‹ Mémoires;Chapitre 25 sur 222 · LA BATAILLE INDECISE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE INDECISE

bataille. Ces questions me paraissaient sans réponse plausible, lorsque dans la direction de Colombara les crêtes des montagnes se couvrirent de troupes autrichiennes qui claquaient des mains comme si elles nous tenaient déjà. A cette apparition, tous les regards se portèrent vers le général Bonaparte; mais, après un court examen, il se borna à dire avec calme : « Ils sont à nous. » Ces mots, que quelques voix se hâtèrent de répéter, me parurent témoigner d'une audacieuse assurance que la nouvelle face des choses semblait fort loin de justifier. Non content d'avoir, la veille, rejeté la division Joubert sur le plateau ou plutiH dans le bassin de Rivoli et de nous avoir forcés à lutter dans une position défavorable, l'ennemi se portait sur notre arrière comme il s'était porté sur notre avant et voulait nous forcer à capituler, soit en nous prenant entre ses deux feux, soit en nous affamant au milieu des rochers. Or, à ce moment, je l'ai dit, nous étions morcelés et même battus; mais d'autre part la division Joubert était renforcée par les deux magnifiques demi-brigades, le régiment de cavalerie , les pièces de canon dugénéralMasséna; la 18" occupait Garda. à deux lieues sur notre gauche, et trois mille hommes, sous les ordres du général Rey, occupant Castelnovo, avaient reçu l'ordre de nous rejoindre. La position, tout en étant menaçante, n'était donc pas désespérée.

Le général en chef n'hésita pas. L'infanterie de la division Joubert, réattaquée sur tout son front, combattait avec vigueur et son chef avec héroïsme; ils maintenaient la ligne, quoique canonnée, de la rive gauche de l'Adige. L'infanterie de la divisiojn Masséna était massée et immobile; le premier régiment de cavalerie n'avait pas encore donné, et, pour recevoir ses communications, pour hâter les mouvements des trois mille hommes du général Rey et les faire concourir à l'attaque des troupes

qui, SOUS les ordres du général Lusignan, nous bloquaient, le général en chef ordonna au général Junot, son aide de camp(i), de se mettre à la tête du premier régiment de cavalerie et de se faire jour. Les escadrons arrivèrent; Junot attacha avec un mouchoir son chapeau sous son menton, puis avec un autre son sabre à sa main droite, et après ces préparatifs presque emphatiques, il partit pour revenir au bout de vingt minutes fort désuni et grand train, ayant complètement échoué. Cet échec et le désordre de ce retour n'étaient pas faits pour monter le moral des troupes. Les figures s'allongeaient, et on se regardait plus qu'on ne jasait, lorsque, du haut du coteau (jui sur nuire gauche barrait le bassin de llivoli, on vit une coloime profonde qui marchail vers nous. La première pensée fut que nous étions attaqués de toutes parts; mais, au moment oCi {)lusieurs aides de camp allaient partir pour reconnaître ces arrivants, lorsque d(''jà on prenait les dispositions pour résister sur ce troisième cùté à de nouveaux assaillants, on vit un officier de la colonne se diriger vers le groupe de l'état-major général au grand galo[); c'était le chef de brigade Monnier, qui, de Garda, ayant vu des troupes ennemies filer entre lui et nous et gagner nos derrières, avait pris sur lui d'attaquer par le flanc la queue de ces troupes, les avait mises en déroule et nous rejoignait avec toute la 18' de ligne.

Cette arrivée inattendue sur le champ de bataille, au sonde la musique et drapeaux déployés, d'un renfort substitué à de nouveaux attaquants, puis les deux cents prisonniers qu'il amenait, firent un etTet dont nous avions besoin et, retournant le moral des soldats, changèrent

(1) Thiers dit : Leclei'c et La Salle. La Salle était à Vérone, et j'ignore si Lcclerc était à Rivoli. Accoupler La Salle avec Leclerc est d'ailleurs burlesque. Le reste de la relation est une farce.

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