‹ Mémoires;Chapitre 194 sur 222 · DERNIER JOUR A NAPLES · texte numérisé non relu

DERNIER JOUR A NAPLES

accordé au citoyen RicciuUi, mais que des considérations impératives empêchaient qu'il ne fût délivré avant huit jours, époque à laquelle je pouvais être sûr qu'il le serait. Outré, indigné, je courus chez le Président ; il venait de sortir, je revins au gouvernement; le Président n'était pas arrivé. Il était près de dix heures, RicciuUi m'attendait depuis neuf; je me rendis chez lui pour lui prouver que je m'occupais de son affaire et pour le ramener au gouvernement, mais l'impatience l'avait gagné et, depuis trois quarts d'heure, il courait après moi; Pauline elle-même était déjà dans sa voiture; j'y montai un instant pour lui rendre un peu d'espérance et pour l'avertir de faire courir après son mari et de me l'envoyer en toute hùte; quant à elle, elle irait m'attendre chez Mme Parabita. Je retournai au gouvernement. Enfin je trouvai le Président : « Général, me dit- il en courant à moi dès qu'il m'aperçut, est- il vrai que demain toute l'armée commence sa retraite? — Et que voulez-vous que je vous en dise, ici, où je ne devrais pas être? répliquai-je vivement. A Caserta je saurai tout et, sûr de vous, attaché à ce pays comme je le suis, je me hâterai de vous informer au besoin par un courrier secret. — Mais qui vous empêche, de vous rendre à Caserta? — Vous ! car, dites-moi, quelle réponse venez-vous de me faire relativement à Ricciulli? — Ah! général, tout ce que vous voudrez. — Eh bien, les passeports, et je pars à l'instant. — M. Ricciulli les aura dans une heure. — Je ne sors pas d'ici sans les avoir. »

On court au bureau des passeports, il était fermé par ordre du Président; on enfonce la porte; on fait sauter la serrure de la table renfermant les imprimés , on les trouve, on commence à remplir les vides de celui que j'attends; vers midi on m'amène enfin Ricciulli. Il

donne les signalements; sur un billet du Président le ministre de la police arrive, signe le passeport; le Président y fait apposer les sceaux qu'il vise, me le donne, et, avec un incroyable soulagement, je le remets à Ricciulli, qui, en me comblant de remerciements, me demande quand il faut partir. « Dans quatre heures au plus. — 3Iais ce pauvre Scheel? — Scheel, qu"il vienne avec nous. — Il n'a pas de passeports. — Qu'il vienne toujours, je me charge de lui en tenir lieu. » Je quitte Ricciulli, j'arrive chez Mme Parabita; au bruit de ma voilure Pauline accourt. « Tout est fini et bien fini ; votre mari est nanti des passeports, mais avant quatre heures il faut être en roule. Je vous laisse Dath et dix chasseurs à cheval pour votre escorte; couchez à Capoue, ou du moins soyez-y demain matin à six heures sonnantes. » Avec un sentiment douloureux que nous ne cherchions pas à dissimuler, nous fîmes nos adieux à Mme Parabita. Je remis Pauline dans sa voiture, je me jetai dans la mienne et je me rendis à toutes jambes de mes quatre chevaux à Madduioni, où tout réclamait ma présence et d'où. Ion conçoit, je n'envoyai pas de courrier porter au Président une nouvelle que j'aurais pu lui dire moimême, la connaissant depuis longtemps.

A ce moment il ne devait plus rester aucun Français à Naples (1), à l'exception de ceux qui appartenaient à la garnison; et si je m'y trouvais encore, c'était par infraction aux ordres. De toutes manières j'excitai donc le zèle de mon cocher; mais, quoi qu'il eût pu faire avec ses chevaux attelés depuis sept heures du matin, il était

(1) Le 4 mai, les trois colonnes qui s'étaient portées sur Naples pour le miracle avaient traversé la ville en différents sens, ce qui était par trop théâtral ; elles reprii-ent ensuite les positions qu'elles avaient occupées le 3. puis le 6, rentrèrent au camp où le général Olivier avait ramené, le même jour, la totalité des troupes employées à la fâcheuse expédition d'Avellino.

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près de cinq heures quand, le 7 mai, j'arrivai à Maddaloni; aucun ordre n'avait encore été donné, les corps étaient répartis dans plusieurs cantonnements, et cependant la division devait avoir pris ses vivres et être en marche le lendemain matin.

Pendant que j'écrivais moi-même la liste des personnes auxquelles allaient être envoyés Tordre général de mouvement et les instructions qui devaient y être j ointes, je dictai cet ordre et ces instructions, et, pendant qu'on les copiait, je me portai au grand galop dans les cantonnements occupés par les troupes de la division, afin de prévenir verbalement les corps des ordres qu'ils allaient recevoir, statuer de vive voix sur les objections, réclamations ou demandes qui pourraient être présentées, et diriger en toute hâte deux officiers et des hommes de corv-ée de chaque corps sur Maddaloni. Du moment oii je fus de retour, je les fis conduire aux magasins, où je les rejoignis. Le commissaire des guerres m'y attendait, et, selon la force de chaque corps, tout ce qui existait de cuir, coutil, toile, drap, c'est-à-dire toutes les matières dont on n'avait pas eu le temps de faire confectionner souliers, chemises et habits, fut distribué; et ces distributions n'avaient d'autre but que de laisser les magasins vides (1). De là je rentrai chez moi, où je signai et expédiai tout le complément des ordres; j'eus bientôt réparé le temps perdu.

L'armée de Naples était réorganisée; elle formait une avant-garde confiée au général Salm (2) et deux divi-

(1) J'ai vu faire plusieurs fois de ces sortes de distributions. Les faisait-on pour ne rien laisser derrière soi en ressources d'aucun genre ou pour procurer quelque argent aux soldats, cela peut se comprendre et parfois s'approuver. Mais, ce cas excepté, ce sera toujours absurde ; car jamais les soldats n'ont été plus de deux jours sans vendre ou jeter ce qui leur avait été ainsi distribué.

(2) Le général Salm était destiné à l'armée d'Egypte, et, quand

sions : Ja première commandée par le général Olivier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Watrin et Forest, et la seconde où se trouvaient, comme commandant de brigade, le général Calvin et Tadjudant général Sarrazin, était confiée au général Rusca, ce Rusca que. malgré faits, méfaits ou forfaits, le Directoire avait promu, vers la fin de février, au grade de général de division. Quant à la première division, dont je continuai à être le chef de létat-major, elle fut formée, savoir : en infanterie des 12% 30% 13" et 97» de ligne; en cavalerie des 49" et 25" de chasseurs; en artillerie d'une batterie d'artillerie légère.

Enfin, le 8 mai, au désespoir des uns, au soulagement du plus grand nombre, à la surprise de quelques malheureux, à l'étonnement de presque personne, et pendant que l'on recevait, à Naples, une proclamation dans laquelle le général Macdonald avait tracé la conduite que devaient tenir les autorités constituées, la garde nationale et ce qui, en troupes de ligne, se trouvait organisé, l'armée entière s'ébranla dès la pointe du jour. L'avant-garde escortait le quartier général et bien entendu la bande commissariale à sa proie attachée, mais de plus un convoi d'objets d'art, convoi resté à Naples par suite du brusque départ du général Championnet et dans lequel, par suite de soins plus profitables, on oublia de comprendre l'Hercule Farnèse; cette avant-garde prit la route de la Marine et, sans difficultés ni obstacles, arriva à Rome le 25 mai. Les première et seconde divisions suivirent l'avant-garde jusqu'à Capoue, où la seconde s'arrêta, devant laisser un jour d'inter-

il arriva, le général Macdonald le retint en prenant comme prétexte la difficulté de lui assurer son arrivée à destination ; mais la véritable cause était la nécessité de pourvoir aux emplois d'officiers généraux à l'armée de Naples, qui s'en trouvait dépourvue.

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