CHAPITRE XII
Note mystérieuse de Rewbell. — Lp Directoire la fait imprimer. — La fête du 9 Thermidor. — Humeur de Carnet. — Son mot sur le rétablissement de la royauté. — Mouvement au camp de Grenelle. — Projet d'évasion de Drouet. — Empressement indiscret du ministre de la police. — Nouvelles découvertes au sujet de la conspiration. — Le général Vachot. — Delmas. — Sieyès. — Rassemblement d'Anglais. — Le général Hatry. — On craint les troupes. — Mot de Carnot. — Hommage des Etats de Bologne. — Mutineries des troupes au sujet des mandats. — Misère du peuple.
— Proposition humiliante de Letourneur. — Elle est rejetée. — Irritation de Carnot contre les troupes. — Ses projets. — Déclamations éternelles contre les terroristes et les royalistes. — Le député Legot. — Violation du secret des lettres. — Dénonciation des Marseillais. — Le général Willot. — MM. Mechin et Jullian.
— Mon opinion sur les troubles de Provence. — Lettre de Hoche sur la situation générale. — Ses soupçons contre Cochon. — Dénonciation de l'Ami des lois. — Bonaparte se plaint des journaux. — Satisfaction lui est accordée. — Récriminations des Marseillais. — Mouret et Barbantane. — Destitutions. — Lamarque veut défendre Drouet. — Le Conseil s'y oppose. — Carnot irrité contre des journaux. — Gallet et le Censeur. — Ecrit de Rewbell. — Du traité de paix avec Rome. — Mes observations sur le pain de munition.
— Fréron député de Saint-Domingue. — Le grand costume. — Rations de fourrage aux députés militaires. — Personnalités. — Real demande une audience. — Plainte du député Vitet. — Carnot veut encore éloigner les troupes. — Obstacles opposés au gouvernement par la Trésorerie. — Préparatifs du départ de Drouet. — // s'évade. — Mot de Rewbell sur les royalistes.
Voici maintenant un nouveau sujet de préoccupation et de dis- 29 Messidor cussion qui va envahir le Directoire : ce sont les élections futures. *" La question est la première fois soulevée par Rewbell; il apporte
avec mystère une note dans laquelle il prétend avoir la certitude d'une majorité contre le gouvernement : « Rien de plus important, dit Letourneur; il faut d'avance prendre des mesures pour s'opposer aux factieux. » Carnot veut que la note soit insérée dans les journaux, avec un avis aux bons citoyens, pour se tenir en garde contre les manœuvres des Jacobins. « Il n'est pas moins nécessaire, dis-je à mon tour, d'ajouter un mot sur les manœuvres des royalistes, et sur la persécution dirigée contre les républicains; enfui il faut accorder une égale attention aux uns comme aux autres. » Les deux propositions sont adoptées.
Carnot voit arriver avec peine la célébration des fêtes de la Liberté, fixée au 9 Thermidor : il propose de l'abolir. Le ministre de l'intérieur soumet le programme de la fête : une station à la Bastille, une autre au Carrousel; un tableau représentant des emblèmes de la royauté et ces mots en gros caractère : Elle ne sera jamais rétablie. « Peut-être, dit Carnot, je serai malade ce jour-là; je consens cependant à aller au Champ de Mars. »
Le ministre de la police nous informe qu'une espèce de mouvement s'est fait craindre au camp de Grenelle : il porte d'ailleurs sa vigilance partout. Il a visité les prisons et fait fermer un trou pratiqué par Drouet pour une évasion méditée. Carnot et Letourneur veulent rattacher ce projet d'évasion à ce qu'on dit du camp de Grenelle.
30 Messidor Cochon vient annoncer comme une découverte la réunion des fac- ^^ ' tions Babeuf et Drouet à celle des thermidoriens; il dit que Robcrt- Lindet est l'un des coryphées, ainsi que le général Vachot. Il y joint Delmas et Sieyès. La gaucherie du ministre et son indiscrétion pour vouloir comprendre ce dernier représentant dans la conspiration, a paralysé la mesure qui allait être prise contre Vachot et d'autres. Le ministre Cochon est interpellé s'il n'a pas connaissance d'un rassemblement d'Anglais; il répond affirmativement, et dit qu'il les fait surveiller parce qu'ils conspirent contre le Directoire.
Le général Hatri, appelé au commandement de Paris, annonce être informé que les troupes déclament contre les mandats. Cochon prétend que ces troupes sont appuyées par des généraux jacobins. Carnot propose d'éloigner de Paris les soldats qui menacent. « Je serais moins chagrin, dit-il, d'être égorgé par les Parisiens, que nous avons châtiés, que par les soldats d'un gouvernement qui les paye pour le défendre : ce serait toujours la trahison de moins. » Je réponds à Carnot qu'il ne se donne pas l'honneur de choisir les auteurs de sa mort, et de préférer les uns aux autres, quand il ne s'agit nullement d'aucun péril pour la vie; que cette préférence est tout à fait du luxe. Je le prie de porter son jugement observateur en cette affaire pour l'évaluer simplement ce qu'elle est. Ainsi, qu'y