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LE CENTRE DES OPERATIONS

tenant ou ayant appartenu à des musées, voire môme à des églises ; en un mot, il fit subir à la ville un second pillage.

Ayant abandonné Rome, c'est en arrière du Tibre, autour de Civita-Castellana, que le général en chef, avec cet à-propos d'inspiration, cette haute prévision qui le distinguaient, concentra ses opérations; c'est sur ce point, admirablement choisi pour surveiller et diriger l'ensemble de la résistance, qu'il attira les quatre corps composant l'armée du général Mack; les résultats le justifièrent. En effet, ces quatre corps, qui s'étaient rués en une attaque générale (1) et le même jour sur nos cantonnements, furent arrêtés, l'un à Rignano, par le chef de brigade Lahure, qui, faute de cavalerie, ne put le poursuivre; le deuxième à Santa Maria di Fallari, par le colonel Kniazewitz, de la légion polonaise. Ce Kniazewitz était un héros digne des héros de la légende; il avait déjà, avec trois cents Polonais, arrêté un corps de plus de trois mille Napolitains, à Magliano. A Santa Maria di Fallari, à la vue des Napolitains qui semblaient s'arrêter devant lui, incapable de manquer l'occasion de combattre, et d'autant plus pressé d'en venir aux mains que le jour baissait, lorsqu'ils arrivèrent à sa portée, il s'élança sur eux à la tète de sa cavalerie, et, encore que la rapidité de ses succès ne permît pas à son infanterie de prendre part au combat, il enleva huit pièces de canon, quinze caissons et cinquante prisonniers, dont deux ofticiers.

Le troisième corps enfin, le plus fort, composé de huit mille hommes et d'une puissante artillerie, partit de Monterosi, avec le général Mack, pour attaquer

(1) Il faut ajouter qu'une cinquième colonne, formée de brigands et de paysans armés, vint se jeter sur Terni, d'où deux bataillons la repoussèrent, mais non sans éprouver de grandes pei'tes.

Nepi, que le général Kellermann occupait avec deux bataillons, deux pièces d'artillerie légère et trois escadrons de chasseurs. Très inférieur en nombre, le général Kellermann, manœuvrier habile, avait commencé par céder aux troupes ennemies le terrain nécessaire pour qu'elles se désunissent en croyant profiter d'une victoire; puis, revenant tout à coup sur ses pas avec sa poignée de braves, il aborda si à propos et si rudement ces troupes ainsi lancées contre lui qu'il rompit leurs colonnes, s'empara d'un butin considérable et poursuivit son succès au pas de course jusqu'à Monterosi.

Parmi ce butin se trouvait la caisse militaire; le général Kellermann, si excellent militaire, aimait beaucoup l'argent, et, trente-huit ans après, peu avant de laisser en mourant soixante à quatre-vingt mille francs de revenu à son fils (son fils par jugement de la Cour royale de Paris, que jamais il n'a reconnu comme tel et qu'il ne voyait pas), il se désespérait encore de ne pas avoir profité de cet argent qui fut pillé (1).

Quant au quatrième corps, le général Maurice Mathieu fut chargé d'aller à sa rencontre, apprit qu'il avait fait un détour sur Vignanello, le rejoignit après quinze heures de marche de nuit, et sous une telle pluie, dans de tels ravinements, qu'il dut donner lui-même l'exemple de pousser et porter les canons. Il arrivait au matin, avec sa poignée d'hommes mouillés, harassés, quand il trouva, en bataille devant la ville, l'ennemi qui l'avait précédé. Il fallut des prodiges de notre petite artillerie, un entrain de fusillade et la menace d'une charge terrible pour rejeter la colonne napolitaine hors

(1) C'est également le général Kellermann qui, à propos de réclamations relatives à quelques sommes levées par lui à Valladolid, pendant qu'il commandait l'armée du Nord de l'Espagne, me disait : « Et s'rtaient-ils imaginé que j'avais passé les Pyrénées pour changer d'air? »

MACK ET MEÏSCH BATTUS. -nO

du village et la décider à la retraite. C'était temps, car à peine cette victoire décidée, le général Maurice Mathieu était rappelé sur Borghetto, où le général Mack, déconcerté par ses propres insuccès, lançait le plus vigoureux de ses lieutenants, le général allemand Metsch, afin de tenter un nouveau coup. Son but était de s'emparer du parc d'artillerie français et de couper les communications de la division Macdonald avec le reste des troupes et même avec le quartier du général en chef.

Le principal choc de cette nouvelle combinaison ennemie porta sur le général Maurice Mathieu, qui revint avec une incroyable rapidité sur Borghetto, y devança ["ennemi, put y retrouver les troupes qui avaient combattu la veille à Santa Maria di Fallari, sous les ordres du colonel Kniazewitz, et Metsch, survenant pour attaquer le parc d'artillerie, le trouva couvert. Faute de Borghetto, Metsch se rejîorta sur Calvi et détacha deux mille hommes pour s'emparer de Magliano, poste important de communication et de surveillance, dont nous ne pouvions le laisser maître, et le général Maurice Mathieu, n'osant encore dégarnir Borghetto, marcha en personne avec trois cents hommes seulement et de nuit. Arrivé à la pointe du jour, il put, à la faveur d'une brume épaisse, ne se découvrir qu'en abordant l'ennemi corps à corps. Choc, surprise, épouvante, tout aida les trois cents à faire raison des deux mille; Magliano fut repris.

Repoussé de Magliano, le général Metsch s'était porté sur Otricoli, position qui, à défaut de mieux, concourait encore au but de sa mission; car, de là, il séparait aussi bien la division Macdonald et menaçait notre parc, situé à moins d'un mille.

Il trouva la place défendue seulement par cinquante hommes, eut un succès facile, mit à mort tous nos soldats et les patriotes, laissa violer femmes et filles, et

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même brûler à l'hôpital les malades, au nombre desquels se trouvaient des Napolitains. Il avait pris ses positions, le quart de son infanterie et la majeure partie de son artillerie placés en arrière, le reste de ses troupes sur les hauteurs en avant de la ville, quand le général Maurice Mathieu, ayant, au sortir de Magliano, réuni quelques bataillons, dont un demi de Polonais, trois pièces d'artillerie et deux escadrons, vint attaquer. Le général 3Ietsch avait déjà déployé ses plus grandes forces; notre artillerie, très habilement dirigée, l'obligea à opérer, pour éviter notre feu trop meurtrier, un léger mouvement rétrograde. Ce mouvement était attendu, prévu; tout était disposé pour en profiter; au bruit de la charge, nos braves, bousculant tout, entrèrent dans Otricoli, culbutèrent la réserve qui en arrière voulut faire tête; et la poursuite, que le désir de la vengeance rendait terrible, devint un véritable massacre. Les Polonais surtout, ayant forcé un grand nombre de fuyards à se jeter dans les montagnes, en tuèrent douze à quinze cents à coups de fusil et de baïonnette, ou les précipitèrent du haut des rochers dans des ravins profonds. Outre les chevaux, les canons, les hommes et les dral^eaux. le général 3Ietsch perdit tout létat-major du régiment de la Principessa cavalerie, et de notre côté nous eûmes à regretter, entre autres, un officier de marque, le prince Santa Croce, adjudant général de la garde nationale de Rome ; en donnant l'exemple de la vaillance, il eut la jambe gauche cassée d'un coup de biscaïen.

La nouvelle de la prise d'Otricoli par les Napolitains et de la reprise par les Français parvint en môme temps au général en chef, qui, après un ordre du jour très flatteur pour le général Maurice Mathieu, expédia un ordre général pour expliquer la nécessité de reprendre Calvi, où le général Metsch s'était rallié et retiré; à

L'AFFAIRE DK CALVI. . 281

cet ordre général il joignait cet ordre particulier : « Le général Maurice Mathieu est personnellement chargé de l'attaque et de la prise de Galvi, et de la destruction totale du corps du général Metsch qu'il a si bien entamé. »

En même temps, dans une dépêche au Directoire, le général en chef écrivait : « Je donne au général Macdonald l'ordre de porter la brigade du général Maurice Mathieu sur Calvi. » Mais le général Macdonald, dont le devoir était de transmettre simplement ces dispositions, loin de laisser au général Maurice Mathieu sa brigade, ne lui confia que huit cents hommes et un seul escadron au lieu de deux. C'était diminuer les chances du succès, au point de le rendre presque impossible, et, si pareille infraction à des ordres formels venant du quartier général n'est pas attribuée à la légèreté ordinaire du général Macdonald, il faudrait l'attribuer au mécontentement; il pouvait être vexé que le général en chef, en attribuant directement cette action à un général subordonné dans la division, lexclùt, lui Macdonald, de la part qu'il eût pu juger bonne à prendre, pour ses intérêts ou sa gloire, dans l'opération.

Quoi qu'il en soit, le général Macdonald garda les forces importantes pour une colonne de secours, qui, d'après le même ordre émanant du général en chef, devait être confiée au colonel polonais Kniazewitz, et qui arrivait par Magliano pour seconder celle du général Maurice Mathieu. (]ette proportion à rebours entre les forces de la colonne d'attaque et les forces de la colonne auxiliaire ne rendit que plus étonnants les succès de la première. C'est à la ba'ionnette que le général Maurice Mathieu aborda les postes avancés, emporta le camp retranché, repoussa dans Calvi les défenseurs contre lesquels il fit multiplier les feux, en établissant sur tous les points un peu élevés des pelotons et ses trois pièces

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d'artillerie; puis il fit ouvrir, à travers le mur d'un jardin de religieuses, une brèche, comme pour marquer son intention d'enlever la place d'assaut. Alors il chargea son aide de camp Trinquallyé d'aller sommer le général Metsch de mettre bas les armes. Il venait d'apprendre que le général Mack accourait, par la route de Gantalupo, au secours de Calvi; il fallait donc hâter les choses.

Par bonheur, Metsch fut informé, dans le même temps, de l'approche de la colonne de secours française, et, dans Calvi, le capitaine Trinquallyé, entouré, interrogé, s'inspirant delà situation, se laissa arracher ces soi-disant nouvelles : Que Calvi est cerné de toutes parts; que le général Macdonald, n'ayant plus à s'occuper que de ce qui reste de troupes au général Metsch, évidemment sacrifiées et perdues, a réuni autour d'elles toutes ses forces, et qu'il ne reste à la place et aux troupes qui la défendent ni une chance de salut, ni un quart d'heure de répit. Ces confidences exagérées sont heureusement recueillies par des esprits tout à fait troublés et que trouble davantage encore un ultimatum fait par le général Maurice Mathieu au nom du général Macdonald. Cet ultimatum porte que, si dans une heure la place n'est pas rendue, elle sera enlevée d'assaut, et toutes les troupes qui s'y trouvent passées au fil de l'épée.

Alors, cédant à l'épouvante de son entourage, le général Metsch consent à capituler en échange des honneurs de la guerre, et le général Maurice Mathieu, pressé par l'approche de Mack qui n'était plus qu'à une si petite distance de Calvi, se hâte d'accorder ces honneurs déshonorants. Il fait défiler les quatre mille cinq cents Napolitains et mettre bas les armes devant les neuf cents Français, qui à peine peuvent suffire comme escorte; il reste maître de quatre mille fusils, de quatre cents chevaux, huit pièces de canon et onze étendards et dra-

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