CHAPITRE IV
militaire el politique que la France devait prendre à l'égard de l'Italie. Il me pria de l'aboucher avec l'auteur. Je lui donnai à dîner avec Geracchi : ils firent connaissance. Bonaparte le fit beaucoup causer et ne pouvait plus le quitter : il lui parlait tantôt italien, tantôt français, disant, quand je les entendais, que la langue italienne, qu'on a nommée la langue de l'amour, était aussi celle de l'amitié.
On verra dans la suite ce que fut l'amitié de Bonaparte pour Geracchi, comme pour d'autres qu'il a rencontrés, et dont il a tiré quelques services qui concourussent à son ambition.
Bonaparte obtint encore de moi toute notre correspondance relative à l'Itafie, notamment des lettres d'Ilaller qui contenaient les plus précieux renseignements : il en saura aussi bien profiter que de l'auteur lui-même, qu'il s'attachera comme agent des finances, aussitôt son arrivée dans ce pays.
Voilà enfin le général de l'armée d'Italie parti pour '23 ventôse prendre son commandement. Le 23 ventôse il a quitté Paris, et n'a pas craint de me laisser en partant « ce qu'il a de plus cher », le trésor inestimable qu'il vient d'acquérir par l'acte municipal passé au 2" arrondissement de la ville de Paris quelques jours auparavant; quoi que Mme Beauharnais ait pu lui dire, avant son mariage, de mes prétendues tentatives galantes auprès d'elle, et de ses résistances cruelles, il veut bien me confier encore cette femme intéressante et même la recommander à ma garde. !Si elle a besoin de quelque chose, il me donne encore la marque d'estime d'être persuadé que c'est moi qui l'aiderai. Gependant elle n'a besoin de rien pour le moment; il lui a laissé, m'assure-t-il, assez d'argent pour aller jusqu'au jour où elle viendra le rejoindre en Italie.
Au moment de l'installation du Directoire, nous reçûmes des demandes réitérées de Murât, alors chef d'escadron, pour
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être mis à la tête de notre gardé. Bonaparte fut le premier à nous le proposer; sans que nous eussions encore aucune défiance des proposants, il était assez clair que, Murât étant un homme à lui, il voulait déjà l'avoir près de nous, pour rester maître des avenues du Directoire. Sans que Rcwbell eût précisément ce soupçon, il dit, en principe général, quelque chose qui y ressemblait : « Le Directoire doit prendre par son propre choix les militaires qui sont si près de lui ». Murât, malgré ses demandes réitérées, et tous les certificats républicains qu'il produisait, fut envoyé à l'armée d'Italie, oii il devait accompagner le général Bonaparte. Je ne puis laisser passer cette circonstance, qui me rappelle les premiers moments du Directoire, sans donner un démenti à l'une des prétentions de Bonaparte. Il a eu celle d'avoir, après le 13 Vendémiaire, organisé la garde du Directoire comme celle du corps législatif. Cela eût été possible dans la relation continuelle que lui donnait avec nous le commandement de l'armée de l'intérieur, et les éléments qu'elle pouvait nous offrir; mars le fait est aussi faux que tant d'autres dont Bonaparte a voulu s'approprier l'honneur. La garde du corps législatif fut organisée par les membres du Comité de Salut public et de Sûreté générale, qui subsistaient encore et qui me consultaient. La garde du Directoire fut organisée par nous-mème, et notre refus d'accepter Murât prouve qu'alors l'instinct s'accordait avec la réflexion.
Quoique des Mémoires donnent le droit, imposent même le devoir de ne rien retenir de sa vie privée et de ne point la dérober sous le prétexte de la vie publique, je n'ai dit que fort rapidement, dans le cours de ma narration, que j'étais marié. On peut l'avoir oublié, au milieu de ma vie tumultueuse, comme je puis avoir l'air de l'avoir oublié moi-môme, au moment où je raconte des détails qui ressemblent trop à la vie libre d'un garçon. Sans vouloir me justifier tout à fait, et me donner l'absolution de la confession, je puis assurer