‹ Mémoires;Chapitre 24 sur 222 · LE COMBAT DU MATIN · texte numérisé non relu

LE COMBAT DU MATIN

prochaine arrivée des assaillants. Je le trouvai avec une centaine d'hommes qu'il était parvenu à rallier, mais qui à l'approche de l'ennemi décampèrent tous. Encore une fois nous restâmes seuls, moins l'aide de camp qu'il avait ù mon départ et qui était parti pour faire venir les deux premiers bataillons de la 32° et les deux premiers de la 75* : « Mon général, hasardai-je de lui dire alors, le rôle d'une vedette ne peut être celui d'un grand général. » Il ne répondit rien, se mit à siffler tout en regardant les tirailleurs ennemis qui arrivaient à nous et criaient : « Prisonniers... Prisonniers »; puis, prenant brusquement son parti, il se porta au grand galop de son cheval au-devant des troupes qu'il attendait; quant à moi, je manquai être pris, mon cheval n ayant pu sauter un quartier de roche que celui du général n'avait pas hésité à franchir. Promptement arrivé à la tête des bataillons vers lesquels il se portait, le général rétrograda sur-le-champ. Quelles belles troupes, cette 32" et cette 75"! C'était la première fois que je voyais des corps de la division Masséna marcher à l'ennemi; mais il y avait dans leur contenance quelque chose de si ferme, de si formidable, que l'on sentait que marcher avec eux à un combat, c'était marcher à un succès.

La 75" mise en réserve, le général Masséna fit avancer la 32" sans s'arrêter, sans détacher un tirailleur, et, près d'atteindre la colonne ennemie : « ïhiébault, me ditil, allez prévenir le général en chef qu'il peut être tranquille sur sa gauche. — De grâce, mon général, m'écriaije, après la charge ! » Et, sans attendre sa réponse que je redoutais, parce qu'il n'était guère possible de répliquer à un chef aussi impératif, je courus rejoindre le chef du second bataillon, avec lequel je chargeai, pendant que le général Masséna, ayant le colonel Dupuy à sa gauche, chargeait à la tète du premier, tous les tam-

bours battant. Il est sans doute inutile de dire que la colonne comjjosée de trois bataillons aulriclucns fut bouleversée et mise en fuite, qu'elle perdit, outre ses morts et ses blesses, une centaine de prisonniers, qu'elle nous laissamaîtres de la position que nous regagnions (1), et, le dernier Autrichien ayant tourné le dos, j'allai porter au général Bonaparte l'avis que j'avais reçu l'ordre de lui donner. Au surplus, ma conduite dans celte journée ne resta pas inaperçue et Burthe lui-môme en fit l'éloge au point que, à ma rentrée à Vérone. La Salle et Rouvelet m'en complimentèrent. Toutefois, malgré son demi-succès, le général Masséna, qui avait repris simplement sa position, n'avait pas avancé. Quant au corps du général Joubert qui avait supporté presque tout lelfort dune attaque de front, il était sur plusieurs points forcé, et dans l'ensemble la bataille ne se dessinait pas à notre avantage. Une sorte de suspension succéda à cette série de combats en partie fort meurtriers. Les corps de la division .loubert rallièrent leur monde, et la Sri* fut placée en arrière du village de Rivoli, où elle fut reformée, passée en revue et sermonnée, alors qu'elle devait être licenciée ; enfin on se mettait en mesure, ou de reprendre l'offensive, ou de repousser de nouvelles attaques; mais deux choses me paraissaient inexplicables; je me demandais pourquoi les corps autrichiens, après avoir forcé la 29" légère à se reployer, après avoir mis la 85° en déroute, avaient abandonné la poursuite de ce premier succès, et comment un ennemi si supérieur en forces nous avait ainsi accordé un répit si contraire à son intérêt, un répit dont il ne pouvait pas avoir besoin pour soutenir la

(1) Tout à cet égard est controuvé dans l'histoire de M. Thiers; la 25« était de la division Masséna et était restée à Vérone; la 89" n'était pas là; nous étions arrivés depuis le malin; le général Masséna ne rallia rien, etc.

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