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ambassadeur... On est confondu d'avoir à dire que, dans une situation où tout dépendait de l'utile et vigoureux emploi d'un moment, un pareil moyen put avoir du succès, et cependant la condescendance fut telle, que non seulement le général Macdonald se rendit à semblable considération, mais qu'il ne fixa pas un temps pour ce passage^ et que même il ne stipula pas qu'aucune troupe ne bougerait pendant l'interruption. Aussi le général Mack, secondé par ses généraux, se hàta-t-il de tout mettre en usage pour remonter le moral de ses soldats. Ordres, prières, menaces, coups de canne, rien ne fut épargné pour ramener les bataillons napolitains à leurs postes. Plusieurs repartirent de la ville; quelques-uns, trop ébranlés, furent remplacés par de nouveaux; de nouvelles batteries furent établies ; des barricades fermèrent le pont; un gros corps de cavalerie longea le Volturneet déborda notre droite dans le but de prendre la yO"" à revers, du moment où le feu recommencerait. Et seulement lorsque toutes ces dispositions furent achevées, la voiture de l'ambassadeur parut enfin et dépassa le terrain occupé par nos troupes. Le temps que l'on avait eu pour évaluer les conséquences de cette incompréhensible faute, ce que l'on avait vu des mouvements de l'ennemi, aurait dû suffire pour faire comprendre qu'il n'y avait plus rien à tenter; mais, pour couronner l'œuvre, à l'instant l'attaque redevint générale et si acharnée que, malgré tout ce que l'ennemi avait préparé, la redoute Saint-Antoine fut enlevée à la baïonnette et les troupes qui la défendaient passées au fil de l'épée ou rejetées dans la ville; toutefois le feu des batteries de la place et des batteries nouvellement établies rendit cette redoute intenable, de même que les obstacles dont on avait couvert le pont démontrèrent l'impossibilité de le franchir. Dans cette seconde et déplorable tentative, nous perdîmes
» ATTAOUE OC RECO^^AISSA^CE. " 34.)
beaucoup de monde, et, pour comble de malheur, le général Maurice Mathieu eut le bras droit cassé dun coup de biscaïen,en même temps que son aide de camp Trinquallyé et un grand nombre d'officiers de sa colonne furent plus ou moins grièvement blessés. Il ne restait qu'à se retirer ; chaque bataillon rentra sous les ordres de son chef de brigade; les troupes reprirent, et fort tristement, les positions qu'elles avaient quittées le matin; c'était la seule défaite que Farmée du général Championnet avait et devait avoir à déplorer.
Forcé de rendre compte de cette affaire au général en chef, le général Macdonald put, au scandale de tous, ne parler que d'une reconnaissance (1) « qui lui avait fait
(1) Ce mot do reconnaissance est exactement celui que le maréchal Macdonald emploie dans ses Soiivenii-s, pour désigner le mouvement qu'il a commandé contre Capoue; mais, sur la conduite ;,;énérale et les détails de l'opération, le maréchal se trouve en opposition manifeste avec Paul Thiéhault. Désireux de laisser au lecteur la liberté de son jugement, voulant cependant lui fournir, une fois pour toutes, l'occasion de se rendre compte des discordances, nous transcrivons à son intention le passage des Souvenirs : « J'ordonnai », dit le maréchal Macdonald, « une reconnaissance; le général Maurice Mathieu la commandait, et je le suivis pour l'appuyer. Tous les postes napolitains plièrent et s'enfuirent de la vitesse de leurs chevaux. Ils donnèrent l'alarme au camp et à la ville, d'où leurs défenseurs commencèrent à se retirer, lorsque le général Mack imagina d'envoyer un parlementaire pour offrir de capituler/, par une vieille routine, les troupes de l'avant-garde s'arrêtèrent, conduisirent l'officier au général Mathieu, et celui-ci vie l'envoya. J'étais par malheur assez éloigné, faisant appuyer nn détachement de nos troupes qui éprouva'it quelque résistance à un passage du Volturne; ma colère fut grande ; j'ordonnai de continuer l'attaque. Je voulais, j'aurais pu, sans cette circonstance, forcer le camp retranché, passer le pont du Volturne et enlever Capoue; mais les Napolitains avaient eu le tenjps de se reconnaître, de se remettre derrière les retranchements et les remparts. J'avais devancé le renfort (jue je conduisais, et j'arrivai pour voir le général Mathieu recevant un coup de mitraille qui lui cassa un bras; en même temps je reçus du général en chef l'ordre de reprendre mes positions et de cesser le feu, lorsque j'avais encore l'espoir d'emporter le camp retranché. » Nous avons fait composer en italique les
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connaître tous les moyens de défense de l'ennemi » ; après quoi il ajouta : « ...Le général Maurice Mathieu, accoutumé à vaincre à la tête de sa brigade, a eu le bras droit fracassé d'un coup de mitraille; je vous demande pour lui le grade de général de division. >- Ce grade, le général Maurice Mathieu le méritait avant sa blessure, et l'armée entière le réclamait pour lui. 11 l'obtint peu de temps après; il ne pouvait pas ne pas l'obtenir. Ce qu'il put regretter, ce fut de le recevoir non par le fait d'une des victoires si nombreuses qu'il avait remportées, non de la justice du général Championnet qui aurait dû s'honorer en consacrant une élévation de grade si bien méritée, mais par l'entremise de celui à qui larmée devait son premier revers, à qui elle allait devoir bientôt son dernier désastre et sa dissolution. Quoi qu'il en soit, par suite de sa blessure, le général Mathieu allait quitter l'armée, qui perdait un de ses généraux de brigade (ju'elle aimait le plus, un de ceux qui avaient le plus illustré leur nom. Or, à propos de ce nom, je crois utile de faire disparaître une incertitude qu'un changement inopportun a fait naître. Le général Maurice Matliieu est aujourd'hui (1836) connu ou plutôt inconnu sous le nom de la Redorte, depuis qu'il a souffert que son majorât de comte soit établi sous ce vocable. (|ui ne rappelle qu'une terre, c'est-à-dire, de tous les titres pouvant honorer un homme, le moins méritoire et le plus insignifiant; mais, avant la Révolution et d'après Jouy, son ami de jeunesse, il s'appelait Mathieu de Saint-Maurice; la Terreur l'ayant forcé d'enlever à son nom le
passages les plus saillants par leur contradiction avec le récit (1(3 Paul Thi(''bault. mais nous ne voulons pas clore cette longue note sans relever l'aveu que fait le maréchal d'avoir voulu prendre Capoue. Sur ce point, le maréclial justifie l'accusation port(!c contre lui. (Éd.)
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de et le Suint, reliait MaUii(!ii iMaurice, dont il fil Maurice Mathieu pour changer plus complètement encore la figure de ce nom, tout en en conservant les deux termes; c'est donc sous cette forme de roture qu'il l'ennohiit par l'éclat de ses vertus mililaii-es, et il l'ennoblit de telle sorte que ce vrai nom de gloire devra être repris par le premier de ses descendants (|ui se sentira digne d»; le porter.
Le généi'al (;li;iiiipionn<^l fut profondément aCI'eclé de l'échauflourée malheureuse (jui ralentissait l'entrain de nos soldats, alorsqu'on avait le plus besoin de leur exaltation, et (jui rendait la confiance aux Napolitains en risquant de comj)romeltre la fin de la campagne. Il savait bien partpiels motifs avait agi le général Macdonald, (jui voulait enlever à son général en chef et aux autres généraux de l'armée la part de gloire (ju'ils allaient recueillir; ilsoul]railderindiscij)lined'un tel acte; car on ne pouvait arguer de son ('loignf.'iiiciilpours'cxcuseï' de ne l'avoir ()as consulté, puis(|uMI était à ce moinent si près de la division Macdonald, que, si on lui eût demandé ses ordres, il aurait pu les faire parvenir dans la nuit même (jui précéda léchaulfouiée. Mais le gf-néral Championnet était aussi bon camarade, aussi bienveillant pour les autres qu'il était sévère j)Our lui-même. Au lieu de mettre le général Macdonald (;n jugement, il s'occupa des moyens d'échapper aiix effets (pae ce preuiier mais grave échec pouvait avoir sur le moral des troupes; dans ce but, sans abandonner son plan et tout en continuant d'attendre le renfort de sa troisième division, il ne voulut pas quitter sa position avancée, et même, pour donner plus d'assurance aux troupes, il ajouta, en la complétant, à ce que cette position avait d'offensif.
Cependant, avec la nouvelle de l'échec que la division Macdonald avait subi devant Capoue, s'en était répandue
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une autre qui en était la conséquence, à savoir que Mack préparait une attaque générale, et ces nouvelles avaient suffi pour déterminer l'explosion d'une insurrection menaçante. Le général Rey expédia successivement plusieurs ordonnances au général en chef pour l'informer qu'un nombre considérable d'insurgés était réuni à Sessa, que ces insurgés menaçaient de couper nos ponts sur le Garigliano et qu'ils s'apprêtaient à venir nous attaquer dans nos camps. Le pont du Garigliano fut pris, notre parc de réserve de Tarméc détruit; Itri, Fondi, s'insurgèrent; à San Germano, les équipages du général en chef furent pillés, leur garde égorgée; à Teano, le quartier général en chef est attaqué, et le général Ghampionnet n'y rentre qu'à la télé de deux bataillons. Vers tous ces points menacés on détache des colonnes du camp de Capoue; ce camp se trouve ainsi réduit à quatre mille hommes, ce qui favorise une sortie de rennemi, sortie heureusement repoussée.
Le général Rey, qui s'était porté sur Sessa, réussit à en forcer l'entrée; mais, parvenu sur la place, il eut le plus horrible spectacle. De tous côtés, et en partie palpitants, gisaient de nos soldats, égorgés après avoir été mutilés. Plus loin, des débris humains, fumant encore et presque en charbons, étaient ce qui restait d'un officier du 25° de chasseurs à cheval et du capitaine Gourdel (1), tous deux brûlés vifs et à petit feu. A quelques pas de là, un tas de chair et d'ossements; c'était le produit de onze de
(1) Dès qu'on avait eu !a nouvelle du rassemblement des insurgés il Sessa, une colonne était partie du camp de Capoue pour dissiper ce rassemblement; mais elle avait été repoussée, ayant perdu cinquante hommes et huit officiers, dont ce Gourdel, l'un des aides de camp du général Championnet; un autre de ces aides de camp, le capitaine Claye, envoyé de Vcllelri pour rechercher des nouvelles du général Lemoinc. avait été saisi prés du lac Celaoo. attaché à une poutre et coupé membre par membre à coups de hache.
BUCHKRS ET REPRÉSAILLES. 349
nos soldats hachés tout vivants. Enfin un autre bûcher dressait sur cette même place ses trois poteaux, auxquels trois nouvelles victimes allaient être attachées; déjà liées et garrottées, elles subissaient, au fond d'un cachot, une affreuse agonie, lorsqu'elles furent sauvées. L'une d'elles était le dernier courrier expédié par le général en chef. Par représailles, la ville fut démolie de fond en comble; puis, pressé de rétablir ses communications avec Gaëte, le général Rey chargea le général Dombrowski avec son bataillon polonais, ses uhlans, de réduire Itri, Fondi et les autres centres de rassemblements, Castelforte. Castel Onorato. Ayant dissipé les hordes qui couvraient ce dernier repaire, le général Dombrowski y fit entrer son aide de camp Trémo, escorté par trente uhlans. Accueillis par les habitants avec de grandes démonstrations de joie, Trémo et ses hommes cédèrent aux instances qui leur étaient faites pour qu'ils acceptassent quelques rafraîchissements; mais à peine eurent-ils mis pied à terre et furent-ils éparpillés, qu'ils furent assailis par ces mêmes habitants et impitoyablement mis à mort. Le châtiment suivit de près; Onorato, de suite cerné, fut pris de vive force, et pas un habitant ne fut épargné.
Cependant ces répressions, au lieu d'apaiser la révolte, semblaient la surexciter ; les insurgés, partout repoussés, reparaissaient partout, sitôt que nous nous étions éloignés. San Germano était réoccupé; les deux rives du Garigliano en étaient réinfestées; les routes devenaient de plus en plus impraticables, la marche des convois impossible; les munitions diminuaient de manière à alarmer, et, le parc de réserve ayant été détruit par les insurgés, on ne savait comment le remplacer. Enfin la situation devenait à ce point menaçante, que l'on en était à douter si les généraux Duhesme et Lemoine,
dont on n'avait d'ailleurs aucune nouvelle, pourraient déboucher des gorges où ils étaient engagés et rejoindre la droite de l'armée; Rome était menacée par de nouveaux rassemblements d'insurgés; Civitavecchia, de son côté, avait ouvert ses portes et son port à tous nos ennemis, et était devenue un repaire, contre lequel tous nos efforts étaient impuissants et continuèrent à l'être ; dix de nos officiers d'état-major avaient déjà été assassinés de la manière la plus barbare, et on en était à trembler pour des escortes de quatre cents hommes d'infanterie et de cavalerie données aux courriers. Enfin on répétait l'annonce que nous allions être attaqués sur tous les points, et ce n'était plus seulement une question de savoir si l'on pourrait continuer l'offensive, mais môme se maintenir dans les positions occupées. Tel était le résultat de l'acte de vanité et d'indiscipline dont le général Macdonald s'était rendu coupable, et ce résultat rendait plus sensible la faute qui l'avait déterminé.
C'est au milieu de ces graves réflexions que le général en chef reçut du général Mack une demande d'armistice qu'il crut devoir repousser, ne pouvant évaluer à qui des deux cet armistice pourrait le plus profiter. Cependant, quatre jours après, la même demande lui fut renouvelée sans plus de succès, et cette fois au nom du prince Pignatelli, que le roi de Naples, avant de s'embarquer pour la Sicile, avait investi de la vice-royauté. Or, tout en rejetant ces propositions, le général en chef avait peine à les comprendre. Ignorait-on à Naples nos embarras, notre faiblesse et nos dangers? Pouvait-on méconnaître tout ce que nous avions à gagner à l'armistice, ne fût-ce que pour nous retourner contre les insurgés qui nous assaillaient de toutes parts, pour nous réapprovisionner en munitions surtout et rouvrir nos communications avec Gaëte et Home ? Quels pouvaient