‹ Mémoires;Chapitre 59 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le 20 germinal, par une victoire importante. Nous avons fait deux mille prisonniers, et tué deux mille hommes à l'ennemi. La bataille s'est donnée à Montenotte contre les Autrichiens et les Piémontais.

Je n'apprendrai point que l'argent est le nerf de la guerre : il l'est surtout pour un gouvernement qui commence. La Trésorerie avait trois commissaires, dont les opinions ne passaient pas pour être favorables au Directoire. Le corps législatif, dont la mission semblait être de chercher des parties faibles au Directoire, crut en trouver une, qu'il pouvait saisir; il décréta que la surveillance de la Trésorerie lui serait soumise. C'était soustraire à l'action du gouvernement cette administration, sans laquelle il ne pouvait marcher, et qui pouvait l'entraver sans cesse, du moment qu'il n'avait point d'autorité sur elle. 11 ne faut point sans doute que le pouvoir exécutif puisse s'attribuer les fonds qu'il est appelé à répartir; il ne faut pas que cette répartition soit laissée à son arbitraire; il faut enfin, comme cela a été depuis judicieusement réclamé par les orateurs de diverses assemblées, que les crédits du gouvernement soient accordés pour des spécialités : mais ces spécialités étant fixées, du moment qu'elles ne sont point violées, et que chacune reste dans sa sphère, on ne doit point disputer au pouvoir exécutif le droit de donner à chacune de ces sphères la direction qui en est le mouvement et la vie. L'omission laissée à cet égard, par la Constitution de l'an III, dans l'organisation et les attributions du pouvoir exécutif était donc un vice réel. De funestes conséquences s'y rattachent à mesure du développement des autres principes de division entre les deux grands pouvoirs.

En tête des opposants que le Directoire aura à combattre, du premier au dernier jour de son existence, il faut sans doute ranger les émigrés. Car rétablissement de la Répu- J)lique et son organisation ne sont sans doute qu'une vie-

toire remportée sur rémigration; et le Directoire, qui est la première représentation régularisée de cette victoire, ne peut manquer d'être le point de mire des émigrés, qui, toujours terrassés sur le champ de bataille où on les a beaucoup moins vus qu'ils ne l'ont dit, ne peuvent plus se présenter en ligne nulle part. Suivant le caractère et le principe des Cours, ils se sont complètement résignés aux manœuvres, au dehors comme au dedans. Ils espèrent nous aliéner nos amis et nous susciter des ennemis. C'est ce que nous apprennent des dépêches venues de Hollande : elles nous informent que, reçus sur cette terre qui devrait être au moins pour eux celle d'une neutralité protectrice, où ils trouveront le repos, les émigrés veulent troubler le nôtre par de nouvelles machinations. Le Directoire, heureusement, n'est point sans défense de ce côté; armé du traité d'alliance qui existe entre les deux républiques, le Directoire réclame l'exécution de l'article 22, et il exige que les émigrés machinateurs soient promptement éloignés.

Victoire de l'armée d'Italie. Les armées autrichiennes et piémontaises ont éprouvé à Millesimo une grande défaite. Elles ont perdu dix mille cinq cents hommes, leurs canons, des drapeaux, des magasins et des bagages, le général Colli, commandant en chef de l'armée piémontaise, et Provera celle des Autrichiens. Ce dernier s'est rendu prisonnier de guerre avec ses troupes.

Lorsque l'élan militaire donné à la nation depuis Jemmapes, Fleurus et tant d'autres victoires peut si bien présager l'avenir, et montrer la carrière de gloire qui sera suivie par les armées françaises, nos ennemis ne manquent pas de reconnaître qu'ils n'ont rien à attendre que de nos divisions, et que c'est dans l'intérieur qu'ils doivent porter leurs coups. Tous les complots sont donc en activité ; nous sommes avertis que la légion de police créée pour faire le service de sûreté de la ville de Paris est travaillée par des agitateurs; au lieu

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