NOUVELLES DESTITUTIONS DE GENERAUX. 48T
ses cordons et ses plaques furent envoyés au général en chef.
La Calabre restait seule à sounnettre; mais elle pouvait maintenant être attaquée de front et de revers, et, en dépit du cardinal Rufîo, elle ne faisait pas prévoir une sérieuse résistance; la campagne pouvait commencer sans retard, les plans du général Championnet, qui venaient de servir si heureusement Broussier dans la Fouille, allaient être complétés du côté des Calabres; la gauche, conduite encore par les inspirations de son ancien chef, était prête à couronner son glorieux rôle, lorsque le général Duhesme et le général Broussier furent à leur tour sacrifiés pour avoir été les amis et, dans leurs positions respectives, les émules d'un de nos meilleurs généraux en chef et du plus honnête homme du monde*. Encore faut-il dire qu'ils étaient parfaitement étrangers aux différends du général Championnet avec Faypoult et que, dévoués au chef que le Directoire leur avait donné, ils l'étaient, avant et par-dessus tout, à leur devoir, à leur réputation, aux intérêts de la patrie. Et cependant ils furent arrachés à la division dont ils étaient l'honneur, à des troupes qui les adoraient, accoutumées à vaincre à leur voix. Et pour que rien ne manquât à cette ironie, ces deux généraux furent traités de la manière la plus brutale; de plus, ils furent remplacés de la manière la moins brillante, et par le général Olivier, que le souvenir de sa vaillance honorera toujours, mais que son peu de capacité laissait loin de son prédécesseur, et par l'adjudant général Sarrazin, qui dut à cet avancement Tunique profit d'arriver plus tard aux galères avec le grade de général de brigade.
A peine nommés, les généraux Olivier et Sarrazin partirent pour leur nouvelle destination, en se faisant très inutilement suivre par le restant de troupes que l'on
avait si intempestivement immobilisées à Benevento et à Avellino, dans le seul but de retenir le général Duhesmc et de lui ôter roccasion d'utiliser encore son zèle et ses talents, premier présage du coup qui lui était destiné. C'est le 9 avril que le général Olivier arriva à Bari, et c'est par lui que le général Broussier reçut les ordres odieux qui le concernaient, ordres contre lesquels il échangea le rapport du combat du matin. Ce combat était le dernier fait d'armes dont nos troupes dussent avoir à s'honorer dans ces contrées.
Les généraux Dubesme et Broussier ne furent pas, au reste, les seules victimes que le Directoire sacrifia aux ennemis de Cbampionnet. Le général de division Bcy, illustré par la prise de Gaëte, lui qui ne s'était mêlé que des communications de Naples à Rome et qui, dans celle mission, avait rendu de si grands services, fut également arrêté et le fut de même que Dufresse, qui au départ du général Sainte-Suzanne, appelé au commandement de l'armée d'Italie qu'il refusa, avait été chargé de le remplacer à Rome (1).
L'adjudant général Sarrazin s'était rendu à Cassano : et là, le 10, il apprit l'aventure du Généreux. Parti d'Ancône escortant un convoi de vivres destiné à Corfou et y portant des troupes de renfort, ce vaisseau avait trouvé l'île au pouvoir de l'ennemi; ne voulant pas remonter l'Adriatique, il avait attaqué et pris le fort de Brindisi, qui de suite avait été occupé par un bataillon de la 8' légère, et, débarrassé de ce bataillon qui gênait sa marche, il avait pris le large, poursuivi par des forces
(1) Dufresse ne fut envoyé à Rome que parce qu'il n'y avait de choix qu'entre Rusca et lui; et Sainte-Suzanne n'avait pas été préféré à Macdonald parce que, aussi estimable que Championnet. il n'oQrait non plus de garantie que comme homme de guerre d'un ordre supérieur.
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supérieures. Ainsi le bataillon isolé sur ce point de l'Adriatique ne devait pas tarder à être attaqué par terre et par mer; il avait besoin d'être secouru. Pour l'échelonner, quelques bataillons envoyés en avant auraient suffi ; mais le mouvement ne fut ordonné que le 13, jour auquel le général Olivier porta sans raison ses troupes en masse sur Cassano; il leur fit, sans plus de nécessité et dès le lendemain, occuper les villes du littoral, Mola, Monopoli, Fasano et Ostuni, où je le rejoignis; car, à son départ de Naples, je l'avais prévenu que je ne quitterais le général Duhesme qu'au moment où celui-ci partirait pour Milan.
Lorsque j'arrivai, la division entière allait s'avancer sur Brindisi, sans autre objet que de rejoindre le bataillon isolé, objet pour lequel le moindre déplacement de troupes bren conduites aurait amplement suffi. Je trouvai nos soldats confondus de ces directions inutiles, accoutumés qu'ils étaient à ne pas faire un pas qui ne fût justifié; mais, chemin faisant, j'avais été gagné de vitesse par un officier de l'état-major général, qui m'avait rattrapé à Foggia et que, depuis cette ville, j'avais amené en poste dans ma voiture, marchant môme de nuit. Cet officier apportait les nouvelles des défaites de Schérer et Tordre de se replier sur Naples. Quant au bataillon de la 8" légère, il fut invité à rejoindre la division à Ostuni, et j'assurai son retour en faisant partir une demi-brigade au-devant de lui. C'est tout ce qu'il en fallait. Toutefois j'eus le regret d'apprendre que l'adjudant général Sarrazin avait profité de ce mouvement pour faire arrêter et fusiller tous ceux qu'on lui désigna comme pouvant servir de chefs à une insurrection. Cent trente hommes furent de cette sorte assassinés par ses ordres. L'idée me parut tout simplement infernale.
Pour donner le chansre sur notre mouvement rétro-
grade, on annonça une assemblée générale et par députations de toutes les populations de ces contrées; on indiqua le lieu de la réunion ; on parla de grands projets, et, au milieu de ces propos d'autant plus ridicules qu'ils ne pouvaient pas avoir de suite et qu'ils n'abusèrent personne, la division commença sa marche en arrière; le 20 avril, après quatre jours de mouvements lents, mais continus, une partie rentrait à Foggia. De là je fis partir mon premier adjoint Picquet, pour porter à Coutard l'ordre d'évacuer les Abruzzes et de se rendre à Florence par Aquila, dont il devait réunir à lui la garnison. Et cela fait, toutes les troupes de la division quittèrent Foggia le 21, les unes pour rentrer à Naples, les autres pour remonter sur Maddaloni, en exécution de la nouvelle organisation que le général Macdonald venait de donner à l'armée. De fait, la grande retraite était commencée.