‹ Mémoires;Chapitre 41 sur 222 · APRÈS LA PAIX DE LEO BEN · texte numérisé non relu

APRÈS LA PAIX DE LEO BEN

le verre à la main. Toujours est-il que, au second relais, cet officier eut l'idée que nous voyagions dans la même voiture, et, comme la mienne était la moins belle, comme au reste il ne pouvait quitter son panier, je montai dans la sienne. Son nom m'a échappé, mais ce que j'ai retenu de sa conversation, c'est qu'il ne pouvait s'accoutumer à l'idée de voir les Français à vingt- cinq lieues de Vienne. C'était d'ailleurs un aimable jeune homme; nous ne nous quittâmes plus quà Leoben; nous dînâmes l'un et l'autre chez le général en chef; nous avions même fait le projet de revenir ensemble, mais je fus expédié le premier. Dans la soirée même, je repartis pour Brudk, sans avoir eu l'honneur de remettre moimême ma dépèche, ni le bonheur d'être interrogé.

A Bruck, Biirthe eut une nouvelle querelle de jeu, y fit une nouvelle provocation , suivie d'une affaire qui par bonheur resta sans conséquence. Le jeu. le vin, les duels, les femmes, ou pour mieux dire les filles, se partageaient sa vie. Et cependant il aurait pu être un officier distingué, mais tout se bornait pour lui à trois choses, s'amuser, ravaler ses chefs et se vanter à toute outrance. Aussi ne joua-t-il aucun rôle, et, en dépit de l'épitaphe dont sa femme a orné sa tombe, son nom ne se rattache à rien qui vaille la peine d'être cité.

Les préliminaires de la paix une fois signés ou plutôt dictés à Leoben, l'armée d'Italie, toute chargée de lauriers, reprit le chemin de ces régions dont elle avait si magnifiquement justifié le nom; et ce trajet'me fournit quelques anecdotes que je vais rapporter.

La première me reporte à Gratz, capitale de la Styrie, ville charmante, fort richement habitée et dans laquelle la division Masséna eut un séjour. Ghargé de faire le logement de l'état-major, j'avais pris les devants et je m'occupais de ce travail, lorsqu'un petit homme, assez n. 1

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âgé, en redingote et chapeau rond, d'une tenue simple, mais soignée, et qui. sans ouvrir la bouche, m'avait examiné et écouté avec quelque allenlion. me dit en fort bon français, quoiqu'il m'eût entendu parler allemand ; « Si je pensais, monsieur le capitaine, que vous dussiez vous trouver bien chez moi. je vous offrirais de venir y loger. — Monsieur, lui répondis-je après avoir porté sur lui un regard sci'utateur. une invitation aussi obligeante que la voire comj)enserail tout ce qui pourrait avoir l)esoiM (Je lèlre: mais je serais chez vous à merveille et j'accepterais avec reconnaissance si, sans vous déranger, vous pouviez comprendre dans votre offre un de mes camarades (Burtbe), qui a l'habitude de loger avec moi. — Nous aurons place pour lui, reprit-il aussitôt, et, pour que vous puissiez en juger et lui servir de guide, je vais, si vous le permettez, vous conduire chez moi. » Sur ce mot dit par lui, on lui remit mou billet de logement, et nous parlfmes, suivis de mon chasseur qui conduisait mon cheval en main. « Monsieur, reprit notre hôte chemin faisant, on n'est pas fort diflicile à la guerre, et, à ce titre, vous feriez grand plaisir à ma femme et à moi, si monsieur votre ami et vous, vous vouliez vous contenter de notre table. » Mon petit ho«ime commençait à me paraître par trop modeste; d'ailleurs, il ne fallait pas grand tact pour découvrir une habitude de dignité à travers la bonhomie qu'il affectait; ma réponse, ainsi qu'un demi -sourire, lui firent comprendre que sur son compte je ne me méprenais pas.

La grande place traversée, nous étions arrivés au tiers de la plus belle rue de la ville; il s'arrêta devant un bâtiment somptueux et me dit : « Voilà ma maison. » Nous entrâmes; un signe lit accourir un palefrenier, chargé de conduire mon chasseur à une écurie; quanta nous,

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nous parvînmes au premier étage par un large escalier à rampe dorée, au bas duquel une statue en bronze soutenait une lanlerne iligmî du reste; nous arrivâmes à ti::r va>le .luliidiaiM!!!'.'. <■■' w.) salun blanc, or et gla -es. i.id('/"';ida:!l (i;; l'.i;)) i:-,,:!i!Mt prinriMa! . :;i)!s ;im •;;,i

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avancer, nous conduisirent dans des sites charmants sans doute, mais qui pour moi ne pouvaient plus Têtre que grâce au prisme à travers lequel je les voyais.

Cependant chaque mot, chaque moment rendaient mes sentiments plus évidents à celle qu'ils pouvaient intéresser, et cela sans lui déplaire. Le reste de la soirée, et le souper qui la termina, semblèrent donner à l'espérance toutes les garanties que provoquait le désir; enfin, le lendemain avant le diner, nous nous rendîmes à la terre de la comtesse. Le domaine était aussi considérable que l'habitation somptueuse; mais je n'avais de regards, comme il ne me reste de souvenir, que pour celle qui promenait mon délire, et pour un labyrinthe dans lequel nous disparûmes avec bonheur, que nous parcourûmes avec délices et dans lequel, avant d'être mon Ariane, la comtesse voulut bien s'égarer avec moi. Les quarante heures que le ciel m'avait prédestiné à passer chez elle, et surtout les six dernières, pour lesquelles tous les sanctuaires s'ouvrirent, passèrent avec la plus désolante rapidité. L'heure fatale du départ parut sonner une agonie, et les regrets furent d'autant plus navrants qu'ils furent partagés; ils firent môme accueillir avec cfi'usion et changer en promesse l'idée, que j'avais émise, de revenir de la couchée des troupes, pour passer encore une soirée et une nuit à Gratz. Burthe lui-même, dont les lazzi n'avaient pas été trop choquants, avait, par exception à la vulgarité de ses goûts, trouvé charmante une cousine de la comtesse, à laquelle il ne déplaisait pas; il n'en était qu'à l'espérance quand j'en étais à la réalité, mais il n'en contracta pas moins le même engagement; la séparation devint donc moins cruelle.

Le soir même de l'étape, une fois les troupes logées, nous partîmes sur des chevaux de poste pour retourner à Gratz; par malheur, une lieue n'était pas faite, que

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