LA FIN DES TOURMENTS
qui la veille était arrivé avec la division à Veroli, m'y attendait; il vint au-devant de moi et me conduisit à l'Evêché, où mon logement avait été préparé; un appartement spacieux, un ameublement plus que propre, une table toute prête, et surtout la manière franche et affable avec laquelle nous reçut l'évêque, homme d'une cinquantaine d'années, nous parut excessivement douce, au point de nous émouvoir.
Lorsque Dath nous eut installés, il partit pour rejoindre la division à Anagni, rendre compte au général Olivier de ma situation et me suppléer jusqu'à ce que je pusse rejoindre. L'évêque, nous ayant tenu compagnie un quart d'heure, rentra dans son appartement et nous laissa seuls. « Ah! mon Dieu, me dit Pauline, quel métier est le vôtre! Hier dans le sang et dans la boue, aujourd'hui dans un palais. Partout entre la mort et la gloire, et vous êtes constamment près de toutes les jouissances ou de toutes les tortures. » A ce moment où j'entrevoyais un excellent repas en aimable tète-à-tête, je n'eus pas grand mérite à me trouver loin des tortures.
N'ayant aucune nouvelle de nos voitures, nous nous étions mis à table et nous mangions le dessert, lorsque tout notre monde arriva. On resservit un nouveau dîner; l'après-midi fut consacré à des détails de toilette qui ne furent de luxe pour personne; depuis cinq jours, je n'avais pu ni me raser, ni changer de linge. La fatigue nous sépara de bonne heure, et ce ne fut que vers huit heures, le lendemain matin, que nous quittâmes notre digne évêque pour nous rendre à Anagni.
A moitié chemin, nous trouvâmes un beau couvent, où les religieux nous firent servir un fort bon déjeuner; et c'est pendant ce déjeuner que le prieur. Français de naissance, me raconta que des soldats de la 97% buvant ensemble, la veille, dans ce couvent, s'étaient vantés
de la manière dont ils avaient mis le feu à ma maison, à Isola, et comment ils avaient juré contre des grenadiers qui les avaient empêchés d'attaquernos équipages.
Dath avait également fait préparer mon logement à Anagni; c'était une maison non habitée, mais très jolie, remarquable par un salon au second étage, éclairé à l'italienne; la municipalité y avait fait préparer un charmant repas, pour lequel chaque couvent de femmes avait fourni son plat de friandises. Le 15 mai, nous partîmes d'Anagni, assez tôt pour pouvoir, en doublant l'étape, rejoindre la division; nous allâmes, en conséquence, dînera Valmontone et coucher à Frascati, où nous arrivâmes fort tard et où nous eûmes toutes les peines du monde à nous procurer à souper. La municipalité se conduisit même assez lestement à mon égard, ce qui me décida à envoyer chercher par ma garde tous ses membres et à leur déclarer qu'ils demeureraient en arrestation jusqu'à ce que le souper fût servi. Quatre cuisiniers arrivèrent aussitôt, et, à deux heures du matin, en mangeant ma première cuillerée de soupe, je mis mes otages en liberté. Cette plaisanterie nous sauva un jeûne et nous fit rire.
Il était trois heures et demie quand nous sortîmes de table. Devant nous mettre en route à quatre heures, personne ne se coucha; nous partîmes même avant la division, et six heures sonnaient comme nous entrions à Rome, où Pauline, son mari et moi, nous allâmes loger entre la place d'Espagne et le Cours, dans la maison de Michel Lagreca, maison où Luigi, ayant marché avec le quartier général par la route de la Marine, nous attendait depuis deux jours.
Pauline voulait avoir mon portrait, et, comme celui dont j'ai parlé était trop grand, il était décidé que j'en ferais faire un autre. En descendant de voiture, je courus