‹ Mémoires;Chapitre 185 sur 222 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Cependant, d'après l'ordre qu'il avait reçu de se rendre auprès du ministre delà guerre, le général Championnet était arrivé à Milan; là il avait été arrêté et conduit à Grenoble, où il devait être jugé et d'où il adressa encore au Directoire quatorze drapeaux pris par son armée aux ennemis de la France. On le voit, rien ne manqua à Tinfamie des procédés, mais aussi le scandale et l'indignation étaient à leur comble. A l'exception d'un seul, tous les généraux français, tous les Français dignes de ce nom, rendirent à l'envi hommage aux qualités, au mérite et à la gloire de Championnet: le général Moreau, qui ne le trouva plus à Milan, où il se rendit exprès pour le voir, lui écrivit en lui exprimant ses regrets et sa sympathie. Le général Joubert déclara officiellement au Directoire que cette affaire des généraux de l'armée de Naples méritait autant d'attention que de réserve. Le président du tribunal qui devait juger ces généraux, après sa première conférence se rendit à Paris, muni de pièces sans réplique et de nature à mettre les accusateurs en cause.

Quant aux généraux Duhesme, Broussier, Rey et Dufresse, ils furent conduits de même en criminels à Grenoble, et soixante-dix jours s'écoulèrent sans qu'il fût pour eux question de justice; mais, après le 30 prairial, le Directoire, débarrassé de Larévellière-Lépeaux

et de Merlin , anéantit cette procédure, qui n'était basée que sur des monstruosités, mais qu'envenimait de toute sa puissance de 1793 cet homme, qui pour moi sera toujours le Merlin de Tournai, où il voulut faire guillotiner mon père, parce que mon père n'avait pas sali ses mains de l'argenterie des églises (1). En dépit de ses billets d'enterrement, où Ion ne rappela que ce qu'il fut depuis le Directoire, il sera pour l'histoire le commissaire de la Convention, collègue des Lebon, des GoUot d'ilerbois, des Carrier, et, par la loi des suspects, le promoteur des autodafés révolutionnaires. Devenu comte, il aurait dû se voir attribuer pour armes une guillotine et pour dotation les sanglots qu'il avait fait répandre. Parvenu à une grande vieillesse et encore qu'il soit mort l'époux d'une comtesse de l'ancien régime, encore qu'il ne liU plus que le Journal des Di-hals, il n'en est pas moins resté, pour l'honneur de Louis-Philippe, exclu de la pairie, à laquelle, et comme auteur de son grand ouvrage sur la jurisprudence, personne n'avait plus de titres que lui (2).

Pour en revenir aux généraux sacrifiés, le Directoire avait fait une première amende honorable en remplaçant Faypoult. Sous la protection de leur grand prévôt, c'est-à-dire du général en chef Macdonald, les commissaires avaient régné souverainement à Naples, et tout ce qui les offusquait avait été frappé.

Faypoult fut remplacé par un Félix Bodard, qui prit son rôle en prenant sa place et continua légalement le système des remises et des profils, qui s'élevèrent pour la commission à deux millions et demi. Le contrôleur

(1) Voir t. I, p. 366.

(2) Son fils était à peine lieutenant général, lorsque le vieux Merlin mourut; de suite il fut élevé à la pairie, cette dignité lui étant conférée pour attester que les souvenirs révolutionnaires avaient seuls empêché le père d'en être revêtu.

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