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LES LAZARONI

hâte sortir de Naples. Son départ, au surplus, ne calma pas les têtes. Un des patriotes qui l'avaient secouru fut massacré; les partis se trouvèrent en présence, et, comme c'était moins la mort d'Arcambal que la rupture de l'armistice qu'on voulait, l'impulsion donnée fut l'étincelle électrique. En un moment, l'insurrection des lazaroni devint générale.

Ces lazaroni qui alors infestaient Naples, dont un bon tiers a péri pendant notre attaque et qu'ensuite Joachim a recrutés pour ses régiments et qu'il a achevé de détruire en les faisant traquer jour et nuit, ces lazaroni n'avaient pu se multiplier à ce point que sous les rois de Naples du dernier siècle. Gens de terre et de mer, rebut de la population napolitaine, en partie forçats libérés ou échappés, ils possédaient pour se vêtir un pantalon de toile pour le printemps, l'été et l'automne, une guenille de bure en forme de manteau pour l'hiver et un bonnet phrygien pour toute l'année; ils gîtaient de nuit sur les dalles des palais et des églises, sauf pendant le trimestre d'hiver, le jour sur le pavé des rues, et, chacun des soirs où le temps le permettait, sur le sable du rivage qu'ils faisaient retentir de leurs chants; ils saluaient ainsi les derniers rayons du soleil et l'approche des douces et suaves nuits de ces climats. Avec le plus bas salaire d'une heure de travail ils se procuraient leur nourriture, du macaroni frit au coin des rues et mangé sur la borne ; insouciants et fanatiques, espérant tout et ne prétendant à rien, robustes, braves jusqu'à la frénésie, cruels, aussi faciles à la résignation qu'à l'exaltation, ils pullulaient au nombre de cent mille des deux sexes, sans individualité, sans familles, n'ayant de rapport avec l'Etat que par la potence et vivant en un tel pêle-mêle que Dieu seul aurait pu au milieu d'eux se reconnaître.

Dès que cette populace fut entrée en scène, elle se porta aux quartiers de deux régiments d'infanterie et dun de cavalerie et les désarma. De là, après avoir pillé la caisse militaire, elle se précipita sur l'arsenal et le vida; puis, vingt mille d'entre eux se trouvant armés, ils avaient marché sur le fort Neuf, le fort del Carminé, le fort de l'OEuf et le fort Saint-Elme. Par bonheur, ils ne s'emparèrent que des trois premiers, le dernier ayant été occupé par les patriotes, dont le général en chef avait exigé la liberté par un article de l'armistice; il les avait incités à se ranger sous le commandement du prince Moliterno; c'est eux qui avaient sauvé Arcambal. Encouragés par notre proximité, dirigés par leur chef, ces patriotes défendirent l'entrée du fort, ce qui nous ménageait un appui pour l'attaque de Naples.

L'insurrection avait gagné la campagne de Naples, l'endroit du monde où la population est le plus agglomérée; dans la ville,, les Albanais, les Suisses et les deux cinquièmes des autres troupes s'étaient soumis à l'autorité des lazaroni; le reste déserta dans nos rangs. Le procès des généraux napolitains n'aboutit qu'à la cessation de leur rôle; quant au général Mack, déclaré traître , condamné d'avance comme nous ayant livré le pays, sa tête fut de suite mise à prix; mais, après avoir fui de Naples, pendant que le vice-roi fuyait en Sicile, il quitta par une seconde fuite son quartier général d'Aversa avant que les misérables y arrivassent.

C'est sur ces entrefaites que, étant arrivé, comme je l'ai dit plus haut, le 16 janvier à. Teano, et rien ne pouvant plus ralentir ni compromettre la marche de ma brigade ou le transport de mes blessés, je rattrapai ma division à Caserta. Chaque bataillon devant trouver des ordres nouveaux à Capoue, les blessés devant entrer à l'hôpital, j'avais laissé le commandement à mon chef

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