CHAPITRE XXXII
Le Conseil des Cinq-Cents demande l'état des troupes qui étaient i Thermidor à Paris en messidor dernier, et de celles qui s'y trouvent aujour- '^" d'hui. Il demande le nom de celui qui a donné l'ordre aux troupes de passer par la Ferté-Aîais. i,e Directoire répondra demain. La séance du Conseil a été plus calme; mais le plan d'accusation n'est pas moins suivi. Vaublanc a dit au député Vallée qu'il fallait s'assurer de la majorité du corps législatif, avant d'entreprendre l'attaque.
Bonaparte écrit que l'armée est indignée des assassinats qui se commettent dans l'intérieur; de ce qu'on protège la rentrée des émigrés et des ennemis de la liberté. Il est bien temps que le gouvernement prenne de fortes mesures poiir purger la République de tous ces brigands. Il a, dit-il, peine à contenir l'armée; les motions contre-révolutionnaires faites au corps législatif éloignent l'espoir de la paix; tant que l'ennemi aura un parti aussi impudent au corps législatif et dans l'intérieur, on ne pourra l'obtenir. Il faut mettre un terme aux discordes civiles. Bonaparte ajoute qu'il préfère donner sa démission, à la douleur de se voir témoin inactif de tous les malheurs qui menacent la République. A la fédération de Milan on a voté pour que le club de Glichy fût chassé; on a voté aussi la réémigration des ennemis de la liberté; enfin l'armée d'Italie parle de rentrer en partie dans l'intérieur pour y faire justice des assassins et des contrerévolutionnaires, envers lesquels le Directoire s'est jusqu'ici montré trop indulgent. Hoche assure que l'armée de Sambreet-Meuse est dans les mêmes dispositions. Carnot dit à ce sujet que la contre-révolution approche; qu'elle peut avoir lieu dans vingt-quatre heures, parce que nous avons indisposé le corps législatif : on lui demande en quoi. Il répond : en ne chassant pas les ministres désignés par les bons citoyens, en écartant ceux qui en étaient estimés. « Pour moi, ajoute Carnot, je marcherai toujours avec la majorité représentative, n'importe son opinion et son but : je déférerai toujours à ses lois. » La.Revellière dit que cette manière do voir et de
s'exprimer est une manifeste désertion de la cause de la République, dont le renversement est à l'ordre du jour. Quant à lui, il mourra avec honneur, ainsi que ses deux collègues, en défendant ses institutions. Garnot parle d'accusation projetée contre le Directoire, il la redoute. Rewbell lui répond : « Tu ne la crains pas : ce n'est pas contre toi qu'elle est dirigée, tu en es excepté ». Rewbell ajoute : « Au surplus, qu'ils osent, et le parti que tu protèges disparaîtra tout entier ». Garnot garde le silence. 5 Thermidor L'irrilatiou dc l'armée d'Italie est loin de se calmer. La
an V.
division Augereau a fait une adresse tellement vigoureuse que Bonaparte a hésité à la répandre; celle de la division Masséna, celle de Joubert, l'une adressée au Directoire, l'autre à l'armée de l'intérieur, nous sont parvenues. Le nombre des pétitionnaires est de douze mille hommes pour l'autre. Garnot pense qu'il y aurait du danger à les publier, parce qu'elles sont rédigées dans des termes fort inconvenants. Le Directoire arrête qu'elles seront réunies aux pièces secrètes.
Willot dénonce au corps législatif l'âge de Hoche, nommé ministre de la guerre. Hoche n'avait pas attendu cette dénonciation, pour reconnaître qu'il n'avait pas l'âge nécessaire pour être ministre, puisqu'il avait par cette raison même refusé le ministère aussitôt qu'il avait connu sa nomination. Willot dénonce aussi l'âge de Barras. Le Gonseil des Ginq- Gents arrête un message qui demandera aux ministres de la marine et de la guerre les pièces qu'ont dû produire lo général Hoche et le Directeur Barras lorsqu'ils sont entrés au service : elles pourront servir à constater la date certaine de leur âge. Sur ma proposition, le renvoi est fait aux ministres. Le rapport de l'un dit que son ministère n'est en possession d'aucune pièce; et l'autre, que des mémoires établissent que le Directeur Barras avait quarante ans et trois mois lorsqu'il est entré au Directoire. Les rapports