CHAPITRE XI
Pendant que la gauche de l'armée de Rome avait si bizarrement préludé à la gloire de la nouvelle campagne, les autres corps de cette armée, le centre et la droite, avaient répondu à cet appel par des succès plus réguliers.
On a vu que l'ennemi, s'il avait tout de suite débouché de la province d'Aquila comme le craignait le général en chef, aurait pu occuper la plaine étroite de Terni et nous couper notre communication entre Rome et Ancône, d'où nous arrivaient les renforts attendus. On a vu encore que nous avions passé fort tranquillement, le général G... et moi, par cette même route de Terni, grâce au retard que mirent les Napolitains à s'en emparer; ce même retard permit au général Lemoine de réunir sur ce point quelques troupes, de se trouver prêt à la défensive et de rejeter pêle-mêle en déroute les quatre mille fantassins et les huit cents chevaux qui se présentaient trois jours trop tard.
Par ce succès notre droite était dégagée, ses derrières assurés; de même nous avions dégagé la gauche eh rejetant, par la valeur de Petriconi, la division Micheroux dans les Abruzzes. Restait notre centre, contre lequel le général Mack marchait en personne avec trois corps d'armée se dirigeant sur Rome.
Le général Maurice Mathieu, qui occupait le com-
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mandement de la ville, avait, avec le général Kellermann, ramené toutes les troupes placées en vedette, et, ce premier mouvement de retraite ordonné et exécuté, le général en chef avait assemblé un conseil de guerre pour discuter l'intérêt de ne pas se laisser enfermer dans Rome et de reporter les forces disponibles sur des points se reliant plus avantageusement à nos autres mouvements.
Cette détermination prise, la ville fut mise en état de «iège, le général Macdonald fut chargé de la retraite des troupes, le général Championnet, commandant en chef, transféra son quartier général à Terni, toutes les administrations françaises se transportèrent à Viterbo, et le gouvernement romain alla s'établir à Perugia. Sept à huit cents malades, qui encombraient les hôpitaux de Rome, n'ayant pu être évacués, furent recommandés par une lettre du général en chef au général Mack, qui les accepta comme un dépôt sacré, et Je commissaire des guerres de Val ville, l'amant de la belle Ottoboni, obtint de rester chargé de leur administration. Le général en chef partit pour aller organiser sur tous les points la victoire, et le général Macdonald, ayant reçu la mission d'évacuer Rome, fut assez heureux et assez habile pour conduire à bien celte opération difficile. Le château Saint-Ange avait été réservé par nous à titre de citadelle; les ennemis comptaient Toccuper; il fut l'objet de pourparlers et d'un échange de coups de canon; mais notre commandant et notre garnison y demeurèrent. Peu de jours après, le roi de Naples, Ferdinand IV, prit possession de Rome, où il entra à l'abri de ses troupes, et ce protecteur de la religion, ce réparateur des déprédations, gouvernant la ville sainte en son propre nom, y fit couler le sang de nombreux patriotes, fit confisquer ce qui restait d'objets appar-