-Laroche, et de me rendre compte s'ils le croient dans le cas d'administrer le département de la police. On nous rapporte que Cochon, avant de partir de la police, en a enlevé tous les papiers qui pouvaient être utiles ou nuisibles au parti de Glichy.

L'Anglais Poter, arrivant de Londres, vient nous avertir qu'un membre du gouvernement nous trahit; que les plans et les instructions du Directoire sont régulièrement communiqués à Pitt.

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