EXPEDITION DANS LA CALABRE
Olivier devait, d'après ses instructions, prendre position en avant de la forêt de Nera et de là, par des colonnes mobiles, contenir le pays, correspondre par sa gauche avec le général Duhesme, puis établir des relations avec Cosenza, et faire en sorte de savoir ce qui se passait en Sicile et surtout à Messine. A cela devaient se borner les préliminaires de son expédition jusqu'à l'arrivée des renforts attendus de Rome et des Abruzzes; car le général en chef, qui était pressé de montrer le plus tôt possible des soldats français dans ces régions, ne voulait pas non plus les engouffrer loin de lui, sans être sûr d'être assez fort pour maintenir avec eux ses communications.
Suivant ce plan, la forêt de Nera dépassée, le général Olivier s'était arrêté, et lorsque, à Naples. arriva cette nouvelle, elle y causa non seulement un désappointement, mais presque un chagrin. On se récria; des réclamations furent adressées auprès du général en chef. Les Calabres étaient prêtes pour la liberté; elles n'attendaient, disait-on, que nos soldats. Mais, incapable de prendre des espérances pour des garanties, le général en chef tint bon, quant à ses troupes, et se borna à autoriser le gouvernement napolitain à faire devancer le général Olivier par une colonne indigène, ce qui même, et bien plus que la vue de soldats étrangers, semblait fait pour entraîner et exalter des hommes aussi impressionnables que les Calabrais.
Dans son illusion, le gouvernement napolitain jugea un millier d'hommes suffisant pour rallier à la République tout le littoral de la Méditerranée, et les troupes, qui se réorganisaient, assez bien composées pour fournir à cette colonne des hommes dévoués. Restait le choix du chef; il se porta sur le prince Pignatelli, et tout le monde fut convaincu que ce prince, par ses moyens, son caractère, joints à l'influence de son nom, de son rang.
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garantissait le succès; mais il se déclara malade, et, encore que l'on pensât qu'il n'y eût de malade en lui que la bonne volonté, c'est-à-dire que des considérations politiques le déterminaient à |feindre une indisposition qu'en pareille occurrence Thonneur suffit pour guérir, il fallut le remplacer, et ce premier malheur s'accrut par la fatalité qui fit confier le commandement à un nommé Schipani, révolutionnaire, qu'une déplorable erreur tira un moment de l'obscurité et que la honte y replongea.
De fait, ce Schipani, d'un caractère follement chevaleresque, au lieu d'aller droit au-devant des dix mille Calabrais patriotes qui l'attendaient, voulut commencer par faire acte de capitaine et alla s'écraser follement contre un mauvais castel, dont une poignée d'hommes, sous un bon chef, aurait eu facilement raison. Son échec eut un grand retentissement; le parti opposé se renforça, et, à satôte, le cardinal Ilulïo put former des entreprises et notamment occuper Cosenza, dont la prise était décisive; d'autres prises suivirent, et la province qui de tout le royaume de Naples était la plus digne de la liberté fut la première à rentrer sous le joug. Bien que nos troupes n'eussent en rien été engagées dans ces revers, nous n'en partagions pas moins les conséquences.
Quels que fussent ses succès, le cardinal RufTo s'était bien gardé de se mettre en ligne. Prévenu de la nouvelle coalition formée contre nous, des forces avec lesquelles nous allions nous trouver aux prises dans la haute Italie, et des débarquements qui allaient s'eiïectuer dans la Fouille et sur les côtes de la Méditerranée, il jugea devoir achever avant tout de se fortifier en Calabre; mais, s'il ne marcha pas en forces contre le général Olivier, il le fit observer par des bandes d'hommes choisis, qui ne le perdaient pas de vue. Le général Oli-