CHAPITRE V
Oise un écrit ayant pour titre : Acte du synode tenu à Versailles, église Saint-Louis, par les curés du diocèse, le 28 nivôse an IV. Cet écrit méconnaît et repousse le mariage civil, il s'appuie de l'opinion du pape uni à la coalition. L'érection d'un tribunal ecclésiastique y est annoncée, ainsi que la réunion des fidèles. Le Directoire ordonne que l'église Saint-Louis sera fermée, et que les signataires de cet acte seront poursuivis selon les lois.
La Russie et l'Angleterre ont signé un traité d'alliance offensive et défensive. Cette nouvelle paraît un sujet de ralliement pour nos ennemis intérieurs, unis par leurs vœux aux puissances coalisées. La plus infâme corruption tente de semer les troubles parmi le peuple, et la division parmi les pouvoirs constitués. Dans ces circonstances compliquées, le Directoire a cru devoir adopter le rapport du ministre de la police, portant que les passeports et les permissions de résider à Paris sont rappelés à leur première exécution.
Depuis la pacification de la Mabilais, le quartier général des chouans est établi au château de Bourmont; les chefs sont le comte de Chàtillon, le vicomte de Scépeaux, le comte de Bourmont et le comte Turpin-Crissé. Ils s'y sont constitués en conseil supérieur, avec les anciennes attributions de celui de la Vendée.
De nouveaux détails nous parviennent sur l'occupation de la Pologne par les puissances copartageantes. La Russie a pris des mesures cruelles contre cet infortuné pays. Les prisonniers de guerre polonais ont été rassemblés, incorporés et dispersés dans les différents régiments russes. On nous apprend qu'un Polonais sorti des rangs pour réclamer contre la tyrannie s'est vu menacé du bâton par le général russe. Le Polonais a tiré son couteau et tué le général; il a ensuite frappé un officier supérieur, accouru vers son général, puis il s'est poignardé en disant : « Allez ramper auprès de votre souveraine catau Catherine, et informez-la que la Pologne contient encore des républicains ». Le brave Kosciuszko est détenu dans une prison, et le roi Stanislas a obtenu la grâce d'aller rétablir sa santé en Italie.
Nous apprenons que le général Clairfait, l'un des généraux les plus brillants de l'Autriche, est remplacé dans le commandement de l'armée du Rhin par l'archiduc Charles.
Le Directoire donne une instruction qui a pour but d'exciter le zèle du ministre de la guerre au sujet de la réquisition. Une autre instruction limite les pouvoirs des généraux et des administrateurs qui se livrent à des exactions.
Les ambassadeurs Blaw et Meyer notifient que la Convention nationale batave s'est installée le l*^"" mars 179G, et qu'à compter de cette époque, les États-Généraux sont dissous.
15 Ventôse
11 Ventôse
an IV.
1" mars
23 Vcntôso an IV.
•27 Ventôse an IV.
2 Germinal an IV.
L'armée des côtes de l'Océan a continué à obtenir des avantages brillants sur les Vendéens. Plusieurs de leurs chefs ont été tués; d'autres ont remis leurs armes; tout permet d'espérer qucle général Hoche parviendra à la pacification générale du pays.
Le corps législatif a créé des mandats territoriaux, payables aux porteurs : le Directoire demande le cours forcé comme condition nécessaire pour le service public.
Les Anglais, habitués à violer tous les droits des nations, viennent de confisquer les bâtiments hollandais qui se trouvaient dans leurs ports ou sur mer; et cela, sans déclaration préalable de guerre.
Une proposition est faite au Conseil des Cinq-Cents pour apporter des restrictions à la liberté de la presse. Dans plusieurs conférences à ce sujet avec les députés, le Directoire n'a point été d'avis qu'une pareille mesure soit adoptée : la majorité du Conseil a repoussé la motion que j'appelle liberticide. Toute limite que l'on veut apporter à la liberté de la presse est tentative de son anéantissement. Un peuple privé de la liberté de la presse est privé de la respiration même.
Les députés du département des Bouches-du-Rhône ont subrepticement obtenu du Directoire un arrêté qui ordonne aux commissaires près les administrations départementales de lui faire connaître les fonctionnaires publics dont les principes ne seraient pas en harmonie avec la Constitution ou qui seraient prévenus de délits. Cette première partie est sans doute raisonnable; il faut, pour l'établissement d'un nouveiau gouvernement, mettre en accord les hommes et les choses, et la première base de tout accord est bien certainement la probité des fonctionnaires. Mais messieurs les députés des départements méridionaux dont le patriotisme n'est pas très franc, ont glissé dans l'arrêté qu'ils ont sollicité un article pour faire présenter de suite les noms des sujets qu'ils croiraient dignes de remplacer ceux qu'ils destitueraient. (]'est une* manière de se débarrasser des fonctionnaires qui déplaisent à la députation et d'y substituer ses créatures. Rev^^bell et moi, nous nous sommes opposés à cet arrêté, dont nos collègues n'ont pu à l'instant sentir le danger. La suite leur a prouvé quels motifs avaient dirigé la députation des Bouches-du-Rhône.
Au moment où le Directoire a pris les rênes de l'État, les administrations nouvelles succédant à toutes celles qui se sont si rapidement succédé pendant la Révolution, ont trouvé le désordre qui suit une pareille mobilité : absence de registres et de toute tenue; il faut donc tout créer. Par un arrêté du 2 germinal an IV, le Directoire prescrit aux administrations départementales d'établir un registre d'exécution des lois et des arrêtés du gouvernement.