CHAPITRE XXXIII
je puis déclarer qu'elles étaient encore exagérées par la correspondance de Lavalette, en même temps qu'elles étaient attisées par sa présence et ses excitations sournoises. Le rôle même d'un pareil subalterne n'est pas sans action sur des passions déjà si vivement enflammées. Les nôtres étaient la proie de cet agent secret; il était plein d'activité pour user, par les uns contre les autres, de la confiance qu'il avait surprise à tous. Bonaparte avait merveilleusement choisi l'homme auquel il avait donné la commission de «. jeter, comme on dit vulgairement, de l'huile sur le feu ».
Le 28, il est décidé qu'on acceptera le traité de Leoben : mais le général de l'armée d'Italie insistera sur les propositions avantageuses à l'Italie faites par les plénipotentiaires de l'empereur.
Rewbell, Revellière et moi, nous sommes informés que les deux commissions des inspecteurs de la salle du corps législatif ont passé en séance la nuit du 28 au 29. Quoique Paris ait l'air calme, on y aperçoit une inquiétude générale; les rixes particulières qui ont lieu chaque jour, annoncent une irritation qui fait présager des troubles : les jeunes incroyables à collet noir, voulant braver les militaires qui se promènent dans Paris, reçoivent de sévères leçons. Les partis s'observent; les armées se sont prononcées, à l'exception de celle du Rhin. Moreau, enchaîné par l'influence de Carnot, a cru pouvoir se retrancher dans un prudent silence : il donne pour raison qu' « il ne se connaît pas en politique », comme s'il ignorait pourquoi il a pris les armes en 1789, et pourquoi il commande en ce moment une armée de la République! Ceux qui veulent excuser cette réserve de Moreau, disent que sa conduite lient à la modération, à la sagesse de son caractère, qu'il porte dans la Révolution comme dans la guerre. Ainsi, ajoutent-ils par analogie, Moreau est peu propre à la guerre d'invasion, mais il fait admirablement retraite. « J'en conviens sans le juger, dit le général Hoche
avec sa franchise spirituelle; mais moi je me connais peu en retraite. » De retour à l'armée de Sambre-et-Meuse, Hoche y a fait célébrer la fêle du 10 Août. On remarque le passage suivant dans le discours qu'il prononça le 10 Août à Wetzlar devant l'armée réunie : « Amis, je ne dois pas vous le dissimuler, vous ne devez pas encore vous dessaisir de ces armes terribles avec lesquelles vous avez tant de fois fixé la victoire. Avant de le faire, peut-être aurons-nous à assurer la tranquillité de l'intérieur que des fanatiques et des rebelles aux lois républicaines essaient de troubler. Combien ils s'abusent, ces perfides ennemis! Sans songer à vous, ils méditent de rendre la France à l'esclavage, dont vous l'avez affranchie pour toujours. Semblables aux conseillers de Louis XVI avant la journée du 10 Août, ils espèrent nous redonner des maîtres; le fanatisme, l'intrigue, la corruption, le désordre dans les finances, l'avilissement des institutions républicaines et des hommes qui ont rendu de grands services : voilà les armes qu'ils emploient pour arriver à une dissolution sociale, qu'ils diront être l'effet des circonstances. Nous leur opposerons la loyauté, le courage, le désintéressement, l'amour des vertus dont ils ne connaissent que le nom, et ils seront vaincus. Mais, j'en suis certain, votre présence et la fermeté du gouvernement suffiront au maintien de la Constitution, que je jure avec vous de maintenir dans toute sa pureté. » Dans une grande réunion des officiers et soldats de l'armée de Sambre-et-Meuse, qui a senti le discours du général en chef, des toasts unanimes ont été portés contre les Clichiens et les émigrés.
Tous les patriotes, à Paris comme aux armées, se prononcent contre les royalistes. Les invalides eux-mêmes font une adresse au Directoire, dans le sens de celles d'Italie. Il faut nous mettre en mesure de nous étayer de toutes ces bonnes dispositions en les régularisant. L;; général Augereau commande la 1" division militaire; le général Verdière, la