‹ Mémoires;Chapitre 145 sur 222 · FEU AUX POUDRES · texte numérisé non relu

FEU AUX POUDRES

retraite deviendrait nécessaire par sa position ou par mes ordres, c'est-à-dire dans les hypothèses d'un incendie ou dans celle du départ du bataillon de la 11% cas dans lequel elle serait remplacée par une autre.

Au nombre des maisons où, au delà du faubourg de Capoue, on continuait à nous faire le plus de mal, s'en trouvait une assez grande et qui, par quatre étages de feu, contribuait fortement à rendre l'avancée de la porte Capouane intenable. S'en emparer eût été meurtrier, l'occuper ensuite nous morcelait, et, profitant du remplacement de la compagnie de la 11* dans mon magasin de cartouches, j'ordonnai de me rapporter le plus de cartouches possible et deux barils de poudre. La nuit approchant allait doubler l'effet sur lequel je comptais. Les barils arrivés, pendant que cinquante hommes tiraient dans les fenêtres, j'ordonnai à quatre sapeurs de se porter rapidement à cette maison, d'en enfoncer la porte à coups de hache et de frayer ainsi la route à quatre canonniers,qui défonceraient les deux barils sous Tescalier, en allumeraient les mèches, puis se sauveraient. Tout cela s'exécuta tellement à point que mes hommes n'avaient pas encore repassé la porte Capouane quand l'explosion fit sauter non seulement tous les planchers de la maison, mais tous les lazaroni qui s'y étaient entassés, et les maisons contiguës se trouvèrent ébranlées. L'effet fut décisif; de cette rue, d'où nous avions été le plus incommodés, il ne nous vint plus un seul coup de fusil: bientôt même le feu des rues voisines, qui débouchaient sur celle-là, diminua assez pour que je pusse placer des postes avancés. L'espèce de répit que cette explosion me procura vint même d'autant plus à propos que la 64* me quitta pour renforcer encore le colonel Broussier, qui recevait enfin l'ordre d'attaquer le lendemain, à la pointe du jour, et d'enlever le pont de la

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Madeleine, de prendre le fort del Carminé et de brûler le Picco-3Iolo, principal quartier des lazaroni.

Après tant de pertes et de si terribles exemples, le général en chef avait espéré qu'enfin les lazaroni viendraient à jubé pendant la nuit qui allait s'écouler; mais rien ne pouvait calmer leur frénésie, et, pendant qu'une partie de nos soldats réparaient leurs forces épuisées et se préparaient à de nouveaux combats en dormant au milieu des cadavres et des décombres, l'autre partie soutenait des attaques de vive force sans cesse renouvelées. Deux des forts napolitains, le fort del Carminé et le fort Neuf, tenaient encore; le pont de la Madeleine continuait à être au pouvoir des forcenés à qui restaient encore douze à quinze pièces de bataille. Maîtres des deux tiers de la ville et des parties les moins accessibles, secondés par l'insurrection des campagnes, les lazaroni comptaient encore sur l'inutilité de nos efforts, ils espéraient un succès et se persuadaient que notre destruction totale en serait la prochaine conséquence.

Le commencement du jour fut digne delà nuit; à peine put-on se distinguer que nos postes furent assaillis avec un redoublement de fureur. Sur la droite le fort Neuf, que l'on parvint à aborder en comblant quelques parties du fossé ou en le rendant praticable avec des charpentes, des débris de maisons ou des meubles, fut escaladé au moyen d'échelles, découvertes pendant la nuit, et enlevé à la baïonnette par le 11" de ligne; sa prise fut un coup de foudre pour les lazaroni, qui nous disputaient encore ce quartier de Naples et qui de suite furent abîmés par Tartillerie du fort; pendant ce temps le général Kellermann achevait de nettoyer les approches du château, et d'enlever les dernières pièces de canon qui nous menaçaient encore de ce côté.

Sur la gauche, en ce qui me concerne, à l'exception

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d'un seul, tous mes bataillons donnèrent; mais, grâce à mon artillerie légère, les rues adjacentes au faubourg de Capoue encombrées de nouvelles masses de lazaroni furent balayées de manière à me permettre enfin de me déployer au delà de la Porte. Quant à Broussier, qui pendant la nuit avait reçu les derniers renforts, il marcha dès la pointe du jour sur le pont de la Madeleine. Sans parler de six à huit mille lazaroni, six cents Albanais et six pièces d'artillerie concouraient à la défense du pont, et toutes ces forces opposèrent la résistance la plus opiniâtre et la plus longue. Plusieurs heures laissèrent la question indécise; enfin, nos trois pièces d'artillerie légère étant parvenues à ouvrir des vides dans les rangs ennemis, le colonel Broussier jugea que le moment d'en finir était venu, et six compagnies de grenadiers s'élancèrent au pas de course et franchirent le pont. Les six pièces qui le défendaient furent prises, et les lazaroni, malgré leur intrépide attitude, une fois abordés, furent enfoncés et bientôt écharpés par le 25* de chasseurs à cheval; dès lors, tout fut désastre pour ces misérables. Quant aux Albanais, ils conservèrent leurs rangs jusqu'au moment où ils se trouvèrent débarrassés des lazaroni, qui les avaient placés entre deux feux et tuaient (juiconque se battait mal. Sitôt qu'ils virent leurs terribles surveillants renversés, ils se jetèrent tous à genoux et demandèrent grâce. On leur fit quartier, mais aucun d'eux n'étant rentré dans le fort del Carminé, où la cavalerie empêcha les lazaroni de se jeter, ce fort fut de suite occupé par un bataillon de la ll\ 11 ne restait plus au colonel Broussier, pour accomplir sa triple mission, qu'à brûler le Picco-Molo, et il allait porter la torche au sein de ce repaire, lorsqu'un émissaire du général en chef l'arrêta.

En effet, à l'exception du centre de la ville et duquar-

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tier des lazaroni , tout était vaincu ; l'esiDérance l'était comme les hommes. Quelques milliers de forcenés hurlaient encore, mais leurs cris n'avaient plus d'échos, et €ette dernière convulsion du monstre n'attestait que son agonie. Le général en chef, qui au dernier degré alliait les qualités qui honorent l'homme à celles qui illustrent le guerrier, était sans cesse porté à arrêter l'efCusion du sang et les ravages de la guerre ; dans l'espoir qu'enfin des paroles de paix pourraient être écoutées, il envoya des émissaires aux patriotes, aux personnages les plus influents ; il persuada quelques prêtres à force d'argent, et, grâce à ces derniers, qui prêchèrent la soumission comme un effet de la volonté de Dieu, après avoir prêché la résistance au nom du même Dieu, le principal chef des lazaroni, Michèle de Laudo, Michel pour nous, fut persuadé: à sa voix, le carnage s'arrêta. C'est ainsi que, le 23 janvier 4799, s'accomplit cette prise de Naples, pour laquelle l'armée, ainsi que le chef de l'état-major général l'écrivit au ministre de la guerre, fit des prodiges et les généraux, comme l'écrivit le général en chef au Directoire, firent des miracles. Le général Duhesme arrivait alors dans le faubourg de Capoue, où il se montrait pour la première fois; il venait à j^eine de nous apprendre cette pacification presque aussi nécessaire aux vainqueurs qu'aux vaincus, lorsque le général en chef, suivi de tout son état-major, parut et s'arrêta au milieu des ruines, des débris et des trophées. Le général Duhesme alla aussitôt à lui, et, malgré la difficulté avec laquelle il parlait encore, il fit le rapport de ses opérations contre Naples; dans ce rapport, ma part fut relatée en termes les plus honorables, et le général Duhesme terminapar ces mots hautement proférés : «Blessé, je n'ai pu conduire les attaques; mais, partout où était Thiébault, j'étais aussi tranquille que si j'y avais été moi-

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