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il attendit de nouveaux ordres. Là il apprit qu'une autre colonne ennemie se hâtait de se replier par Vcnafro sur Capoue, où toutes les troupes de l'armée royale étaient rappelées; il la fit observer, fit couper tous les ponts devant elle; mais, sur ces entrefaites, l'adjudant général de Mack, le prince Pignatelli, se rendit auprès de lui pour demander un armistice de quelquesjours. Le général Maurice Mathieu ne pouvait à cet égard rien prendre sur lui; toutefois, comprenant l'importance de faire jaser ce prince, il rengagea à se rendre à San Germano, où le général Macdonald, que le général en chef suivait avec la réserve à un jour de distance, devait être près d'arriver; or, à l'insu du général Championnet. par un empiétement sur son autorité et sans un motif qui put l'excuser, sans vouloir comprendre qu'il n'avait en la circonstance pas plus de pouvoir que le général Maurice Mathieu, le général Macdonald consentit à une suspension d'armes de quarante-huit heures, pendant laquelle, aux termes de l'armistice, il plaça son quartier général à Sparanise et établit la brigade Maurice Mathieu à Cajazzo, la brigade Girardon sur la montagne de Jérusalem, et une espèce de réserve à Caivi, c'est-à-dire qu'il prenait position aux portes de Capoue.
La prise de cette position aussi près d'une place forte, en face de l'ennemi qui, couvert par le Volturne, avait massé là ses dernières forces pour un suprême effort et pouvait d'un moment à l'autre diriger contre nous la plus terrible attaque, cette prise de position était une témérité , et pendant plusieurs jours elle eut les plus graves dangers. Bonnamy, qui, toute sa vie, après avoir ménagé la chèvre et le chou, cherchait ce qu'il pouvait ménager encore, a rappelé ce fait dans son Coup d'œil sur les opérations de la campagne de Naples, et. se laissant aller aux plus puériles réticences, il se demande s'il ne
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doit pas en imputer la faute au général en chef pour des raisons qu'il doit taire; mais tous les témoins que je consultai dans le temps, et les notes précises écrites par le général Maurice Mathieu, notes que j'ai sous les yeux, confirment ce fait que le général Championnet avait son plan hien arrêté d'attendre la troisième division qui arrivait des Abruzzes avec les généraux Lemoine et Duhesme, de l'attendre à Cajanello, c'est-à-dire à l'embranchement des routes do Capoue, Venafro et San Germano, où, on l'a vu, le général Maurice Mathieu avait eu l'ordre de s'arrêter; par ces dispositions il entendait laisser aux troupes ennemies le terrain nécessaire pour qu'elles pussent se déployer en avant de Capoue, puis être attaquées et battues par notre armée réunie. Seulement, lorsqu'il vit la ligne à laquelle il comptait s'arrêter dépassée par l'initiative intempestive du général Macdonald, il se résigna au fait accompli, ne voulant pas devant les Napolitains faire exécuter un mouvement rétrograde (1). On va voir que le général Macdonald eut l'espoir de faire prendre Capoue par sa division, c'est-à-dire de ménager à sa gloire le plus beau fait d'armes de cette campagne; il pouvait j être encouragé par le souvenir des combats où, presque à elles seules et sous l'inspiration de leurs généraux de brigade, les troupes de sa division avaient battu quarante mille hommes ; mais ce n'en est pas moins par suite de ce vain espoir qu'il provoqua le seul échec grave qu'ait subi notre armée pendant cette campagne.
Jusqu'alors, depuis le départ de Rome, le général Macdonald s'était privé de toute autre initiative, sauf celle
(1) Dans ses Souvenirs, le maréchal Macdonald fait de ces événements un récit qui n'a pas le moindre point de ressemblance avec celui de Paul Tliiébault. Qu'il nous suffise de relever la contradiction. (Éd.)
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de faire châtier, chemin faisant, par son aide de camp Pamphile Lacroix les habitants d'Arpino. Chargé de cette mission avec des forces insuffisantes pour l'exécuter, Pamphile Lacroix n'avait dû d'y réussir qu'à l'incroyahle terreur que la présence de nos moindres troupes inspirait alors à toutes les villes italiennes; or, la ville rendue, le général Macdonald la fit scandaleusement rançonner; quelques moyens qu'il fît employer, il ne put obtenir la contribution entière et fit contracter pour le restant des obligations par les autorités. Bien que celles-ci eussent cherché un recours près du général en chef qui les exempta de ce qu'elles n'avaient pas encore payé, ce fut là pour le général Macdonald une première, mais encore faible part des soixante-quinze mille louis que lui valut la campagne de Naples.
Pendant que ces faits s'étaient accomplis, le général Rey avait agi de son côté et de la manière la plus heureuse. A partir de Terracine, avec un bataillon, il avait enlevé la place assez forte d'itri, défendue par quatre bataillons et six pièces de canon^ et, le 31 décembre, il s'était porté sur Gaëte, à la tète de six cents Polonais et de quelques escadrons de cavalerie. Cette démonstration avec une poignée d'hommes devant une place réputée imprenable, forte de cent canons, de deux mille cinq cents hommes, et qui par la mer aurait pu échapper même aux conséquences les plus cruelles d'un siège en règle, cette démonstration ne pouvait être qu'une plaisanterie; et, partout ailleurs qu'en Italie, c'eût été môme une détestable plaisanterie; toutefois, par ses résultats, elle fit un pendant, et un pendant plus extraordinaire encore, à la prise de Pescara.
Parvenu à portée de canon, le général Rey envoya sommer le gouverneur de se rendre. MM. les commandants des places de guerre du roi de Naples étaient
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forts pour les premières réponses; ils ne savaient ({ue cela de leur rôle, mais ils le savaient bien ; aussi le commandant de Gante déclara-t-il qu'il défendrait la place tant qu'il lui resterait un boulet et des baïonnettes. Cependant, et dès que cette sommation avait été faite, on était parvenu, en le démontant, à faire passer un obusier à travers les rues étroites du village deMoIa, qui ferme la presqu'île et qui aurait du rtre retrancbé et défendu; à peine remonté, cet obusier fut mis en batterie, et son feu commença. Les deux tiers de ses munitions épuisées, ce qui fut bientôt fait, un second parlementaire alla signifier au gouverneur (ce qu'on ne peut consigner sans rire) qu'il n'avait plus qu'un moment pour éviter l'incendie de la ville et un assaut, à la suite duquel il serait, ainsi que sa garnison, passé au fil de l'épée... Et ce parlementaire fut écouté, et ce gouverneur, paraissant d'ailleurs avoir aussi peur de la garnison, dont sa faiblesse provoquait la mutinerie, que des Français, se borna pour toute réponse à demander le déshonneur des honneurs de la guerre.
Cette capitulation, outre la place, les hommes et les canons, nous livrait des munitions en abondance, des magasins regorgeant de tout, des vivres pour huit mois, trois cents chevaux et enfin deux équipages de pont, objets si nécessaires à la continuation du mouvement du général Rey et dont il se servit, dès le 2 janvier, pour franchir le Garigliano, battre le corps de troupes réglées et de paysans armés qui s'opposaient à son passage et arriver, le 3, devant Capoue.
Campagne singulière. Tandis que des bicoques, qu'aucun soldat n'aurait osé défendre, résistaient jusqu'à l'extermination, les places les mieux armées ouvraient leurs portes comme au coup de baguette. Quelques avancements furent accordés sur la demande du général Iley,
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et celui auquel Tarmée applaudit le plus, aux titres de la vaillance comme du dévouement, fut la promotion du colonel polonais Kniazewitz au grade de général de brigade, récompense méritée dans tant de circonstances et récemment encore à Itri.
Quant au général en chef auquel rien n'échappait, à peine informé de la prise de Gaëte, il fit armer une flottille qui fit quelques prises et qui ne dut qu'à la fatalité de ne pas faire prisonniers les débris du corps de M. de Damas, qui par mer retournaient à Naples. Le corps de M. de Damas était celui que, d'après les ordres du général en chef, le général Kellermann avait achevé; jjuis ayant, ainsi que je l'ai dit, châtié Viterbo, se trouvant retardé par ces faits d'armes, le général Kellermann avait pris, le dernier, la direction deCapoue par la route de la Marine. C'était le moment de la stupeur produite par la manière dont les villes de guerre, les positions les plus formidables, ainsi que les corps de troupes qui les défendaient, venaient d"ètre en quelque sorte escamotés. Aussi le général Kellermann put-il accélérer son mouvement au point de rejoindre le général Rey peu après son passage du Garigliano, puis, au bruit du canon, s'avancer avec lui sur Capoue et rejoindre la division Macdonald.
Or ce bruit du canon, dont je viens de parler, rappelle un douloureux souvenir que je dois consigner. Poursuivant son dessein d'enlever au général Championnetl'honneur d'avoir pris Capoue, le général ]\Iacdonald laissa la brigade Girardon pour garder le camp, assurer ses derrières et ses communications; puis il fit prendre les armes à la brigade Maurice Mathieu, au 46" de dragons et à l'escadron du 19" de chasseurs à cheval, et cela pour une de ces opérations qu'on qualifie du nom d'attaque quand elles réussissent et auxquelles on s'efl'orce de donner le nom de reconnaissance quand on échoue; de fait, il ne
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s'agissait de rien moins que d'enlever le camp retranché devant Capoue et, suivant que les chances seraient favorables, le pont du Volturnc.
L'infanterie partit de son camp le 3 janvier à la pointe du jour, et marcha en masse jusqu'à portée de canon des ouvrages de l'ennemi ; arrivée là, elle forma trois colonnes d'attaque de deux bataillons chacune, celle du centre s'avançant avec trois pièces d'artillerie légère et par la grande route, sous les ordres du général Maurice Mathieu. L'attaque fut vive; les ouvrages du camp retranché furent successivement enlevés par des charges et des escalades si irrésistibles que les troupes qui les défendaient, frappées d'épouvante, se rejetèrent en désordre dans Capoue. Une seule redoute tenait encore, la redoute Saint-Antoine; elle était soutenue par quelques bataillons et par le feu de deux des bastions de la place; mais elle était si rudement pressée par la 30" et les grenadiers de la 97"= que le général Mack, craignant qu'elle ne finît par être prise, et que, pêle-mêle avec les siennes, nos troupes n'entrassent dans Capoue, envoya en toute hâte le prince Pignatelli pour demander une suspension d'armes au général 3Iacdonald, qui, à l'exemple des gouverneurs napolitains, débutant à merveille, répondit qu'il ne parlementait qu'à coups de canon. C'était fâcheux déjà que le général Macdonald se fût trouvé présent sur ce point, le seul où, de la campagne, il combattit de sa personne parce qu'il combattait pour son compte ; mais ce qui fut plus fâcheux encore, c'est que l'ambassadeur de la République Cisalpine, retournant à Milan, passât précisément en cet instant à Capoue. Or le général Mack, toujours plus menacé et plus inquiet, profita de ce dernier incident pour charger un second parlementaire d'obtenir que le feu fût suspendu seulement pendant le temps nécessaire au passage de cet