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CHAPITRE XII

a-t-il de plus simple que de voir des soldats qui n'ont pas d'autre moyen d'existence que leur paye, trouver fort peu de leur goût que cette paye soit effectuée en un papier monnayé tous les jours plus démonétisé par l'opinion et qui ne répond à aucun de leurs besoins?

Les États de Bologne ont envoyé pour les représenter à Paris les hommes les plus distingués du pays par leurs talents, leurs vertus, les plus considérables par leurs richesses ; ils offrent au Directoire le plus respectueux hommage de leur dévoûment, leurs vœux ardents pour l'organisation de la liberté italienne, leur désir d'y concourir. Seront-ils plus écoutés et admis que les Milanais et tous les opprimés de ces belles contrées qui lèvent les yeux au ciel, et tendent leurs bras suppliants vers le gouvernement français, qu'ils invoquent comme leur libérateur?

Nous sommes informés qu'une partie des troupes a refusé de i^Thermirecevoir les mandats : le ministre de la guerre est chargé de con- ""^ ^° * naître les instigateurs de ce refus. Je persiste à soutenir que le mal est dans la nature des choses, c'est-à-dire dans la dépréciation même du papier monnayé : si l'on ne peut nier qu'il y a un grand mécontentement, il faut reconnaître que ce mécontentement est un effet et non pas une cause de la mesure. Prenez-vous-en au même état de choses si les suicides sont journaliers. Le ministre de l'intérieur est chargé de distribuer des secours aux nécessiteux.

Letourneur, dont le pessimisme politique ne répugne à aucune 3 Thermidor humiliation, croit que la République ne doit point craindre de faire des avances aux belligérants; il veut que nous soyons les premiers à demander la paix à l'empereur François, et qu'un envoyé extraordinaire se mette de suite en route pour porter l'expression de ce sentiment sincère à la Cour d'Autriche. Cette improvisation singu lière est appuyée par Carnot et La Revellière. Rewbell et moi, nous pensons au contraire qu'une pareille ouverture ne pourrait paraître dictée que par la crainte, et prolonger la guerre; que le plus sûr moyen d'amener la fin des hostilités, c'est de prendre Mantoue, de chasser le grand-duc de Toscane, et de battre le prince Charles. C'est alors l'Empereur qui sollicitera la paix, et nous la ferons hono, rable, telle qu'il appartient à la République française. La Revellière se range de notre avis, et la proposition de Letourneur est rejetée* Rewbell et moi, nous proposons la guerre contre le grand-duc de Toscane. Le Directoire ajourne; deux de ses membres continuent à témoigner un intérêt particulier en faveur du roi de Sardaigne.

Carnot présente un projet pour éloigner de Paris la plus grande 4 Thermidor partie des troupes; il demande l'armement et l'organisation de la an iv. garde nationale ainsi que des colonnes mobiles dont il vante l'utilité. Cette proposition serait sans doute admissible, si elle avait

pour but l'intérêt général, la sûreté intérieure de l'État, l'organisation enfin des moyens réels qui la garantissent; mais ici elle ne peut avoir d'autre résultat que de nous aliéner les militaires. « Il est affreux, répète Carnot, d'être exposés à être égorgés au premier moment par des soldats que nous payons. » Cette crainte le préoccupe et ajoute à son irritation.

Cochon et Letourneur déclament à leur tour contre les terroristes; ils conviennent cependant, avec Rev^bell, que les royalistes ne sont point des êtres imaginaires, et qu'ils ont une puissance au moins aussi dangereuse que celle des anarchistes. Je réponds dé nouveau à ces éternelles déclamations. J'ajoute que la terreur ne peut pas exister deux fois dans un siècle en un même pays, si le gouvernement n'en est point complice; qu'à Paris comme ailleurs tous les ennemis, quelle que soit leur cocarde, ne présenteront aucun danger, si le Directoire est à la fois juste et fort. 5 Thermidor Legot, député du Calvados, a adressé à Cochon divers rapports qui annoncent l'organisation d'un Comité d'insurrection, à la tête duquel seraient plusieurs généraux et même le commissaire du Directoire.

Une lettre d'émigré partie de Hambourg à l'adresse de Cambacérès, député, a été interceptée par le ministre de la police, qui en donne lecture. Le correspondant compte beaucoup sur Cambacérès. Cette violation du secret des lettres me paraît très blâmable. J'aposti-ophe Cochon pour la lui reprocher, ainsi que tous les rapports calomnieux dont il étourdit le Directoire. iiThermi- Croyant, à son tour, trouver un nouveau point d'appui dans la découverte de la conspiration démagogique, la députation des Bouches-du-Rhône demande des mesures contre les anarchistes, qui, à Marseille et à Aix, ont assassiné plusieurs citoyens; c'est l'impunité des crimes commis dans ces contrées par les ennemis de la République qui amène ces représailles. Je demande que le général Willot soit rappelé, et qu'on envoie un commissaire extraordinaire pour éclairer le gouvernement sur toutes ces dénonciations de deux partis également acharnés. La députation des Bouches-du-Rhône a cité comme autorité le témoignage de MM. Mecliin et Jullian, anciens adjoints de Fréron. Ces deux jeunes aides de camp civils du commissaire n'ont alors rien fait de mieux ni de plus mal que leur chef. Ils ont porté dans leur mission de bonnes intentions ; mais ils n'ont pu éteindre dans le pays, ni en extirper les passions violentes qui appartiennent au sol, et dont les habitants ne sont que l'expression animée et peut-être involontaire, puisque ces passions violentes et perpétuelles sont la nature même, renforcée encore par toutes les violences de la Révolution.

L'affaire d'Aix et de Marseille est reproduite par le ministre de

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