‹ Mémoires;Chapitre 173 sur 222 · ANDRIA — TRAM — SAN SEVERO · texte numérisé non relu

ANDRIA — TRAM — SAN SEVERO

l'un ni les autres; il garantissait que rien de grave ne serait oublié ou mal jugé, et il ne restait plus au général Duhesme qu'à se défendre de ce qui pouvait tenir à la partialité ou à l'exagération. Aussi le résultat fut-il heureux et rapide à ce point que, dans l'importante contrée que la division traversa, l'anarchie ne fut pas moins comprimée que la révolte, et que, avant même que nos troupes y entrassent, Troja, Lucera et Bovino, ces trois clefs de la Fouille, envoyèrent des députés au général Duhesme, pour lui déclarer qu'elles se soumettaient.

Cependant, et indépendamment de quelques troupes qui tenaient la campagne, d'autres villes, et trois surtout, maintenaient déployé l'étendard de la révolte; c'étaient Andria, Trani et San Severo, qu'on appelait le quartier général de l'armée coalisée de la Fouille et des Abruzzes. De ces trois villes, la première était occupée par 8,000 hommes, et chacune des deux autres par 10,000. Ces rassemblements étaient formés de soldats des corps que nous avions battus et de paysans commandés par des officiers de l'ancienne armée et par des prêtres ; mais celui de San Severo, colonie albanaise, et de tout temps repaire de brigands, comprenait en outre, et indépendamment d'un grand nombre de bandits, un corps de galériens, dont le roi de Naples avait fait briser les fers peu avant son départ pour la Sicile.

L'importance de ce rassemblement, l'emplacement de la ville, que couvrait un mamelon d'oliviers et dominant la plaine dans une position très militairement occupée, la nécessité d'en faire raison avant de se porter contre Andria et Trani, ne purent laisser de doute sur la nécessité d'ouvrir la campagne par sa destruction. Un dernier motif ajoutait à la force de ces considérations : San Severo flanquait la communication de la Fouille à la Fescara; et c'est parla qu'il fallait non seulement avoir

des nouvelles de Coutard, itiais encore envoyer aux bataillons et détachements qui l'avaient rejoint Tordre de se rendre à Foggia.

L'attaque de San Severo fut donc ordonnée, le général Forest arriva le premier à la vue des rebelles; comme, d'après Tordre qu'il avait reçu, il fila sur sa gauche pour les tourner, ils crurent quil n'osait aj)piocber d'eux, et en réjouissance, ils mêlèrent le son des cloches à de véritables hurlements de joie. Mn ce moment apparut le général Duhesme, qui n'ébranla pas leur audace; au contraire, dès qu'il fut à portée, ils firent commencer contre lui le feu de toutes leurs pièces, feu auquel on dédaigna de répondre et qui n'interrompit pas un instant le mouvement des troupes se portant à leurs places d'attaque; mais à peine y furent-elles, un coup de canon servant de signal partit, et fut immédiatement suivi du feu redoublé de nos trois pièces; la charge battit, et toutes les troupes s'élancèrent sur l'ennemi. Les lignes qui la couvraient ayant été bousculées, la ville fut à la fois jîénétrée et tournée, enveloppée de cavalerie, qui sabra tous les fuyards. (Juant à ceux qui restèrent dans la ville, ils n'échappèrent pas davantage à la fureur de nos soldats, excepté toutefois ceux qui, s'étant abrités de leurs femmes et de leurs enfants, obtinrent ainsi une grâce qu'ils ne méritaient pas.

Contre les dix mille fanatiques qui défendaient San Severo et qui la défendirent si courageusement que près de la moitié d'entre eux furent tués ou blessés, le général Duhesme n'avait pris avec lui que deux mille cinq cents de ses hommes, bien qu'il en eût sept mille à sa disposition; mais c'est là ce qui caractérisait véritablement cet homme de guerre, c'est qu'il évaluait avec une admirable précision les conditions d'une opération. Trop de troupes mises en action est faiblesse : trop peu, témérité.

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