‹ Mémoires;Chapitre 138 sur 222 · II · texte numérisé non relu

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quer les Napolitains qui les talonnaient, de ne pousser contre eux cette offensive que de manière à les exciter davantage, de s'arrêter peu après, de céder du terrain et enfin de s'abandonner à une fuite véritable. Tout cela fut exécuté avec intelligence. Quant aux insurgés, dès la première apparence d'attaque, ils s'agglomérèrent; dès que nos soldats s'arrêtèrent, leur rage redoubla, et, du moment où ils les virent en fuite, ils se précipitèrent en nombre, sans penser à se faire éclairer ou flanquer et en poussant des cris horribles. A mesure qu'ils approchaient de notre embuscade, notre arrière-garde ralentissait la course, se serrait, et se trouvait renforcée par quelques compagnies d'élite.

Cependant les insurgés ne formaient plus qu'une masse presque incapable d'agir quand ils arrivèrent où Broussier les attendait, et ils y étaient à peine qu« le second bataillon de la 17° couronna le fossé et commença à bout portant un feu destructeur; à ce moment, l'arrièregarde acheva de faire volte-face, chargeant avec fureur, pendant que le colonel Broussier, à la tète de ses trentesix chasseurs du 19°, se précipita également sur eux. La déroute fut complète et joncha la terre de huit cents morts. Le nombre des blessés dépassait mille, et les insurgés, qui des hauteurs avaient vu cette boucherie, ajjandonnèrent leurs positions et se retirèrent sans même défendre la plus formidable partie du passage des Fourches. Ce combat eut lieu entre Arienzo et Arpaja, à l'endroit môme où les Romains passèrent sous le joug des Samnites. C'est un des faits d'armes qui concoururent le plus à faire nommer le colonel Broussier général de brigade, de même qu'il fit signaler comme s'étant distingué dans le massacre , le chef de bataillon Boj'é , aide de camp du général Duhesme, qui avait ordre de suivre le mouvement, et qui de sa main tua plus de quinze

L'ATTAQUE DK N'APLES. 371

hommes, ce qui n"a rien d'extraordinaire pour qui a connu ce gros garçon, donnant toujours tête baissée et combattant comme un bœuf. Par suite de ce succès, l'armée se trouvait débarrassée d"une agression menaçante; elle pouvait commencer librement ses opérations définitives.

Le 20 janvier, notre division quitta ses cantonnements et Caserta pour se diriger sur Naples, et ce mouvement, auquel cependantles Napolitains devaient s'attendre, fit surprendre à Aversa un colonel et trois cents cavaliers, un équipage de pont, cent cinquante caissons et quinze pièces de canon, qui tombèrent aux mains du général Dufresse, sans qu'il fût fait la moindre démonstration pour les défendre. Quant à la gauche, elle dut combattre pour passer les fossés des Régi Lagni et s'emparer de Pomigliano d'Arco, qui, enlevé au pas de charge, fut brûlé, tandis que ses habitants étaient passés par les armes. C'étaient là des représailles trop souvent renouvelées dans cette campagne, et cependant inévitables visà-vis des forcenés que le moindre espoir de succès exal" tait au point de les porter aux tueries les plus sanglantes. Vers le soir, la première division poussa son avantgarde vers Licignano et la troisième à Melito.

Enfin, dès le 21 janvier au matin, l'armée continuant son mouvement en avant, l'ordre fut donné de serrer Naples au sud-est et de couronner les hauteurs qui la dominent au nord et au nord-est. En conséquence, la brigade Girardon marcha sur la belle position de Gapodimonte, trouva une résistance à laquelle nos troupes n'étaient pas accoutumées, et, la fusillade demeurant impuissante contre des hommes nouveaux et plus acharnés que ceux auxquels ils succédaient, il fallut former des colonnes d'attaque pour rompre les lignes, les mettre en déroute et rester vers le soir maîtres de la position. En même

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temps, la première brigade de la première division se '

dirigeait sur Capodichino, que Tennemi occupait en j

force avec du canon. Là encore des troupes de ligne, !

des Suisses, figuraient au premier rang; chacun de ces !

soldats, ayant derrière lui des lazaroni prêts à le tuer |

au premier signe de défaillance, se trouvait dans l'alter- :

native d'une mort certaine ou d'une mort chanceuse; i

préférant la seconde, il ne s'exposait pas à la première et ! combattait en héros. Cet engagement fut assez long et

très acharné; enfin il nous livra, et la position, et toute 1

l'artillerie qui la défendait. '

Tandis que la droite obtenait ces succès, la division i Duhesme livrait de terribles combats. Le même jour, \ vers huit heures du matin, le général Monnier, précédant I le général Duhesme, s'avançait de Pomigliano pour ■ prendre position au delà de Poggioreale. En appro- ' chant de ce hameau, ses éclaireurs avaient été arrêtés i par une fusillade vive et soutenue; l'avant-garde, qui \ les avait renforcés, avait été reçue par des feux de pelotons et à coups de canon ; mais les troupes arrivant com- il binèrent un mouvement à revers et une charge en avant, i s'emparèrent des canons et abîmèrent le corps des Na- i politains, dont une faible partie rentra à Naples, en se i jetant dans les terrains coupés qui se trouvent à droite ] et à gauche de la route dite de Capoue. j

C'est alors que le général Duhesme commit la seule \

faute que je lui aie vu commettre, mais qui fut à la l'ois |

une faute militaire et une faute de discipline. Il était J

parvenu à l'endroit oii il devait s'arrêter; il lui était re- , commandé d'abord d'attendre que les colonnes de droite

fussent en ligne; or, ayant commencé leurs opérations ■ plus tard que la gauche, elles ne pouvaient y être; elles n'y furent même que dans l'après-dîner; déplus, ilavait l'ordre de n'attaquer Naples que le lendemain matin.

FAUTE DU GENEKAL DCHESME. 333

Outre cela, il n'avait pas encore été rejoint par le colonel Broussier, auquel il avait dû confier son plus beau régiment, si bien que tout, à moins d'ordres contraires, lui faisait un devoir de ne rien entreprendre ce jour-là; mais l'avantage que ses premières troupes venaient de remporter, et l'espoir que la brusque rentrée à Naples d'un millier de fuyards y jetterait un découragement dont il pourrait profiter, l'entraînèrent à ne pas donner de répit à l'ennemi. Le souvenir de Pescara, de Gacte et de tant d'autres bonnes fortunes de cette campagne contribua sans doute encore à exciter son audace et ses espérances. Que dirai-je? Ce général, qui à l'armée du Rhin avait été surnommé le général Baïonnette, n'était pas homme à s'arrêter facilement; enfin cette contagion, qui devant Gapoue rendit le général Macdonald coupable d'une semblable faute, fit succomber le général Duhesme à la tentation de prendre Naples à lui tout seul, c'est-à-dire de faire, vis-à-vis d'un ami et d'un chef, ce que le général Macdonald avait fait vis-à-vis d'un chef dont il s'était déclaré l'ennemi. Bref, le général Duhesme s'avança sur le faubourg de Capoue, assez près pour être forcé de soutenir une canonnade, qui commença à lui révéler son imprudence et que cependant il ne pouvait plus cesser le premier, sans risquer d'exalter la frénétique ardeur des Napolitains en leur laissant l'apparence d'un premier avantage.

Dans la nécessité où il se trouvait de soutenir coûte que coûte l'offensive, il ordonna au général Monnier d'enlever le faubourg. Aussitôt celui-ci forme deux colonnes d'attaque, l'une de la 64" de ligne, l'autre de la 2" légion cisalpine, et soutenu parle feu de notre batterie d'artillerie légère, il s'avance sur le faubourg que défendent six pièces d'artillerie et des milliers de lazaroni, d'habitants et de soldats. Tout ploie devant lui; son aide

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de camp Demoly, mis à la tête de deux compagnies de grenadiers et devançant les colonnes, se précipite sur les pièces; trois rapidement retirées lui échappent; trois restent en son pouvoir; le général Pionnier arrive; on combat corps à corps; bientôt la baïonnette fait raison de la résistance, et nos soldats sont maîtres de la place Capouane, encore séparée de la ville par le massif d'une vieille porte flanquée de deux tours. Mais être maîtres de la place n'était pas être maîtres du faubourg. Toutes les maisons, en effet, étaient fermées et remplies de tireurs jusqu'aux faîtes ; des fenêtres de tous les étages, à travers des meurtrières et du haut des combles, des terrasses aussi bien que des lucarnes, partait un feu terrible. Point de mire pour tous ces forcenés, le général Monnier tomba bientôt grièvement blessé. On s'empresse de le soustraire à de nouveaux coups; une foule de ses porteurs sont frappés autour de lui; on parvient cependant à le sauver; mais, privées de leur chef, ses troupes se découragent, et, comme devant Capoue, la retraite s'opère, après qu'on a déjà perdu beaucoup de braves et qu'on a hors de combat un des trois généraux de brigade les plus distingués de cette armée (1).

Le général Duhesme, qui avec moi suivait le mouvement du général Monnier, rejoignit le restant de ses troupes du moment où il jugea que ce général était en possession du faubourg; mais en môme temps il aperçut une colonne napolitaine d'au moins trois mille hommes qui, ayant débouché du pont de la Madeleine, filait par notre gauche et cherchait à gagner nos derrières pour s'y réunir à quelques corps d'insurgés qui nous surveillaient. Aussitôt il m'ordonna de marcher contre elle, avec un bataillon et cent chasseurs, et de la

(1) Maurice Mathieu, Kellermann et Monnier.

pnKMiiii! loin ni-: luttes. 3-5

rejeter dans Naples. Aj^ant beaucoup moins de chemin à faire pour la joindre, qu'elle pour arriver à son but, j'étais maître de l'attaquer en tête ou en queue, et je me portai sur sa gauche, de manière à la mettre dans l'impossibilité de combattre sans manœuvre, ce qui pour moi était décisif, attendu qu'elle ne pouvait faire un mouvement sans prêter le flanc à ma cavalerie. L'effet répondit à mon attente. Mes intentions à peine jugées, elle s'arrêta, et, un instant après, n'osant plus même se reployer par le pont de la Madeleine, elle se retira vers les contreforts du Vésuve, où je n'avais ni mission ni motif de la poursuivre. Par suite de la distance qu'elle maintint entre elle et moi, je n'eus d'engagés que mes tirailleurs; quant à mon escadron, je me gardai de l'aventurer contre trois mille hommes et plus, qui marchaient avec assez d'ordre et d'ensemble pour me convaincre que cette colonne était en partie composée de troupes réglées; de même, une halte d'une demi-heure m'ayant suffi pour être certain qu'elle ne rétrograderait pas, je rejoignis le général Duhesme.

Or je l'avais à peine quitté qu'il avait su le désastre du général Monnier. Frappé de la gravité d'un tel échec, et dans l'espoir de le réparer, il prépare de suite une nouvelle attaque; il fait réunir les 30° de ligne et 27° légère, et, encore que sa blessure à la bouche lui permette à peine d'articuler quelques mots, il les pérore et les met en mouvement; mais hors d'état de les conduire lui-même, il charge son premier aide de camp Ordonneau de le suppléer à la tête de ces troupes. Ordonneau part, attaque avec vigueur, rompt la ligne napolitaine qui lui barre le passage et franchit la formidable entrée du faubourg; mais à peine est-il parvenu sur la place qu'il reçoit un coup de boulet, tiré à travers la vieille porte dont j'ai parlé. Cette blessure

produit le même effet que celle reçue par le général Monnier; les troupes s'ébranlent, le feu des croisées, qui a recommencé et nous coûte à chaque instant de nouveaux braves, achève de rendre la situation intenable; une seconde retraite s'exécute comme la première. Alors, exaltés par cette nouvelle victoire, les Napolitains se précipitent en foule sur les pas de nos soldats et continuent à diriger sur eux un feu meurtrier; enfin éclairés sur l'importance de conserver leur faubourg, ils le couvrent de milliers de tirailleurs, de troupes en ligne et en masse, et mettent en avant de son entrée douze nouvelles pièces, qui battent à feu direct et à feu croisé la route de Capoue, route construite sur chaussée ou digue et, pendant près d'une lieue, droite comme un ruban.

C'est immédiatement après ce second insuccès que je rejoignis le général Duhesme. L'état dans lequel je le trouvai est indescriptible, tant je le vis navré de la piètre manière dont il débutait en présence de tant dautres généraux, sous les yeux du général en chef. Il payait cher sa faute, mais elle était faite; la partie était engagée; laisser finir la journée en faveur des lazaroni était s'avouer battu. Que faire? Ce faubourg était devenu moins abordable que jamais, et, comme il forme sur ce côté de Naples une avancée, presque une espèce de bastion, nous ne pouvions attaquer que lui. Enfin, le jour allait baisser, et, pour se décider comme pour agir, il ne restait pas un moment à perdre, de même qu'il ne restait pas de doute sur la nécessité d'une troisième attaque.

Le général Duhesme avait avec lui six colonels français (4) et un cisalpin, dans le nombre des premiers deux

(1) Des 27" légère. 30°. 64° et 73° de ligne. 2'' de légion cisalpine. 7° et 25>' de chasseurs à cheval. Le 16° de dragons nous avait quittés, et le 17° de ligne n'était pas encore revenu de Benevento avec le colonel Broussier.

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