VICTOIRES ET TROPHEES
suivre que vers le soir le mouvement de la division Masséna.
On sait les suites, le rôle glorieux que dans les journées des 16 et 17 la 18" joua contre Wurmser à la Favorite, à Saint-Georges contre Provera. Durant ces opérations les 32" et 75» restèrent en réserve, qu'aurais-je fait ailleurs? fîaloper avec Solignac à la suite de Masséna; cela m'était impossible. Le domestique qui devait nous amener un cheval de rechange, à Burthe etàmoi, ne nous avait pas rejoints, et le cheval que je montais depuis le 13 était à bout de force (1).
Le 18 janvier (29 nivôse), et pendant que vingt-deux mille prisonniers, comptés à leur passage à Milan par les habitants, cheminaient vers la France, nous rentrâmes à Vérone avec le général en chef, dont les guides portaient déployés plus de trente drapeaux enlevés à l'ennemi en ces quatre jours de gloire immortelle. Ces trophées achevaient de faire de cette entrée un triomphe
division Rey. Épouvanté à cette vue, etc. » Il n'y a rien de vrai dans toute cette fin. Il est faux encore que la o7'- reçut le lendemain à Saint-Georges le surnom de Terrible, qu'elle portait sur son drapeau déjà depuis plusieurs semaines.
(1) Ce cheval, que le général d'artillerie Dommartin m'avait vendu comme très bon, était une rosse. J'ai dit comment, en se dérobant devant un obstacle déjà franchi par le clieval du général Masséna, il avait failli me faire prendre par un parti d'Autricliiens pendant la bataille de Rivoli. A la revue dont j'ai parlé, celle à laquelle La Salle fut fait chef d'escadron, le colonel Junot, qui depuis Paris me témoignait de l'amitié, mo demanda où j'avais acheté le cheval que je montais : « C'est, lui dis-je, le général Dommartin qui me l'a vendu comme fort bon. — Fort bon, repritil, mais cela n'a pas de fond. Et conTbien vous l'a-t-il fait payer? — Cincj cents francs. — C'est une horreur. » Et comme ce Dommartin était présent, Junot se mit à le plaisanter si vivement, que le général Bonaparte demanda le sujet de cette discussion que Junot s'empressa d'exposer; comme Dommartin soutenait la loyauté de son prix, le général Bonaparte lui dit : « Votre prix est aussi loyal que ce le serait de le solder en fausse monnaie. »
cent fois justifié par le guerrier qui, fort seulement de 37,000 hommes, avait détruit les 75,000 combattants avec lesquels Alvintzy fut défait à Rivoli, Wurmser repoussé à la Favorite et Provera battu et pris à Saint- Georges, et ces prodiges avaient été couronnés par la reddition de Mantoue, qui, perdant l'espoir d'être efficacement secourue, demanda à capituler.
Malgré ses conquêtes et ses triomphes, en dehors du prestige que lui valaicMit la puissance de ses conceptions et son énergie dans l'exécution, Bonaparte s'efforçait encore de parler par tous les moyens à l'imagination de ses soldats. Ses mots heureux autant que profonds, répétés avec enthousiasme, ses familiarités, prétextes à tant d'anecdotes (1). ses proclamations si remarquables par leur laconisme et les phrases ossianiques que pai'fois elles renfermaient; les avancements qu'il multipliait dans son armée; l'abondance qu'il y faisait régner et tout ce qu'il s'imposait pour être l'orgueil et l'espoir de chacun, tout cela ne semblait pas lui suffire, et il employait en même temps le ridicule ])Our amuser ses soldats, en leur faisant mépriser leurs ennemis. C'est ainsi que, après ces derniers exploits, les casernes et les cantonnements furent inondés d'une facétie aussi drôlement conçue que spirituellement rédigée; les soldais la lisaient et la répétaient en riant aux éclats; elle contenait « les très humbles remontrances des grenadiers de l'armée d'Italie au très grand, très puissant et très invincible
(1) Le général Bonaparte exécutait une opération de guerre, impossible sans un profond secret. Gagnant la tétc d'une de ses colonnes, il entendit un soldat qui disait : « Ma loi, si j'étais général en chef, je sais bien ce que je ferais. — i;ii bien, lui dit-il, voyons, que ferais-tu ? » Et ce soldat lui développa tout son plan. «Malheureux, s'écria le général, veux-tu te taire! » L'opération terminée, il lit chercher ce soldat, son frère do pensée : ce soldat avait été tué.