‹ Mémoires;Chapitre 69 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Examen de conscience. — Mot célèbre de Danton. — Quels furent les premiers ennemis du Directoire. — Affaire de Babeuf. — Ce qu'était Gracc/ius Babeuf. — L'agent de police Bacon. — Poultier.

— Prud'homme. — Babeuf et Bonaparte. — La conspiration dénoncée. — Le juge de paix Delorme. — Le général Blondeau.

— Laignelot. — Bicord. — Vadier. — Amar. — Le général Bossignol. — Antonelle. — Chaales. — Buonarotti. — Germain. — Darilié. — Drouet. — But avoué de la conspiration. — Lettre de Babeuf au Directoire. — Mesures prises par le Directoire. — Mon opinion et celle de Bewbell. — Celle de Carnot. — Décision définitive du Directoire. — Sa proclamation. — Le système de bascule et le système de justice. — Instabilité de Carnot. — Bapport de Cochon. — L'adjudant général Jorry. — Félix Lepelletier. — Proposition bizarre de Bevellière-Lépeaux . — L'agent provocateur Grisel. — Le député Bergoing. — On veut me rattacher à la Conspiration. — Le commandant Le franc. — Germain. — Ma position par rapport aux babouvistes. — Tentatives de Cochon contre moi.

— Ma conférence avec Beivbell. — Éclat au Directoire. — Protestations de mes collègues.

On a vu dans tout ce qui précède comme la fortune paraît sourire au nouveau gouvernement de la France. Nous pourrions nous croire à la véritable hygiène du corps politique; mais quand y arriverons-nous réellement? Quand notre patrie jouira-t-elle des avantages qu'elle doit à son courage et aux vertus du peuple français? Avant de retracer les obstacles

qui vont être semés sous nos pas, et qui nécessiteront d'autres luttes, j'ai besoin de m'examiner un moment moi-même, et de soumettre ma conscience au lecteur, qui jugera ce qu'elle a droit de réclamer dans ce qui va suivre, sur quelle ligne politique j'ai constamment marché.

Ayant dans mon cœur le besoin de la modération, de la justice, je puis dire de la générosité envers les faibles, les vaincus ou les malheureux, à quelque classe qu'ils appartiennent, je ne me suis pas défendu d'une vraie prédilection pour les hommes de notre parti que j'appelais et croyais de sincères républicains. C'étaient à mes yeux les soldats de la grande armée des hommes libres, dont je me trouvais l'un des chefs. Or le premier soin d'un général est bien d'abord de ne pas tirer sur ses propres troupes, mais de les éclairer, de les diriger, de les soigner, de pardonner beaucoup de leurs défauts à ceux qui sont braves au jour du combat. Ce combat était commencé depuis le premier jour de la Révolution, et il fallait bien reconnaître que, deux armées étant en présence, il fallait d'abord appartenir à celle dont je suivais l'étendard et la traiter au moins avec ménagement. C'est dans ce sens que Danton disait qu' « un patriote doit avoir trois fois tort avant qu'on sévisse contre lui ». Car lorsque notre ennemi est devant nous, le premier soin qui nous est imposé pour notre conservation, c'est de rester unis. C'est donc par l'intérêt bien entendu de la cause, autant que par sentiment, que ceux de nous à qui les circonstances viennent donner le pouvoir et la fortune qui les met en avant, doivent honorer et justifier leur élévation, en aidant et secourant les autres que la destinée a laissés en arrière. Cette morale pratique est celle dont je ne me suis jamais écarté : il semble qu'elle m'aurait pu mériter quelque reconnaissance, ou du moins quelques égards, de la part de ceux dont la position peu heureuse fut le premier titre de recommandation pour moi. Erreur et malheur à celui qui ferait quelque chose en ce

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