APRÈS LA PAIX DE CAMPO-FORM
d'Italie; mais en Suisse, où il avait suivi comme aide de camp le général Masséna, il apprit par les journaux que Dumoulin était à Paris, où il arriva incognito pour se battre de nouveau. Les adversaires se rendirent en effet au bois de Boulogne et y échangèrent deux coups de pistolet, après lesquels Dumoulin ayant fait quelques excuses, les témoins exigèrent que tout en restât là.
Le repos ne convenait pas à la division Masséna, qui dépensait son ardeur en folies exubérantes et dont le besoin d'action s'irritait d'une trop longue inertie. Militairement parlant, elle était alors formidable; son effectif avait été porté à 17,000 hommes, le nombre de ses présents sous les armes était de près de 15,000; l'instruction ne laissait rien à désirer; la santé des hommes était parfaite, et l'armement, l'habillement et réquipement étaient dans le plus magnifique état; commandée par un chef qui doublait sa force, cette division aurait dévoré tout un corps d"armée. Je ne sais ce qui fit croire alors que les hostilités avec l'Autriche allaient recommencer, il y eut à Tarmée d'Italienne sorte de branle-bas général et, parmi la division Masséna, le délire d'une véritable joie; mais l'espoir de guerre se dissipa; l'Autriche, à discrétion, eut le bonheur de voir se fermer l'ère des hostilités, que sa déloyauté ne devait pas tarder à rouvrir. La paix de Campo-Formio fut donc faite et signée, et le général Bonaparte, prêt à s'éloigner de celte armée d'Italie dont l'héroïsme avait égalé son génie et qui devait à ce titre partager sa gloire immortelle, le général Bonaparte se rendit au quartier général de chaque division et y tint un conseil d'administration, pourvut à tous les besoins des troupes et réalisa de nombreux avancements (1); c'est là que le chef de brigade Monnier, de
(1) On imagine, d'après le but deces conseils, combien ils devaient être sérieux; cependant, pour celui qui eut lieu à la division Mas-
la 18° de ligne, pour sa belle conduite à Rivoli, fut fait général de brigade, et que le chef de bataillon Suchet fut fait chef de brigade de cette même 18" et reçut, de son chef qu'il remplaçait, les épaulettes que je lui attachai; c'est là encore que, d'après ce que m'a dit le général Berthier, j'aurais été fait chef de bataillon, si ma demande n'avait pas été pendante devant le Directoire. Tels furent les adieux qu'un chef incomparable fit à son incomparable armée.
Bonaparte ayant quitté l'Italie pour se rendre à Paris par Rastadt, Masséna partit également pour cette première ville; Solignac avait hâte de quitter Padoue, où l'on pouvait faire et où l'on faisait le compte des prises qu'il avaitopérées ; il résolut de rejoindre Massénaà Paris, et Burthe et moi, nous arrêtâmes de partir avec Solignac. Ce voyage, au reste, avait pour moi cet intérêt de me mettre à même de faire appuyer par Solignac, par le général Masséna, par le général Berthier et même par Bonaparte, ma promotion au grade de chef de bataillon, que je croyais ajournée par le Directoire, mais qui, sans que je m'en doutasse, était faite depuis cinq jours lorsque, le 17 novembre (27 brumaire), je partis de Padoue. Ouoi qu'il en soit, dans notre impatience, nous ne songeâmes qu'à réclamer une feuille de route, et Daure nous délivra quelque chose qui y ressemblait; mais, arrivés à Milan, on nous prévint que, sans ordre signé par le général Kilmaine, à l'ancienneté duquel le commandement provi-
séna, Daure, tenant la plume en qualité de secrétaire et malgré la gravité de l'entourage, mit tout à coup sur sa tète un sliako d'un nouveau modèle qui se trouvait sur la table. Sous cette coifl'ure, avec sa peau de fille, son menton imberbe et l'expression niaise qu'il donnait à sa figure de conscrit, il fit tant de grimaces et de singeries, tout en rédigeant parfaitement son procès-verbal, qu'il fit éclater de rire même le général Bonaparte. Vainqueurs, Qti se pardonnait des folies entre ^ns heureux.