CHAPITRE V
tant de nécessité de se défendre n'était pas fort exigeant ici, ni menaçant pour la liberté dans la latitude de la simple demande d'ordre public qu'il présentait, non pour restreindre, mais régulariser l'exercice de la presse.
Le Directoire, croyant en même temps que si la question de la radiation des émigrés nécessite une grande attention, elle doit être surtout retirée à l'arbitraire et remise à la justice, propose d'ôter cette attribution au ministre de la police et de la rendre à celui de la justice.
Des troubles éclatent au Havre, sur les bâtiments de guerre. Le Directoire ordonne l'arrestation des chefs des émeutes, et leur traduction devant un jury militaire. Plusieurs renseignements autorisent à croire que les Anglais ne sont pas étrangers à ces manœuvres, et qu'elles ont pour but d'empêcher ces bâtiments d'escorter un convoi jusqu'à Brest. Le Directoire sollicite de nouveau du Conseil des Cinq-Cents une loi qui autorise à poursuivre ceux qui provoquent le rétablissement de la royauté et le régime de 1793. Ce sont les mêmes hommes qui criaient : « Vive le roi ! Vive Maury ! Vive Mirabeau et Robespierre! » En voyant le triomphe des idées de justice et l'établissement du gouvernement qu'elles doivent affirmer, ils voudraient venger leurs défaites de Vendémiaire et de Prairial.
De grands préparatifs militaires ont lieu en Russie : trois armées s'y organisent. Le Directoire s'est assuré que ces armements ne sont pas destinés contre l'Europe.
Le Directoire a ordonné à l'armée d'Italie un mouvement pour s'approcher de Gênes. L'aristocratie de cette ville s'est mise en défense; elle a demandé des secours au général Beaulieu. Celui-ci les a promis. Le peuple italien est en général ami des Français, et redoute beaucoup les Autrichiens. Ces dispositions sont indiquées au nouveau général en chef, qui vient de prendre le commandement de l'armée. Le voilà arrivé à son poste, il ne peut tarder de mettre à profit tout ce que les circonstances placent sous sa main.
Tout en préparant et fortifiant la guerre que nous ne pouvons nous dispenser de soutenir, nous sommes franchement convenus entre nous, dès le premier moment de notre installation, de faire tous nos efforts pour donner la paix à la France. Mais dans la position actuelle, et lorsqu'il représente une République en butte à une coalition de Rois, le Directoire ne peut faire les avances, il faut qu'il les attende avec dignité. Un agent des Anglais, celui à qui les annales de la corruption donnent une part si active dans les machinations de l'Europe, M. Wickham, ministre en Suisse, adresse une Note à l'ambassadeur français, Barthélémy : la France serait-elle disposée à une pacification générale, et dans ce cas voudrait-elle envoyer des ministres à un congrès, en communiquant au préalable les
bases de la pacification, afin que la Cour d'Angleterre et ses alliés pussent les examiner auparavant? Le Directoire répond à Barthélémy par l'instruction suivante : « Le Gouvernement français veut faire la paix juste, honorable et solide : un congrès ne lui paraît pas le moyen prompt pour y parvenir : chargé de l'exécution des lois, il ne peut faire ni entendre aucune proposition qui y serait contraire. L'acte constitutionnel ne lui permet aucune aliénation du territoire, qui est la base de la République ; tels sont ses moyens et . ses droits. Le Directoire est d'ailleurs prêt à accueillir toute ouverture qui sera compatible avec la dignité du peuple français. » Une Note sans signature, parvenue de Londres à Barthélémy, porte que « tant qu'on persistera dans cette disposition, il ne restera au roi d'Angleterre qu'à poursuivre la guerre ». 20Germinai Dcs lettres de la Hollande nous informent que le gouvernement de ce pays est justement en garde contre les machinations des Anglais. L'Assemblée nationale batave a fait une proclamation pour inviter les jeunes citoyens à s'enrôler pour le service de la patrie ; elle rappelle les cruautés exercées par les Anglais violateurs des traités, les vexations du stathouder et de ses adhérents, avant qu'ils eussent quitté la Hollande. « Maintenons, dit l'assemblée, l'honneur du pavillon batave; soyons dignes des Français nos alliés, qui ont contribué à rompre nos fers. »
Préoccupé du besoin de la paix intérieure dans toutes les parties de la France, le Directoire, qu'on a voulu inquiéter sur les dispositions de la ville de Lyon, s'adresse directement à cette ville intéressante : il lui montre tous les avantages qu'elle doit recueillir du rétablissement de la paix et de l'ordre, premier protecteur du com merce et source de prospérité.
Le général Hoche poursuit avec de nouveaux succès sa grande pacification de l'Ouest; mais il est partout entravé par les administrations civiles. Le Directoire leur oi'donne de ne point arrêter le versement des contributions dans la caisse du payeur de l'armée. Hoche, avec notre approbation, amnistie les déserteurs qui se présentent et déposent leurs armes. Hoche prévient les départements qui sont sous son commandement que de faux billets de banque d'Angleterre sont répandus à profusion, comme le furent les faux assignats à Quiberon et les faux louis donnes par les Anglais à Stofflel.
Des messages sont envoyés au Conseil des Cinq-Cents, demandant que deux cents millions soient mis à la disposition du ministère de la guerre, et cinquante à celui de la marine.
28 Germinal Le ministre de la marine nous informe d'une arrestation
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importante : Sidney Smith, celui qui brûla nos vaisseaux a