MACK CHEZ CHAMPION NET
dictoire avec la position qu'il cherchait à prendre et avec l'uniforme autrichien dont il était revêtu, le général Championnet l'arrêta du geste et lui dit : « Gardez votre épée, général. L'épée d'un homme d'honneur n'est jamais mieux que dans ses mains. Mais dites-moi, je vous prie, ajouta-t-il en le faisant asseoir, quels événements ont pu vous réduire à un parti aussi désespéré. » Toute cette partie de la conversation est littérale. Après avoir à peine rappelé son entrée en campagne, il parla des revers qui selon lui avaient été dus autant à des chefs dont il est impossible de faire des officiers, qu'à des hommes dont il était impossible de faire des soldats, sur lesquels on ne pouvait compter que pour des crimes et contre lesquels, à la fin, il avait été forcé de se mettre en garde plus que contre nous. Alors il présenta la remise de Gapoue, c'est-à-dire l'armistice à tout prix, comme le seul moyen qu'il ait pu imaginer pour contenir ou plutôt pour nous faire contribuer à contenir cette menaçante populace, éviter des combats nouveaux qui ne pouvaient manquer de la faire entrer en scène et se mettre par là en état de traiter de la paix. Il déplora ensuite que l'arrivée de M. Arcambal à Naples ait anéanti toutes les prévisions, et il nous raconta avec des détails, qui, du reste, ne changeaient rien à la conséquence des faits, les horreurs auxquelles Naples servait de théâtre; il parla enfin du mouvement des lazaroni sur Aversa. C'est ce mouvement qui, l'ayant surpris, lui avait ôté le temps d'envoyer un parlementaire au général Championnet pour informer celui-ci de sa démission et pour demander le passage (1).
(1) Le maréclial Macdonald raconte une scène assez analogue, dans laquelle il aurait joué l'un des deux rôles. En passant par Gapoue, le général Mack serait venu le surprendre au lit à cinq heures du matin ; entre autres propos, Mack lui aurait tenu celui-ci :
354 MRMOIRKS DU GÉNÉRAI. R A lî( » N THIERAULT.
On comprend par l'importance du sujet combien de questions, combien d'observations coupèrent cette narration, tout en ajoutant à son intérêt. C'était, en efïet, une situation critique, celle de ce général en chef, n'ayant plus de refuge que dans le quartier général de son ennemi, et surtout d'un ennemi qu'il avait si déloyalement attaqué, et qu'il avait bravé en termes si arrogants. Je me suis toujours félicité d'avoir été l'un des témoins de cette entrevue. Quand l'entretien eut duré ce qu'il devait durer, il fallut bien en venir à la solution dont le général Championnet se trouvait être l'arbitre. Cette solution se résumait ainsi : la question de savoir si le général Mack pouvait être considéré comme général autrichien, ou devait continuer à l'être comme général napolitain, était du ressort du Directoire, seul compétent pour la résoudre; à Milan seulement, le général Mack saurait la décision prise à son égard; il devait donc se rendre dans cette ville, ainsi que les quatre officiers qui raccompagnaient(l);moyennant leur parole d'honneur, le général Championnet les laisserait certainement voyager sans escorte, tout en jugeant nécessaire pour leur sûreté de leur donner un des officiers de son état-major; enfin, comme leur départ ne pouvait avoir lieu que dans trois jours, il leur fixait leur logement au château de Caserta et les invitait à accepter sa table.
« Alil vous m'avez cassé le cou à Calvi. » Il semble, à la lire, que la scène est écrite pour placer en relief cette phrase; mais il ne nous appartient pas de la contester, et nous laissons aux liisloriens le soin d'en déterminer la vraisemblance en la mettant, si c'est possible, d'accord avec le récit de Paul Tliiébault. Ce que du moins nous pouvons relever, c'est l'erreur du maréchal iMacdonald, qui l'ait passer Mack près de Gaëte. au moment même où cette place se rendait au général Rey. La prise de Gaëte eut lieu près de quinze jours avant que ^lack lût mis en route. (En.)
(l)Ces officiers étaient : les majors Dietrichsteinet Frey, le capitaine Rcicheubach et le lieutenant Paenzer.