CHAPITRE IV
ici que ces distractions, peut-être un peu forcées, d'une existence très agitée, n'étaient pas toujours de mon goût, et que mon âme a pu me faire d'avance quelques-uns des reproches qu'on ne m'a point épargnés depuis.
Dans le désir de mieux établir ma position directoriale, et de reprendre toute la gravité qui appartenait à une haute magistrature, j'aurais beaucoup désiré avoir près de moi ma femme, à laquelle j'étais uni depuis 1791. Je n'avais passé que quelques jours avec elle après notre mariage, et les événements qui nous avaient aussitôt séparés n'avaient pu me faire perdre le souvenir de ses bonnes qualités. N'étant jamais venue à Paris, pour en prendre les élégantes manières, ma femme était de mise partout; et elle eût été à sa place à la tête de mon intérieur. Elle eût été pour moi un auxiliaire déterminant pour écarter les sociétés d'hommes ou de femmes qui se seraient trouvées par trop dépareillées dans ma maison, qui n'aurait plus été celle d'un célibataire. J'avais eu cet espoir autant que ce désir, et fait préparer mes appartements de ville et de campagne. J'écrivis à ma femme, demeurée dans notre pays natal, de quitter Fox et de se rendre à Paris, en lui exprimant tous ces sentiments bien sincères. Je crois me rappeler que je lui disais : « Yenez me délivrer de tous les mauvais sujets qui m'obsèdent ». Ma femme ne put se déterminer à quitter la Provence.