‹ Mémoires;Chapitre 140 sur 222 · TRIPOTAGE D'AUTORITE · texte numérisé non relu

TRIPOTAGE D'AUTORITE

temps des concessions passé, le général Duhesme, dans une Relation destinée à paraître dans je ne sais quel journal, et tout en s'attribuantrhonneur des dispositions prises, me rendit cependant la justice qu'il me devait, et voici comment j'en fus informé. Le général Duhesme, qui n'avait pas encore remplacé le jeune Payen, son secrétaire devenu sous-lieutenant, fit faire, pendant quelques jours, et en double, ses copies dans mon bureau; il laissait ses minutes que mes secrétaires brûlaient. Or il advint que Le Roy fut chargé de copier cette Relation ainsi qu'un rapport qui m'intéressait au même degré [l). et, comme il trouvait dans l'une et l'autre pièce la rectification d'un fait qui l'avait si grandement scandalisé, il mêles apporta au cas où je jugerais utile d'en conserver les brouillons. C'est ainsi que je connus la Relation, dont j'acceptai avec plaisir le dédommagement; et, depuis que j'ai entrepris d'écrire mes Mémoires^ je suis plus heureux encore que de telles pièces existent; malgré l'inexactitude de plusieurs détails, elles attesteront la vérité de ce que j'écris.

Cependant, après notre première journée de luttes devant >'aples, le général en chef n'en était plus à se méprendre sur ce dont étaient capables ces effroyables lazaroni, l'élite de cette nation en fait d'exaltation, de fanatisme et de mépris de la mort. Mais il avait à Naples un parti par l'entremise duquel il se trouvait maître du fort Saint-Elme; il occupait toutes les hauteurs qui dominent la place, et, le faubourg Capouan n'étant plus

(1) Cette seconde pièce est le rapport du général Duhesme au général en chef sur la quatrième attaque du faubourg Capouan; elle est. comme toutes les rédactions de ce genre, assez inexacte par ce fait qu'un général ne peut manquer de s'attribuer par la tournure de ses phrases, à l'aide de détails complémentaires ou de sous-entendus, le mérite de l'initiative et de l'inspiration, qui bien souvent appartiennent à des subordonnés.

qu'un cloaque de sang et de ruines, il avait pensé que le courage des habitants et surtout leur espoir pourraient être ébranlés; il crut donc le moment venu d'ouvrir une porte au repentir et peut-ctre de sauver Naples de la destruction. Ces considérations le déterminèrent, le 22 janvierdès la pointe du jour, à envoyer aux magistrats de Naples le chef d'escadron Gauthrin, comme parlementaire chargé de leur remettre une proclamation; cette proclamation devait éclairer les habitants sur leur véritable intérêt, mais l'illusion fut courte. La ville d'ailleurs n'avait plus de magistrats, et la vue de Gauthrin ne fit qu'exciter de plus en plus la populace et faire renouveler les plus affreux serments; aussi ne fut-il répondu aux appels du trompette de Gauthrin que par des coups de fusil. Un dernier espoir décida Gauthrin à se porter en avant de sa personne, et son dévouement ne servit qu'à faire redoubler le feu : il reçut une balle dans l'arçon de sa selle; quelques hommes furent blessés autour de lui; il dut se retirer.

Dès lors le seul parti qui restait était de continuer la lutte, qui d'ailleurs n'avait pas cessé, le feu n'ayant été interrompu sur aucun point de la ligne; pendant toute la nuit le canon s'était mêlé à la mousqueterie, pour redoubler encore aux premières lueurs du jour. Le général en chef ordonna donc d'exécuter les mouvements nécessaires.

Par des chemins détournés deux bataillons se portent sur le fortSaint-Elme, où le prince Moliterno a arboré le drapeau tricolore: ils y arrivent; notre drapeau flotte réuni à celui des patriotes; à un signal convenu, toutes les batteries de ce fort commencent un feu roulant, qui détermine l'ébranlement de toutes nos colonnes de droite et qui, dirigé sur les points que nos troupes vont assaillir, est soutenu par le feu convergent de notre artil-

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