‹ Mémoires;Chapitre 9 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dats les plus sérieux que l'on avait en vue; et Dupont (noire ami) demandait en conséquence un délai pour prendre des renseignements; mais Baudin des Ardennes répondit victorieusement que, la Convention nationale ayant montré tout l'empressement possible, de la précipitation même à former le corps législatif, à montrer le même zèle pour mettre en activité le Directoire exécutif, chaque heure de retard était un péril pour la République.... On passa au scrutin, qui donna pour Directeurs Revellière-Lépeaux , Letourneur de la Manche, Revvbell, Sieyès et Barras. Excepté Sieyès, nous acceptâmes tous, et nous donnâmes connaissance aux Conseils de notre nomination. Sur le refus de Sieyès, il fallait s'occuper de nommer un autre membre. Les mêmes formalités furent suivies par les Conseils, et Carnot, placé sur la liste en concurrence avec Cambacérès, fut nommé cinquième Directeur.

Les cinq Directeurs ne prétendaient point être des hommes de génie; mais nous étions sûrs d'être des hommes de tête et de cœur, éprouvés dans les périls de la guerre et de la Révolution. « Nous pouvons encore les regarder en face », disions-nous, et nous jurions de vaincre ou de mourir.

Je vais rapporter ce que nous avons fait ou tenté successivement pour rendre à notre pays l'ordre, la paix et la liberté, premiers besoins de la société. Assidu à nos séances depuis la première jusqu'à la dernière, je ne me retirais guère sans avoir pris quelques notes de nos travaux ordinaires. Pénétré de l'idée qu'un fonctionnaire revêtu d'un aussi grand mandat que le nôtre devait à ses concitoyens le compte moral et matériel de sa gestion, je me suis toujours regardé comme un comptable en présence de ses contrôleurs naturels, et je désirais ne pas arriérer ma comptabilité d'un seul jour.

Il résultera nécessairement un peu de sécheresse de la fidélité même de ce compte rendu sur mes notes quotidiennes.

On les trouvera peut-être par trop didactiques; mais je les crois utiles, telles qu'elles sont. J'y ajouterai seulement quelques réflexions que la représentation des noms aura excitées, en secouant pour ainsi dire la chaîne des idées.

Brumaire La première opération du Directoire fut d'élire son président : ce fut Rewbell; et son secrétaire général : ce fut le citoyen Trouvé,, présenté par La Revellière-Lépeaux.

Le Ministère fut composé : de Merlin, pour la justice; de Lacroix, pour les relations extérieures; Gaudin, pour les finances; Auhert-Dubayet, pour la guerre; Bénézech, pour l'intérieur; et Truguet, pour la marine. Tous acceptèrent avec dévoùment. Gaudin seul refusa; c'était l'ami de Sieyès : il crut devoir marcher du même pied que son chef de file. Un gouvernement aussi hardi que le nôtre était trop fort pour la complexion d'hommes méthodiques et timides. Gaudin sera plus rassuré lorsque, après le 18 Brumaire, Sieyès le représentera aux afl'aires, et le placera sous l'égide d'un despote absolu, dont il restera l'éternel ministre jusqu'en 1814, où le modeste commis de la République se reposera, avec le titre de duc, au gouvernement de la Banque de France.

Aussitôt l'installation des Conseils, un nouveau membre des Cinq-Cents, Duplantier, parut s'occuper de remplir la mission donnée par son parti, de déconsidérer le Directoire. Ne pouvant pas de prime abord avouer que la forme du gouvernement républicain n'était pas ce qui lui convenait, il mit en parallèle, avec les choix qui venaient d'être faits, une nomenclature d'autres choix possibles qui représentaient réellement le beau idéal, si l'idéal peut s'appliquer aux affaires de la politique.

Après avoir, par un message, prévenu les Conseils qu'il

Page 1