‹ Mémoires;Chapitre 57 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Toulon, et qui cette fois encore a eu la mission de les brûler au Havre, vient d'y être pris. Il avait mouillé dans la nuit sur cette rade, avec le Diamant, qu'il commandait, puis il était passé sur le corsaire le Vengeur, dont il s'était emparé. Plusieurs embarcations sorties du Havre l'ont attaqué et forcé à se rendre. Des fag-ots soufrés et autres matières combustibles, trouvés sur son bord, n'ont laissé aucun doute sur le projet de cet incendiaire. Le Directoire ordonne de traduire à Paris Sidney Smith. On voudrait l-e traiter comme espion; c'est la manière de voir de Merlin, qui a beaucoup de savoir dans beaucoup de lois, mais qui ne connaît pas celles de la guerre et les droits de ceux qui en sont les auteurs. Une attaque à force armée est un acte militaire, quels que soient l'arme employée et le poste contre lequel elle est dirigée. Voilà les principes que je rappelle à mes collègues et sur lesquels J'ai bien de la peine à les convaincre en présence du ministre Merlin, dont le cerveau étroit et subtil ne peut être rien de plus que celui d'un procureur. Déjà d'ailleurs le gouvernement anglais réclame Sidney Smith, et menace de réciprocité si on attente à la personne de cet officier : « C'est sur vous, dis-je à Merlin, que la réciprocité aurait ses droits.... » Merlin cède à cette raison, qu'il croit sérieuse de ma part; il laisse le Directoire se rendre à mon opinion. Tout jugement de Sidney Smith est ajourné : il restera seulement prisonnier, et sera détenu dans une maison à Paris.

Au moment où nous commençons à mettre à la raison la Vendée proprement dite, et à y rétablir la paix, l'insurrection semble n'avoir fait que changer de place, et vouloir se reporter sur les contrées limitrophes. Le département du Cher est troublé par des rassemblements fanatiques et royalistes; les insurgés se sont réunis au district de Sancerre; nous apprenons que le 11 germinal, le tocsin a sonné dans nombre de communes, la cocarde blanche a été arborée ; les rebelles se sont emparés de Sancerre aux cris de : « Vive le

Roi! Vive le Pape! » Ils ont abattu les arbres de la liberté, brûlé les registres de l'administration. Au premier avis de ces troubles, le Directoire fait partir de Paris quinze cents hommes, et donne ordre à Hoche d'y joindre trois mille hommes avec du canon. Voyant marcher des troupes déterminées et qui entrent dans Sancerre, les brigands l'évacuent, €t prennent position dans un village des environs. Nos républicains les attaquent; plusieurs sont tués sur le champ de bataille; parmi les morts se sont trouvés des prêtres. On a pris leurs armes, leurs drapeaux blancs; les fuyards ont demandé g-râce; les chefs seulement ont été mis en jug-ement. Enfin tous les rassemblements sont dissipés et la tranquillité est rétablie.

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