CHAPITRE VI. IH
aussi sérieusement le prince de Condé. Voilà voire régiment d'Auvergne, votre régiment de Champagne, votre régiment de la Couronne, votre régiment du Languedoc », etc. Les tambours battaient aux champs, le canon tirait
Malgré l'innocence de pareilles revues, le commandant en chef de l'armée autrichienne les défendit bientôt à ceux dont elles étaient l'illusion ou la consolation, le bruit de l'artillerie pouvant donner l'alarme sur la ligne. L'Autrichien nous fit en même temps la coquetterie de donner connaissance de cette mesure au général de l'armée républicaine, voulant ainsi marquer la relation des deux armées entre elles, et ne pas se montrer lié à l'armée de Condé. Ce n'était point à cette armée de Condé que la Providence avait réservé le miracle de remettre Louis XVIII sur le trône de ses pères!
Bonaparte, dans une proclamation, rappelle à l'armée 21 Fiorëai qu'en quinze jours elle a obtenu six victoires : « Il nous reste beaucoup à faire, dit-il : ni Turin, ni Milan ne sont à nous; les cendres des Emile, des Scipion, des Brutus, sont encore foulées par les assassins de Basseville; l'orgueil des rois qui osent méditer de nous donner des fers, doit être humilié. Nous ferons la guerre en ennemis généreux : nous n'en voulons qu'aux tyrans. »
Hoche rend compte que Scépeauxet les chouans sous ses ordres, dans les départements de la Mayenne et de la Loire, reconnaissent la République et déposent les armes.
Après avoir passé le Pô, l'armée d'Italie a livré combat à Fondi et exécuté des mouvements très habiles qui ont fait prendre le change à l'ennemi.- Nous avons à regretter dans ce combat l'intrépide général Laharpe. Une suspension d'armes, à des conditions avantageuses pour la République, est conclue avec le duc de Parme.
Le Directoire annonce aux Conseils que la paix a été signée avec le roi de Sardaigne : les Conseils sanctionnent ce traité.
L'armée d'Italie a franchi l'Adda, et forcé le pont de Lodi, malgré toute la résistance de Beaulieu et tous les moyens de défense qu'il y avait rassemblés. Cette nouvelle victoire de l'armée républicaine
en Italie restera l'une des plus éclatantes. Beaulieu, écrasé, se dirige avec les débris de ses armées sur les États de Venise : Milan ne peut tarder de succomber.
Des soins militaires aussi sérieux que ceux dont Bonaparte est occupé, des succès aussi merveilleux que ceux qu'il a obtenus, sembleraient devoir suffire à l'âme la plus ambitieuse, et la préserver d'autres atteintes. Dans sa correspondance, il est tourmenté surtout de la crainte de se voir remplacé par un autre. Il croit qu'on veut faire Kellermann général en chef : on veut lui donner une division au fond de l'Italie; il ne peut être soumis à un Allemand, dont il n'estime point les principes et dont le ton lui déplaît. Il est vrai que Carnot, qui n'aimait nullement Bonaparte, avait fait donner un moment à Kellermann le commandement en chef de l'armée de Lombardie; mais cette décision n'avait duré que quelques heures, je l'avais fait révoquer aussitôt. Cependant Bonaparte, qui avait des intelligences dans notre conseil, et savait aussi bien ce qui se passait au Directoire que dans le cabinet de Louis XVIII, en avait été instruit : de là, sa colère et ses déclamations, ses prétentions à la mélancolie et ses menaces de retraite.
Préoccupé de tous les calculs de l'ambition de famille comme de l'ambition politique, Bonaparte craint maintenant d'avoir pour allié Fréron, dont il a de longue main recherché la faveur et sollicité la protection, tant à Paris au 13 Vendémiaire et avant cette journée que précédemment. A Toulon, la sœur Pauline s'est amourachée de ce Fréron qui a déjà vécu avec elle publiquement à Marseille. Dans la terreur de son amour-propre, Bonaparte me fait dire et m'écrit à ce sujet les choses les plus singulières. On voit dans ce détail toujours la ruse et l'obliquité de son caractère. Au lieu de donner avec franchise les motifs qu'un frère aîné peut avoir de s'opposer à une union où il ne trouverait pas pour sa sœur tous les avantages et les convenances qu'il a droit de