CHAPITRE XIV
Dès le 13 janvier, le général en chef avait, dans la dépêche même par laquelle il annonçait la convention de Gapoue, avisé le Directoire que sans renforts l'armée ne pourrait ni achever la conquête du royaume de Naples, ni conserver cette conquête une fois faite; il faisait savoir en même temps qu'il envoyait le général Lemoine à Paris et le chargeait de rendre plus entièrement compte de la situation de l'armée et de recevoir des ordres sur le sort et sur le genre de gouvernement qui seraient réservés au royaume conquis.
Le général Lemoine était parti pour sa mission; les généraux Rey et Dombrowski continuaient à assurer nos communications; les généraux Macdonald et Maurice Mathieu devaient être remplacés ; par ce fait, un seul général de division restait en ligne, le général Duhesme, auquel échut le second rôle et qui, tout en conservant le commandement de la gauche, eut cependant plus de la moitié des forces de l'armée sous ses ordres.
L'autre moitié, composée de deux divisions, n'avait à sa tête que des généraux de brigade, Kellermann, Ilusca passé de la gauche à la droite, Dufresse et le colonel Girardon, ne devant agir que sous les ordres directs du général en chef. ()r la division formant la gauche, et qui se montait à sept mille hommes, était superbe parle nombre et par le choix. Il était difficile d'être mieux
358 MEMOIRES DU GENERAL BARON THIEBAULT. j
traité que ne l'était le général Duhcsme et de l'avoir mieux mérité; par surcroît, il avait obtenu d'être débar- ; rassé du général Rusca, qui fut remplacé par le colonel ; Broussier, justement destiné à devenir général au pre- ; mier coup de canon. J'avais fait connaître ce Rusca au ; général Duhesme, qui, par ce qu'il avait été à môme de j voir lui-même, avait pu compléter cette réputation. Le \ général Joubert avait rendu le même service au gêné- \ rai Ghampionnet, en lui adressant des pièces à charge | contre Rusca, pièces importantes; pourtant, un mois I après, Rusca devenait général de division, et, deux mois ' après, Ghampionnet et Duhesme étaient destitués. ,
Sans retard le général Ghampionnet avait établi des j relations avec les patriotes de Naples à l'aide d'un cer- i tain citoyen Laubert, Napolitain d'origine, patriote réfu- j gié et l'un des hommes les plus recommandables par son j intégrité; brusquement, un incident vint précipiter le ' cours des choses et confirmer les prévisions du général '. en chef plus tôt qu'il n'eût pu l'espérer, plus tôt peut- ; être qu'il ne le désirait. '
En accordant au vice-roi Pignatelli l'armistice solli- , cité à trois reprises et si chèrement payé, le général Ghampionnet, indépendamment de la remise de Gapoue , et de la moitié du territoire qui séparait cette ville de Naples, avait exigé que, sur les dix millions à payer, '■ la moitié serait soldée en quarante-huit heures. En con- j séquence, M. Arcambal, ordonnateur en chef de l'armée, ! fut envoyé, le 47 janvier, à Naples pour recevoir et rap- porter l'argent de ce premier payement; mais à peine fut- ^ il aperçu dans cette ville immense, livrée à la popu- j lace, qu'une rumeur s'éleva; presque aussitôt menacé, ; il ne tarda pas à être assailli et ne dut son salut : qu'au courage d'un groupe de patriotes qui se dévouèrent pour le sauver, c'est-à-dire pour le faire en toute j