‹ Mémoires;Chapitre 134 sur 222 · EN CONFÉRENCK AVEC LE GENERAL EN CHEF · texte numérisé non relu

EN CONFÉRENCK AVEC LE GENERAL EN CHEF

de brigade et j'avais pris les devants pour rejoindre le général Duhesme, qui avait suivi le général en chef au château de Caserta. Par ses ordres mon logement y avait été fait en même temps que le sien; il me reyut en ouvrant les bras, car il avait été loin d'être tranquille sur mon compte. 11 apprit donc avec joie que non seulement je n'avais pas perdu un homme pendant mon trajet, mais que j'étais parvenu à sauver les blessés de Solmona. Mon rapport entendu, il se rendit auprès du général en chef pour l'informer de l'arrivée de sa dernière colonne, de l'affaire des blessés et des nouvelles que j'apportais des Abruzzes; il me conduisit avec lui. Ainsi je fus de nouveau présente au général Ghampionnet, et, comme le général Duhesme voulut bien chercher, dans la manière dont je venais de répondre à cette dernière preuve de confiance, la justification de la préférence qu'il m'avait donnée sur les colonels de sa division, je reçus des éloges et des encouragements du général en chef, qui poussa la bienveillance jusqu'à rappeler, pour m'en faire honneur, les instructions cachetées que j'avais données aux commandants des cantonnements avancés de la seconde division de l'armée de Rome.

La bonté qui me fut marquée dans cette circonstance ne s'arrêta pas là, car le général en chef, retenant le général Duhesme pour ainsi dire en conférence, me retint également; il nous parla de l'insurrection des lazaroni. du danger qu'Arcambal avait couru, de Tannulation de l'armistice, annulation qui résultait du nonpayement des sommes dues à l'armée, de l'anéantissement de l'autorité vis-à-vis de laquelle avait été fait le traité, enfin des difficultés que pouvait présager la prise de Naples, c'est-à-dire la soumission de soixante mille frénétiques, soutenus par plus de troupes de ligne que nous n'avions de soldats. Nos forces ne s'élevaient en

362 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RAUON ÏHIEBAULT.

effet qu'à 15 ou 18,000 combattants, dont 3,000 sous les ordres du général Rey et du général Dombrowski guerroyaient contre les insurgés du Volturne,

Ces faits et ces considérations occupaient les deux chefs de l'armée de la manière la plus sérieuse, lorsqu'un aide de camp entra et, d'un air aussi extraordinaire que ses paroles, dit au général Championnet : « ... Mon général, le général en chef Mack demande à vous parler. — Qu'est-ce que vous me contez ? » reprit le général en chef. — L'officier répéta sa phrase. — « Le général Mack? » redit le général en chef en interrogeant encore. La réponse fut : « Oui, mon général , il est dans le salon. » Tandis que nous nous regardions, le généralissime fut introduit. De ma vie je n'oublierai celte entrée qui ne fut pas sans dignité. Voici, du reste, la première phrase du général Mack et la réponse du général Championnet (1) : « Général, vous voyez un général en chef qui, afin d'échapper à une populace effrénée et aux poignards de ses propres soldats, a été réduit à profiter de l'armistice conclu avec vous, pour donner sa démission de généralissime des armées napolitaines au vice-roi prince Pignatelli. Cette démission acceptée, je ne suis plus qu'un général au service de Sa Majesté l'Empereur, et c'est en cette qualité que, me fiant à votre loyauté et vous offrant au besoin mon épée, pour garant de la mienne, je vous demande passage pour rentrer dans les États de mon maître. » Le général Mack ayant porté la main sur son épée comme pour la remettre, ce qui me parut contra-

(1) Le général Bonnamy dit que le général Mack, ayant fait demander un asile au général Championnet, arriva presque sur les pas de son envoyé. Je déclare comme témoin de cette arrivée et de toute cette scène que la stupéfaction du général on chef et de son aide de camp fut aussi complète que celle du général Duhesme et que la mienne. Ce pauvre Bonnamy dit encore que Mack demanda une escorte, ce qui est aussi faux que le reste.

Page 1